Théologien dans un comité national d’éthique

Les personnes appelées à faire partie d’un comité national d’éthique sont choisies à raison de leurs connaissances pratiques d’un domaine de la recherche biomédicale, ou d’un secteur particulier de la vie sociale, ou d’une tradition philosophique ou spirituelle, – le théologien entrant évidemment dans cette troisième catégorie sans être pour autant le représentant attitré d’une Église. Le bon fonctionnement du comité requiert, comme première base éthique, un apprentissage de la communication entre ces différents experts et une grande attention aux données techniques des questions à élucider. Chaque groupe d’experts aborde, en effet, les enjeux éthiques de ces questions du point de vue propre à leurs disciplines professionnelles ; cependant, à défaut d’intérêts ou de convergences idéologiques, des références communes à la dignité de la personne, aux droits de l’homme, au devoir moral, à la responsabilité, permettent de négocier des compromis prudentiels entre des valeurs opposées. Le théologien intervient dans ces débats, souvent de concert avec le philosophe, pour approfondir l’approche rationnelle des

L’actualité des Lumières

Le discours officiel de l’Église catholique met volontiers en cause, depuis plusieurs années, la rationalité des Lumières sous le nom de « modernité ». La raison occidentale qui se détourne de la transcendance est accusée de conduire l’humanité à sa perte, rendue responsable de la décadence des mœurs, et de toutes les formes de totalitarisme; la Shoah serait le fruit amer d’une telle perversion. Il est vrai que les Lumières ont été dénoncées depuis longtemps sous des aspects divers, par le Romantisme, par l’École de Francfort, et le sont encore par toutes les critiques adressées à la raison instrumentale. Mais ces critiques émanent de la méme raison, elles s’inscrivent dans la ligne d’une évolution de la rationalité qui a commencé bien avant les Lumières, elles ne rejettent aucun de ses acquis, en particulier la liberté de penser face à tous les autoritarismes, notamment religieux, elles gardent la même vision d’un monde sécularisé. La pensée catholique devrait faire l’effort de mieux comprendre cette évolution

Comment fonder une éthique de la nature ? Un essai de pensée chrétienne à partir de Simone Weil

La crise écologique fait sentir la nécessité d’élaborer une éthique de la nature. Elle provoque l’affrontement, en particulier en Allemagne, d’une tendance philosophique, qui fonde le devoir de l’homme envers la nature sur le propre bien de l’homme, et d’une tendance théologique, qui fonde ce devoir sur l’immanence de Dieu dans la nature. Il semble qu’on puisse trouver chez Simone Weil (quitte à corriger sa pensée) une autre voie, esthétique, qui éviterait les insuffisances ou les dangers de ces deux tendances : la perception de la beauté du monde, appréhendée comme trace de la présence du Dieu absent.

Le symbolisme du Temple et le Nouveau Temple

Le symbolisme du temple court d’un Testament à l’autre, non sans de profondes transformations. Dans toutes les religions, le sanctuaire est conçu comme le centre du cosmos, point de rencontre du ciel et de la terre, et sa construction reflète la cosmogenèse. Le Temple de Jérusalem, qui a pu subir l’influence des anciens cultes cananéens et des civilisations voisines, n’échappe pas à cette loi générale. Mais la perspective historique et eschatologique, qui caractérise la foi yahviste, recouvre les symbolismes cosmologiques. On les reconnaît néanmoins dans des détails architecturaux, comme les chérubins, dans le mobilier du Temple, le voile, ou encore dans le vêtement du Grand-Prêtre. Le Nouveau Testament assume le langage symbolique de l’Ancien, bien déstabilisé, à l’époque où Jésus entre en scène, par les évolutions et les antagonismes des divers groupes religieux. Un processus de spiritualisation et d’intériorisation s’était mis en route dans les écrits apocalyptiques et qumrâniens. Le rapport mis par les évangiles entre Jésus et le Temple,

Le dogme comme mode original d’affirmation dans la culture

L’étude de l’élaboration historique du dogme du péché originel est propre à dissiper l’illusion qu’il descendrait le cours du temps : il le remonte en réalité. On l’observe en particulier dans la genèse de ce concept chez Augustin, en réponse à la doctrine manichéenne du mal: la rédemption du Christ reflue vers les origines de l’humanité pour dévoiler notre responsabilité de la faute sous le pardon divin qui la recouvre. Ce dogme fournit une clef de lecture de l’histoire, il montre la présence active de l’amour et du pardon aux origines du temps, pour dénoncer et réprimer la violence des hommes ; il conteste l’inertie du temps par la profusion du pardon, il exprime un sens de l’existence, il enseigne une intelligence de la temporalité. Le cas du péché originel illustre le fonctionnement du dogme en général dans la culture, bien au-delà de la sphère de l’Église, son rôle à la fois révélateur, contestant et régulateur. Encore faut-il savoir interpréter les dogmes,

Théologie politique et doctrines républicaines en France de 1875 à 1914

Les Républicains français poursuivent la mise en œuvre du projet de société des Lumières, dans la ligne, volontiers anticléricale, de la sécularisation de la société. Rejetant l’idée de l’utilité sociale de la religion, ils lui opposent l’idéal d’un humanisme laic, censé capable de satisfaire les aspirations les plus hautes des hommes. Ils entendent aussi fonder l’État sur la souveraineté populaire, les droits de l’hornme et les libertés civiques. Léon XIII combat inlassablement ces conceptions de la société et de l’autorité qui ne font pas référence à Dieu, ni ne respectent le Statut auquel l’Église a droit, et ne peuvent que causer la ruine des États et des Peuples. L’effort du Pape de « rallier » les catholiques monarchistes à la République n’empêcha pas la dégradation des relations entre l’Église et l’État. Capable de s’adapter aux situations qu’elle réprouvait (par la distinction de la thèse et de l’hypothèse), la pensée politique de Léon XIII et des théologiens romains a toujours revendiqué avec intransigeance la

L’officinal Bolognese et Vatican II

L’Officina bolognese n’est pas à proprement parler une école théologique, même si l’Institut pour les Sciences Religieuses de Bologne reçoit souvent, surtout de la part des théologiens, la dénomination d’« école de Bologne ». En effet, on n’y enseigne pas la théologie, même si, depuis le début, des théologiens professionnels y ont œuvré. C’est simplement un lieu de recherche plurielle sur l’histoire du christianisme, conduite selon les canons actuels de la recherche historico-critique. Évidemment, dans la mesure où la réflexion théologique fait partie de la dimension historique du christianisme, elle aussi devient objet de recherche. Le terme « officina » (en français?: atelier) évoque plutôt un lieu de travail commun. L’Institut pour les Sciences Religieuses fut fondé en 1953 par Giuseppe Dossetti (1913-1996) et dirigé ensuite, à partir de 1959, par Giuseppe Alberigo (1926-2007). Dès le commencement, les chercheurs de l’Institut ont cultivé l’intérêt pour l’histoire des conciles. Le fruit le plus connu de cet intérêt est l’édition critique des décrets des conciles œcuméniques (Conciliorum Oecumenicorum

Quo Vadis ? Au sujet de l’importance du Concile Vatican II …

Cinquante ans après le début de Vatican II , la discussion intellectuelle au sujet du concile et de ses textes perdure, dans une grande diversité des approches et, avant tout, un débat contradictoire quant à son évaluation fondamentale et son importance. Dans ce cadre, se pose la question de l’évaluation des affirmations du concile Vatican II sous l’angle de lavérité enseignée et du caractère obligatoire des documents qu’il a produits. L’auteur de cet article, partie prenante du grand commentaire de Herder, a posé la question du statut du discours que portent les textes du concile. Le cinquième volume du commentaire propose ainsi une clé, en définissant le corpus des textes de Vatican II comme un « texte constitutionnel de la foi ». En tant que tel, il a un caractère magistériel obligatoire, mais reste aussi fondamentalement ouvert, tributaire de sa traduction concrète dans la praxis croyante du peuple de Dieu, de la gouvernance ecclésiale, du travail théologico-canonique, et de la formulation des règles.

Penser la différence…

C’est à une crise culturelle sans précédent que le christianisme européen se trouve aujourd’hui confronté, et particulièrement dans le champ de l’anthropologie. Jusqu’à une époque récente, les contestations dont il faisait l’objet n’empêchaient pas – du moins de façon générale – un certain consensus de fond : sur les représentations élémentaires de l’être humain, de la différence homme-femme, de la vie en société, ou encore du rapport à la nature.