Histoire et Théologie(s)

Les revues scientifiques de théologie constituent un bon angle d’analyse des débats institutionnels, idéologiques, politiques liés à la « production » sociale de cette discipline, ainsi qu’un excellent laboratoire des recompositions des « savoirs du religieux » au cours du XXe siècle. Dans cette contribution, nous explorons la manière dont la revue s’attaque aux problèmes méthodologiques concernant la relation complexe théologie-histoire en examinant les choix théoriques d’Henri de Lubac et de Michel de Certeau et les débats qui les confrontent.

Comment faire de la théologie une science humaine à part entière ?

L’article précisera l’idée de théologie chez Michel de Certeau d’un point de vue à la fois conceptuel et épistémologique. Pour ce faire, il nous semble nécessaire d’interroger les usages que de Certeau a fait de cette discipline dans le cadre des sciences humaines et sociales. À cet égard, il est tout d’abord essentiel de mettre en évidence les différences entre ces deux dernières et de contextualiser la conception théologique de Michel de Certeau dans le cadre du carrefour que constitue la crise épistémologique des années 1970. En somme, quel type de savoir est la théologie pour Michel de Certeau, est-ce vraiment une science ? Cette bifurcation suffit-elle à fonder une identité épistémologique ? Enfin, Michel de Certeau peut-il être considéré comme un théologien ou simplement comme un intellectuel qui utilise les prémisses théologiques de la même manière qu’il l’a fait avec d’autres savoirs connexes ?

Croire en commun – une affaire de style ?

L’objectif de cette contribution est de penser la lente sortie de la tradition catholique de l’édifice doctrinal de la fides ecclesiae médiévale en discutant les résistances qui s’y opposent. Dans la perspective du colloque qui consiste à repenser la place de la théologie comme « science de la foi » parmi les sciences sociales, elle s’appuiera sur le geste fondateur de celles-ci, posé par les Émile Durkheim, Ernst Troeltsch, Rudolph Sohm et Max Weber : le premier installant l’Église comme objet dans le champ du social, lui enlevant tout privilège ontologique et la mettant au cœur  du social, le deuxième distinguant trois types de socialisation chrétienne en interaction (Église, secte, mystique) et les deux autres initiant l’intérêt pour la structure charismatique de la communalisation sociale et ecclésiale. Le « théologique » qui, dans ce geste différencié se révèle à la racine des sciences sociales place la théologie face à une « héritière » et la met en position d’apprentissage critique. Comment dès lors comprendre et penser la sortie de la fides ecclesiae médiévale et

La théologie et le « donné », nœud irrésolu des différenciations

Si la subalternation correspond à un état de la théologie qui, de la Sacra pagina, se haussa au rang de Scientia dans la période médiévale, il n’est pas sans intérêt d’analyser la manière dont ce régime de dépendance épistémologique très spécifique s’est littéralement métamorphosé dans la période moderne et dans la période contemporaine, jusqu’à l’éclosion d’un phénomène pour le moins inattendu, le processus d’absolutisation de la théologie qui n’est pas formellement imputable aux théologiens, mais à plusieurs formes de rationalités philosophiques parfois opposées entre elles. Ainsi, lorsque dans le projet des « métaphysiques modernes » (Baumgarten, Leibniz) la « théologie révélée » fut happée par la théologie naturelle et rationnelle au point de s’y dissoudre, les grandes métaphysiques allemandes nées des courants théosophiques (Hegel, Schelling) lui donnèrent par contrecoup une fonction qui allait paradoxalement l’absolutiser, inaugurant ainsi un processus d’absolutisation de la théologie dont quelques récentes phénoménologies semblent être les héritières inavouées. Ce processus d’absolutisation constitue une radicalisation du phénomène de la subalternation, la théologie convoquée

La confrontation des savoirs à la naissance de l’Université de Paris

Le dialogue entre la théologie et les sciences sociales peut être éclairé par le moment médiéval. L’introduction aux condamnations de 1277 offre un prisme qui permet d’envisager la confrontation des savoirs à la naissance de l’Université avec la question ecclésiologique de la régulation épiscopale du savoir, celle de l’élargissement permanent des savoirs qui renouvelle sans cesse l’horizon ainsi que la question de la rencontre entre des sciences pensées hiérarchisées.

Bulletin de Patristique grecque (113/1 – 2025)

L’abondance des publications dans le champ de la patristique grecque contraint inévitablement à faire des choix. Mais les ouvrages ici retenus suffisent à dire, par eux-mêmes, la fécondité de la recherche en la matière. Outre les éditions de textes anciens, on relève d’importantes publications sur certains auteurs comme Irénée, Clément d’Alexandrie, Origène ou Jean Chrysostome. Les ouvrages thématiques montrent par ailleurs comment des questions fort actuelles conduisent à explorer la littérature patristique de manière nouvelle (ainsi à propos des rapports avec le judaïsme, en théologie des religions, dans le champ de l’ecclésiologie, ou dans d’autres domaines encore). La vitalité des publications francophones tient entre autres au travail mené par l’Institut des Sources Chrétiennes (l’auteur du présent Bulletin en est lui-même témoin par sa participation au conseil scientifique de cet Institut). Mais les pages qui suivent font aussi droit à d’autres parutions de grand intérêt, en langue française comme dans d’autres langues. Il est à souhaiter que ces publications ne retiennent pas

Linéaments d’une pneumatologie comme instance régulatrice d’une doctrine trinitaire

L’article commence par retracer le « tournant pneumatologique » de la théologie catholique postconciliaire en s’interrogeant sur ses raisons et motivations, à la fois internes au développement de la doctrine trinitaire et relevant du contexte hypermoderne de la fin du deuxième millénaire. Il établit ensuite une analogie entre la pneumatologie du récent Synode sur la synodalité (2021-2024), tributaire du tournant pneumatologique, et le geste de Saint Basile dans son opuscule Sur le Saint Esprit (375), reçu par le concile de Constantinople (391) et cité par le Document final du Synode (2024). Tirant profit de la force heuristique de cette analogie historique entre deux espaces sociétaux et ecclésiaux profondément différents, on peut comprendre que l’insistance spécifique du Synode sur les processus « spirituels » de discernement et de décision, restés implicites au IVe siècle, pose la question des critères de discernement et, par ce biais, celle de la fonction « régulatrice », à exercer par la pneumatologie dans une doctrine trinitaire ajustée aux évolutions de nos sociétés sécularisées. La dernière

Ontologie(s) et modèles trinitaires

Fait-il sens de parler d’ontologie(s) trinitaire(s), voire même de « nouvelles ontologies trinitaires » ? La théologie contemporaine parle parfois de la sorte. La présente étude porte sur ces projets de théologie trinitaire, principalement tel qu’articulé par Klaus Hemmerle, qui fait figure de pionnier dans ce questionnement, mais également en dialogue avec le théologien nord-américain John Betz. Alors que la théologie trinitaire paraît avoir une dimension d’abstraction et un degré de spéculation élevés tout en se caractérisant par un niveau de projection (de l’humain vers le divin) indéniable, notamment dans les travaux dans le domaine qu’on appelle parfois la « trinité sociale » (<em>social trinitarianism</em>), certaines intuitions, dont celles de Hemmerle, paraissent susceptibles de nourrir la réflexion non seulement sur Dieu, mais aussi sur l’être humain et son « identité », aujourd’hui encore.

Dieu est un car Père et Fils dans l’Esprit Saint

La pneumatologie représente-t-elle une voie privilégiée pour énoncer un monothéisme proprement trinitaire ? Répondre à cette question est aussi s’interroger sur la façon dont la pneumatologie peut offrir une issue au débat introduit par des modélisations triadologiques opposant monarchie, unité d’essence et périchorèse. Nous nous efforcerons de montrer les voies ouvertes en ce sens par le renouveau pneumatologique contemporain stimulé par les avancées de l’exégèse et les dialogues œcuméniques.