Editorial 89/3 2001

L’intitulé du dossier qu’offre ce numéro des RSR paraît relever d’abord de la banalité. Comme écriture précisément, la Bible n’est-elle pas à l’évidence littérature, même si, selon diverses motivations, on la place d’abord sous le signe de l’oralité ? Livres et genres littéraires dans leur diversité disent pourtant et largement que la Bible est bien une littérature, celle d’un peuple et d’une religion qui, dans leur particularité, peuvent s’inscrire, soit historiquement soit esthétiquement, dans le patrimoine de l’humanité. Mais la Bible est surtout reçue comme un livre “ sacré ” qui, à ce titre, répond d’abord non à l’appel du plaisir ou du désir de culture, mais aux besoins et nécessités d’une foi religieuse, qu’elle soit juive ou chrétienne. Qu’elle ait été unifiée puis “ canonisée ” dans le contexte juif, qu’elle ait été “ reçue ” dans le contexte chrétien, les ensembles qui la constituent le sont d’abord et principalement au nom de ces exigences de foi. Dès lors, au service d’une pratique légaliste et d’une

C’est à une crise culturelle sans précédent…

C’est à une crise culturelle sans précédent que le christianisme européen se trouve aujourd’hui confronté, et particulièrement dans le champ de l’anthropologie. Jusqu’à une époque récente, les contestations dont il faisait l’objet n’empêchaient pas – du moins de façon générale – un certain consensus de fond : sur les représentations élémentaires de l’être humain, de la différence homme-femme, de la vie en société, ou encore du rapport à la nature. Désormais, nous sommes dans un monde où ces représentations ne vont plus de soi pour un certain nombre de nos contemporains, personnes ou groupes. Ce ne sont pas simplement des « valeurs » traditionnelles qui seraient concurrencées par de nouveaux idéaux. Sont en cause les grandes symboliques qui ont puissamment contribué à façonner la société européenne. Or, ces symboliques sont largement redevables de la tradition judéo-chrétienne et des traditions gréco-romaines (ou plus précisément du travail pluriséculaire que la tradition judéo-chrétienne a opéré sur ces traditions gréco-romaines). Ainsi, des valeurs essentielles à la modernité occidentale étaient elles-mêmes tributaires,

Editorial 100/3

Un diagnostic quelque peu réaliste doit le reconnaître : si la majorité de nos contemporains européens restent attachés à ou tributaires d’un « christianisme » sans Dieu et sans Église, beaucoup ne savent plus à quoi sert cette dernière. D’où la question quelque peu provocatrice, livrée au 23e colloque RSR : « Pourquoi l’Église ? ». Une hypothèse a accompagné le travail des participants : c’est principalement la proposition d’un « salut » et d’un salut à orientation eschatologique qui pose problème aujourd’hui. Une Église comprise comme « institution de salut » se voit donc progressivement privée de sa pertinence. D’urgence, elle doit s’interroger sur les « expériences » que désigne, au sein de nos sociétés séculières, le vocabulaire biblique du salut et du Royaume, se demander alors quel « type » d’ecclésialité ou quelle « forme » ecclésiale peut correspondre à sa manière de concevoir le monde dans l’horizon eschatologique et quel rapport nouveau elle peut établir avec d’autres formes de « christianisme », voire avec des « chrétiens sans Église ».