L’histoire d’Israël : un changement de paradigme

Durant ces derniers quarante ans, l’histoire d’Israël est devenue l’objet de nombreux débats en raison des progrès de l’archéologie et, surtout, de l’application de nouvelles méthodes et de nouveaux principes de recherche historique. Cette évolution plonge ses racines dans des essais plus anciens qui ont contribué peu à peu à faire de l’histoire ancienne d’Israël une science autonome par rapport aux récits et à l’exégèse bibliques. Les récits bibliques sont une source pour l’historien, mais ne lui dictent pas sa conduite.

Jésus et l’histoire. À propos des travaux de John P. Meier

Comment aborder le personnage de Jésus de Nazareth selon une perspective strictement historique ? Pour bien comprendre et répondre à cette question, on propose ici de distinguer de manière claire et tranchée le point de vue de l’histoire en milieu scientifique et celui de l’histoire en milieu théologique. Les travaux de John P. Meier, qui serviront d’exemple significatif, posent la question suivante : sa recherche sur Jésus relève-t-elle de l’histoire en science ou de l’histoire en théologie ? Après avoir rappelé et précisé les attendus et méthodes de la recherche historique sur Jésus de Nazareth en milieu théologique puis en milieu scientifique, l’auteur voudrait plaider ici pour une épistémologie de la recherche sur Jésus de Nazareth en histoire.

À propos de l’émergence de la « Grande Église » : quelques notations introductives

Pour l’historien contemporain il existe un contraste singulier entre l’impression de buissonnement impétueux que donnent encore les sources chrétiennes des premières décennies du IIe siècle et celle de relative structuration que paraissent laisser entrevoir celles des débuts du IIIe siècle. Retracer le processus de formation de la « Grande Église » est une entreprise fort difficile, dûe à un filtrage de la transmission des sources des premiers siècles de l’histoire du christianisme, dont Eusèbe de Césarée fut l’un des artisans majeurs. Depuis la Réforme, un dialogue critique s’est instauré, faisant grandir l’intérêt des historiens du christianisme antique pour les courants jugés minoritaires à l’heure de l’épanouissement de la « Grande Église ». Le paradigme eusébien est-il dès lors en voie d’exténuation ?

Le miracle au feu de la critique et au regard de l’analyse narrative

Le cadre de cet article est double : d’une part, il s’agit de se prononcer sur le traitement historico-critique du miracle auquel procède J. Meier et d’autre part de présenter comment l’analyse narrative aborde les récits de miracle. En d’autres termes : comment le miracle résiste-t-il à l’épreuve du feu (critique historique) et comment le récit de miracle s’expose-t-il au regard du lecteur (analyse narrative) ? L’enquête historique de Meier fait conclure avec une haute vraisemblance à une activité thaumaturgique de Jésus de Nazareth, mais ses résultats factuels sont modestes ; cette déception tient à la nature même du miracle, qui relève du signifié plutôt que du signifiant de la pratique de Jésus, l’historien se fixant sur le signifiant. La démarche narratologique a montré comment le récit qualifiait de miracles, à l’intention du lecteur, les gestes de Jésus ; dire « miracle » est donc un effet du texte, qui relaie la parole du témoin.

Post-scriptum

En réponse à la note précédente, M. Fédou précise son propos. Soulignant avec J. Moingt qu’il n’est pas possible d’établir à partir de l’histoire une « théologie de la vie de Jésus », il croit néanmoins possible de proposer une « théologie de la vie de Jésus au sens large », à condition de bien s’entendre. Si l’expression cherche à couper court à l’illusion de prétendre s’appuyer sur une exacte reconstitution de la chronologie, il faut bien cependant parler ici de « théologie », qui ne serait aucunement déduite des résultats atteints par l’histoire, mais dont on attendrait seulement qu’elle prenne en compte les acquis les plus solides de l’ouvrage de J. P. Meier.

Note à l’issue du colloque RSR « Christologie et Histoire de Jésus »

Dans cette note à l’issue du colloque, J. Moingt met en cause la possibilité d’établir sur des bases historiques solides une théologie de la vie de Jésus, une christologie messianique de l’accomplissement des Écritures par l’activité thaumaturgique de Jésus, qu’il serait loisible d’élever ensuite à une haute christologie, peut-être même sans avoir besoin de passer par sa résurrection. Il revient par là-même sur la position et le travail respectif du théologien et de l’historien, et les enjeux de la première, deuxième et troisième quête du Jésus historique.