L’apôtre Paul et la parousie de Jésus Christ. L’eschatologie paulinienne et ses enjeux

L’interprétation de l’eschatologie paulinienne est dominée par la question de son rapport avec l’apocalyptique juive. Les points communs, soulignés par J.C. Käsemann, ne sont pas contestables, mais ne doivent pas occulter des différences notables, qui tiennent à la prééminence du Christ dans la vision paulinienne des événements de la fin. Ni l’attente ni le retard de la parousie ne semblent avoir eu, quoi qu’on en dise, d’influence décisive sur la pensée de l’Apôtre, mais bien plutôt la réconciliation avec Dieu par la Croix et l’inauguration d’une humanité nouvelle dans la résurrection du Christ. Les lettres deutéropauliniennes ne rnodifient pas fondamentalement cette eschatologie, si ce n’est qu’elles accentuent encore l’emprise de la christologie sur la vision de la fin : à ceux qui attendent les ascensions célestes promises par la littérature apocalyptique, Paul répond qu’ils possèdent déjà leur être ressuscité avec le Christ, qui trône bien au-dessus de tous les être célestes. Ses idées sur le jugement dernier et la rétribution finale

Le cours de Dietrich Bonhoeffer « Création et chute » (1932-1933). Contexte historique et sens théologique p. 621

Bonhoeffer dira plus tard qu’il a « découvert » la Bible en donnant ce cours sur « Création et chute » en 1932-33. Il a voulu faire un « exercice » d’« exégèse théologique », comprise comme relecture de toute l’écriture à partir de la fin de la création dans le Christ. Les allusions au nazisme qui vient de prendre le pouvoir en Allemagne montrent Bonhoeffer soucieux de lui opposer une anthropologie théologique qui soit la prise en compte, dans l’écriture, de toute la réalité humaine dévoilée à la lumière du monde nouveau. Notons quelques idées maîtresses de cette anthropologie : la résurrection du Christ est ce qui révèle l’acte créateur comme appel à l’être ; la Parole créatrice donne forme au réel ; l’appartenance commune des hommes à la terre fonde leur co-humanité, chacun advenant à la liberté par sa relation à l’autre ; la limite est grâce et le refus de la limite, l’origine du mal ; l’union de l’homme et de la femme dans la différence signifie et l’acceptation de la limite et

« Quel sens cela a-t-il de parler de Dieu ? » S’agit-il de libérer une possibilité nouvelle de parler de Dieu ?

À la suite d’Ebeling, René Marlé s’était intéressé à cette question centrale de Bultmann « Quel sens cela a-t-il de parler de Dieu ? », au point d’en tirer le titre de son ouvrage sur Ebeling, Parler de Dieu aujourd’hui. La question ne porte pas sur le sens du mot Dieu ni sur la connaissance de Dieu, mais sur le sens du parler de Dieu : elle se situe donc sur le terrain de l’herméneutique (terrain familier à Marlé), celui de l’analyse du langage. « Si on veut parler de Dieu, répond Bultmann, on doit nécessairement parler de soi-même ». Il veut dire qu’on ne peut parler de Dieu qu’à partir de l’expérience personnelle de l’avoir rencontré, d’avoir été rencontré par sa Parole. Il n’interdit donc pas d’introduire le nom de Dieu dans le langage ; mais pas dans le langage objectivant propre à la condition spatio-temporelle, mais dans le parler existentiel, dont Heidegger a fait la théorie, qui est celui de l’expérience humaine et interpersonnelle, en tant que

Rudolf Bultmann, illustration d’un « destin protestant » ?

Bultmann a-t-il été en partie victime d’une certaine « logique du protestantisme » ? R. Marlé a posé la question. Un théologien protestant peut être d’accord pour le fond avec la critique catholique, mais en la reprenant dans un esprit différent qui fera valoir la particula veri propre à Bultmann. On passera en revue à cet effet les quatre principaux griefs qui lui sont adressés. a)  Réduction, au profit de la foi, de l’objectivité de l’historique et de celle du monde. — L’objectivité à revendiquer est celle des données de la croyance, qui sont incarnées, et celle du monde comme lieu de salut. b)  Survalorisation de la subjectivité de l’acte de foi au détriment de son contenu. — La particularité de l’engagement de foi dans le présent doit être maintenue, intégrée à une mémoire et à un corps de symbolismes et de références. c)  Rejet de la révélation de Dieu à l’extérieur de la raison et de l’expérience historique. — Contre un refus radical à l’excès des médiations de la

La théologie aux prises avec l’historiographie

Les principaux problèmes que Bultmann a posés au plan de l’exégèse historique des textes évangéliques étaient commandés par des positions théologiques et continuent pour ce motif à interroger les théologiens catholiques, qui parfois le rejettent dans le camp tantôt du scientisme tantôt du dogmatisme. Contre la théologie libérale des « vies de Jésus », il élève une double protestation, d’ordre christologique : il revendique le caractère historique de la foi chrétienne, et historique : il prend au sérieux la visée eschatologique de la prédication de Jésus. Marquée en ses origines par un rationalisme dogmatique, l’exégèse historico-critique travaille à son tour la théologie, l’oblige à assumer sa propre historicité et à sortir ainsi de son propre positivisme dogmatique. Réservant – à juste titre – à la foi de dire le sens de la Croix, Bultmann semble séparer le fait et le sens et mettre l’historiographie et la théologie en rapport contradictoire de double vérité. Nous savons mieux aujourd’hui qu’il n’y a de faits qu’interprétés ; la foi atteint la

Bultmann et l’exégèse d’aujourd’hui

Peu cité de nos jours par les exégètes, si ce n’est pour redresser ses méthodes (ainsi de la théorie des formes littéraires) ou pour contester et dépasser ses conclusions (sur le messianisme en particulier), Bultmann n’en reste pas moins présent aux grands questionnements bibliques de notre temps : parce qu’il en a été souvent l’initiateur (en matière de recherches de l’histoire littéraire des textes évangéliques), mais tout autant parce que plusieurs de ses intuitions sont définitivement acquises (avant tout, l’idée que la tradition précède l’écriture) et parce que, de toutes façons, les problèmes qu’il a soulevés demeurent. Le grand procès intenté à Bultmann, par ses propres disciples en premier lieu, concerne son traitement négatif de l’historicité de Jésus. Les recherches entreprises depuis lors sur ce chapitre aboutissent cependant à des résultats assez proches des siens, mais elles sont libérées du positivisme historiciste auquel il a paru succomber (par exemple, sur la question des miracles). Un autre contentieux vient de son herméneutique,

René Marlé et la théologie pratique

L’expression de « théologie pratique » donne une clé de l’interprétation que faisait René Marlé de sa propre pratique de la théologie, telle qu’il l’a mise en œuvre notamment à l’Institut Supérieur de Pastorale Catéchétique de Paris et dans ses inlassables contributions au mouvement catéchétique. C’est aussi un clé de l’unité de sa vie de croyant, de savant et de formateur. Articulée sur une approche herméneutique, confrontée aux rationalités modernes d’un côté, et sur une analyse des pratiques, familière des sciences humaines d’autre part, cette pratique théologique, pleine de pudeur, alliait le souci pédagogique de la formation des esprits et de la transmission du savoir aux recherches les plus aiguës sur les problèmes contemporains de la foi.