Éditorial 109/1

Église et ministères pastoraux I. Fondement charismatique et institutionnalisation de l’envoi Dans les années soixante-dix du siècle dernier, à la suite du deuxième concile du Vatican, la question des ministères pastoraux a donné lieu à un nombre non négligeable de travaux de recherche en histoire du christianisme et dans les sciences sociales, en ecclésiologie, théologie sacramentaire et droit canonique. À l’époque, on aurait pu croire que, pour longtemps, l’essentiel était dit. Mais les évolutions rapides au sein de nos sociétés européennes et dans nos Églises ont fait qu’à plusieurs reprises l’interrogation sur l’avenir de la figure pluriforme de ce ministère a été remise sur le métier ; débats interrompus par des phases d’apparente tranquillité ou de lassitude face à un recentrement institutionnel sur le ministère du prêtre dans les années quatre-vingt-dix, jugé par d’aucuns comme retour à un passé sans avenir.

Éditorial 108/4

La vie éternelle Source toujours jaillissante ? La « vie éternelle » est incontestablement, comme le soulignait récemment le Pape François, une « ligne de crête » de la foi chrétienne et sans doute l’une des plus escarpées. Dès qu’il s’agit de confronter nos espérances à la réalité de la mort, tout se passe comme si les mots pour mettre ces deux dimensions en rapport nous faisaient défaut. Rien d’étonnant à cela : la ligne de crête qui sépare le versant de la foi et le précipice de la peur a, depuis toujours, de quoi donner le vertige et, souvent, le silence est préférable au vite-dit bavard. C’est ce vertige qui se fait sentir dans la manière dont l’Épître aux Hébreux articule le constat que « le sort des hommes est de mourir une seule fois » (He 9,27) et l’unicité de la Passion du Christ.

Éditorial 108/3

Dossier préparatoire du 27e colloque des RSR (Paris, 12-14 novembre 2020) Il pourrait sembler incongru de s’intéresser, en pleine crise de pandémie, à un penseur, certes parmi les grands « classiques » du XXe siècle mais tout de même éloigné de nos préoccupations actuelles, par ailleurs omniprésentes dans les dernières livraisons des Recherches de Science Religieuse. Mais un interview de Karl Rahner, donné il y a exactement quarante ans, nous fait dresser l’oreille : Je ne suis pas un scientifique, déclarait-il, et ne veux pas non plus l’être. Mais j’aimerais être un chrétien qui prend le christianisme au sérieux, qui vit sans appréhension dans le temps d’aujourd’hui et qui, dans cette position, se laisse donner tel ou tel problème, un troisième et un vingtième, et qui y réfléchit. Si alors on veut appeler cela « théologie », c’est bien. (« Der Werdegang eines Theologen. Gespräch mit Peter Pawlowsky im 1. Fernsehprogramm des Österreichischen Rundfunks 1980 », dans Sämtliche Werke, 31, p. 247). Et si c’était précisément cette manière de

Éditorial 108/2

La Sagesse par Christoph Theobald Une fois n’est pas coutume. Il a semblé en effet à la Rédaction des RSR que les bouleversements tant écologiques que socio-politiques et existentiels de notre époque méritent qu’on leur consacrât un dossier qui couvre plusieurs livraisons de la Revue. Portant sur la Sagesse, celle-ci vient donc à la suite du précédent numéro sur l’Apocalyptique (108/1 [janvier-mars 2020]) et conclut notre parcours sur une manière de vivre le temps de l’histoire, désormais insérée dans l’histoire de la terre aux prises avec une nouvelle ère géologique : celle de « l’anthropocène » où l’action humaine se transforme en force géologique dominante. La dernière livraison de l’an dernier (107/4 [octobre-décembre 2019]) avait inauguré notre série en traitant de l’impact de cette mutation sur la théologie de la création, avant de pouvoir aborder dans les deux premiers numéros de cette année la mise en crise de nos conceptions du temps et de l’histoire. Comme nous le verrons, c’est la conception même de

Éditorial 108/1

L’Apocalyptique par Christoph Theobald Si nous sommes effectivement entrés dans une nouvelle ère géologique, celle de l’« anthropocène » dont a traité le numéro précédent des Recherches de Science Religieuse (RSR 107/4), esquissant dans ce cadre une théologie de la création, il faut désormais scruter le temps de l’histoire humaine comme inséré dans l’histoire de la terre. À moins que « bientôt » il n’y ait plus de temps humain, comme tente de le penser le catastrophisme, selon lequel l’humanité a mis en œuvre une puissance technique telle que son impact sur la planète la mène inexorablement à sa perte ! Nous croisons ici l’« apocalypse » selon le langage courant désignant le malheur qui vient. Mais il est une autre manière de réagir : celle de la sagesse tournée vers le temps présent, le permettant humainement viable, tant au plan individuel qu’au niveau de nos liens affectifs et politiques.

Éditorial 107/4

par Christoph Theobald Parue en mai 2015, l’encyclique Laudato si’ du pape François sur la sauvegarde de la maison commune représente, selon bon nombre d’observateurs et de penseurs, scientifiques, philosophes ou théologiens, un acte prophétique, un tel acte proposant une nouvelle figure de la tradition chrétienne sur notre planète : non seulement elle associe la clameur des pauvres à celle de la terre, considérant cette dernière avec saint François comme mère et comme sœur, mais elle induit aussi, pour celles et ceux qui entendent ces cris, une nouvelle théologie – expérimentale – de la création. Le moment semble donc venu de ne plus se contenter d’une exégèse du texte ; il s’agit bien plutôt d’en mesurer les enjeux de fond : par rapport à la représentation moderne du monde et à notre nouveau régime climatique, en relation avec la source biblique de la tradition chrétienne et en considération des problèmes herméneutiques que pose et posera encore l’émergence d’une nouvelle figure d’un christianisme devenu planétaire,

Édito (107/3-2019)

Les meilleures enquêtes socio-historiques montrent que la tradition chrétienne est entrée, au moins en Europe de l’ouest, dans une nouvelle phase de son existence. La période de la chrétienté est définitivement close (même si subsistent encore, ici et là, certains microclimats catholiques), laissant la place à ce qu’on peut appeler, en analogie avec la diaspora juive, un « christianisme diasporique ». Utilisée pour la première fois par Karl Rahner en 1954 (Œuvres 10, p. 357-394), cette expression a été aussi adoptée – au moins marginalement – par le concile Vatican II dans sa Constitution sur l’Église (Lumen gentium, 26 § 1).

Éditorial (107/2 – 2019)

Actes du 26ème colloque des RSR (Paris, 8-10 novembre 2018) Progressivement et décidément, la synodalité de l’Église prend place dans la conscience ecclésiale des catholiques. Les derniers synodes épiscopaux à Rome, celui sur la famille (en deux sessions en 2014 et 2015), et celui sur la jeunesse (2018), ont joué un rôle majeur dans cette évolution, sans doute en raison de l’intérêt que leur thématique et le traitement ouvert de celle-ci ont suscité dans l’opinion publique. Par ailleurs, lors de la seconde session du synode sur la famille, le 17 octobre 2015, la célébration du 50e anniversaire de la création de cette institution par Paul VI, donnait au pape François l’occasion d’un important discours qui, pour la première fois, insiste sur la dimension constitutive de la synodalité de l’Église, renouvelant la problématique au sein du contexte de la tradition latine et romaine.

Éditorial (107/1 – 2019)

Quand des historiens et des théologiens s’intéressent à l’Eucharistie, ils ne peuvent pas ne pas prendre en considération la pratique ecclésiale de celle-ci. Depuis le concile Vatican II et le tournant pastoral et œcuménique qu’il a enregistré et promu, cette pratique est entrée dans une nouvelle phase. Un diagnostic socio-historique s’impose donc. Et ce, d’autant plus que les phénomènes de désaffections et de fragmentation de la pratique eucharistique que nous connaissons en Europe de l’Ouest (et pas seulement là) coïncident paradoxalement avec un renouveau remarquable des recherches au point de vue historique et théologique : nous sommes passés d’une théologie sur l’Eucharistie à une théologie à partir de l’Eucharistie (L. Bouyer), telle qu’elle est célébrée par l’Église dans la diversité des formes dans le temps et l’espace. L’Eucharistie comme « action » a équilibré l’Eucharistie comme « présence ». Le maître-livre d’Henri de Lubac, Corpus mysticum. L’Eucharistie et l’Église au Moyen Âge. Étude historique (Aubier-Montaigne, Paris 1944 – 2e édition revue 1949) peut être considéré comme emblématique de ce renouveau qui marque toute la théologie pré- et postconciliaire, y compris sur le plan

Éditorial (106/4 – 2018)

Connues pour leurs dossiers et leurs bulletins scientifiques, les Recherches de Science Religieuse, n’ont pas pour autant abandonné la vieille coutume des numéros Varia. Ceux-ci permettent en effet d’accueillir quelques-uns des articles envoyés à la Rédaction, parfois par de jeunes chercheurs, et d’approcher une question d’actualité, ou encore de poursuivre un débat suscité par un précédent dossier de la Revue.