Humain et nature, femme et homme : différences fondatrices ou initiales ? Réflexions à partir des récits de création en Genèse 1-3

Résumé A. Wénin – Humain et nature, femme et homme : différences fondatrices ou initiales ? Réflexions à partir des récits de création en Genèse 1-3 L’idée que les premières pages de la Bible (Gn 1–3) constituent un discours théologique et anthropologique concernant la création et qu’elles contiennent une révélation aussi définitive qu’unique sur l’être l’humain semble aller de soi. Mais ce raccourci ne se fonde-t-il pas sur l’occultation du genre mythique et de la nature narrative de ces textes qui, comme tout écrit, encodent une vision spécifique et située culturellement ? L’auteur interroge ces textes à nouveaux frais pour voir si ce qu’ils disent de la différence entre l’humanité et la nature, et entre l’homme et la femme, n’est pas plus complexe et nuancé que ce que la tradition en a retenu, et pour vérifier si ces textes immémoriaux ne recèlent pas des ressources cachées permettant de penser les questions anthropologiques que soulèvent notre époque. Human and nature, woman and man : founding or

Que faire des différences ?

La « différence » suppose l’ « altérité » des éléments entre lesquels elle est établie ou constatée, elle suppose, également, une comparaison ou un ordre entre ces éléments. Les deux terrains où ces catégories sont plus particulièrement en jeu sont la différence entre « l’humain » et le « non humain » et la différence entre l’homme et la femme. L’article analyse la mise en cause, à l’époque moderne, de l’importance structurante de la différence des sexes pour les sociétés humaines et s’interroge sur les motifs qui nourrissent cette contestation. Peut-on gérer le conflit entre la demande de reconnaissance de toutes les différences et l’exigence concomitante d’égalité sans « accommodements raisonnables »

Les jeux de la différence dans l’Inde hindoue

L’Inde serait-elle la patrie de la différence, l’illustration extrême et pour ainsi dire maladive d’un particularisme triomphant ? L’Inde serait-elle, par la spiritualité et la philosophie, la patrie de la dissolution de toutes les différences, du retour au sein maternel de quelque Grande Déesse cosmique ? Il est vraisemblable que chaque civilisation se définit par un style propre, une manière originale de conjuguer des différences affirmées et des valeurs partagées, des particularités et un patrimoine commun et c’est dans ce sens que l’Inde, par sa manière singulière de marier le propre et le commun, la différence et le partagé, nous invite à l’exploration de notre propre vision des choses, aux acquis et incertitudes de notre identité.

C’est à une crise culturelle sans précédent…

C’est à une crise culturelle sans précédent que le christianisme européen se trouve aujourd’hui confronté, et particulièrement dans le champ de l’anthropologie. Jusqu’à une époque récente, les contestations dont il faisait l’objet n’empêchaient pas – du moins de façon générale – un certain consensus de fond : sur les représentations élémentaires de l’être humain, de la différence homme-femme, de la vie en société, ou encore du rapport à la nature. Désormais, nous sommes dans un monde où ces représentations ne vont plus de soi pour un certain nombre de nos contemporains, personnes ou groupes. Ce ne sont pas simplement des « valeurs » traditionnelles qui seraient concurrencées par de nouveaux idéaux. Sont en cause les grandes symboliques qui ont puissamment contribué à façonner la société européenne. Or, ces symboliques sont largement redevables de la tradition judéo-chrétienne et des traditions gréco-romaines (ou plus précisément du travail pluriséculaire que la tradition judéo-chrétienne a opéré sur ces traditions gréco-romaines). Ainsi, des valeurs essentielles à la modernité occidentale étaient elles-mêmes tributaires,