Précarité institutionnelle de l’Église et radicalité du Royaume

L’Église de Jésus-Christ, sous sa forme visible et institutionnelle, à la fois plurielle et une, n’est pas une fin en soi et, même dans l’ordre du salut, garde un caractère second et instrumental. Chez Calvin, l’Église, comme Église invisible, doit son existence à l’élection de Dieu. Mais la distinction entre Église visible et Église invisible prend son origine, chez le Réformateur, dans la nécessité de justifier la critique théologique et pratique de l’Église romaine. Nous sommes donc ici à un carrefour entre la fondation théologique de l’ecclésiologie et sa condition historique. À terme, c’est-à-dire à l’aune de l’espérance de la venue du Royaume de Dieu et de la communion des saints, la distinction entre Église visible et Église invisible s’estompe, non en faveur de la seconde, mais en fonction du règne universel et final de Dieu, lequel transcende les limites de toute forme d’ecclésialité. Mais cette délimitation claire entre l’Église et le Royaume de Dieu, ou, exprimé d’une autre manière,

La distinction « incorporé à » / « ordonné à » dans Lumen gentium

La répartition habituelle des traités en théologie laisse souvent l’ecclésiologie à distance des questions touchant au pluralisme religieux et c’est davantage le christologue ou le spécialiste de la théologie fondamentale qui sont sollicités. Pourtant, les débats ayant trait à cette question ne sont pas sans répercussions sur l’ecclésiologie et spécialement sur l’articulation entre l’Église et le Règne de Dieu. Dans cette perspective, il est utile de revenir sur deux expressions qui qualifient le lien à l’Église au concile Vatican II , à savoir « incorporé à » (LG 14) qui qualifie l’appartenance des catholiques à leur Église et l’expression « ordonnés à (…) l’unité du Peuple de Dieu » qui s’applique à « ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile ». Cette façon dont le concile a décrit le lien entre l’Église et ceux qui n’en font pas partie appelait à préciser à son tour le lien entre l’Église et le Règne de Dieu. Sur ce point, une étude généalogique permettra de percevoir l’importance de l’évolution opérée par le

La proclamation du Royaume de Dieu comme marqueur de continuité entre Jésus et l’Église dans l’oeuvre de Luc

« Jésus annonçait le Royaume, et c’est l’Église qui est venue » : la célèbre formule d’A. Loisy, souvent mal comprise, doit être replacée dans son cadre d’origine expliquant que l’Église a élargi la forme de l’Évangile qui ne pouvait être conservée telle quelle dans la période qui a suivi la fin du ministère terrestre de Jésus. Dans cette ligne, l’Église s’inscrit à la suite de Jésus non pour s’identifier au Royaume, mais afin d’en poursuivre l’annonce. C’est bien ainsi que nous pouvons comprendre le rapport entre les trois termes « Jésus », « Royaume » et « Église », dans le sens du prolongement d’une même proclamation du salut. En effet, c’est plutôt que le rapport entre Jésus, le Royaume et l’Église doit être envisagé. L’annonce du Royaume joue un rôle important, voire capital, quand on s’interroge sur la raison d’être et la finalité de l’Église d’après le Nouveau Testament. Dans cette perspective, le Royaume de Dieu semble nettement intervenir comme un marqueur de continuité entre Jésus et l’Église. Et c’est

Le difficile vivre ensemble, le lien social et la perspective du Royaume

La raison d’être et la finalité salvifique de l’Église sont ici pensées à partir d’une mise en relation entre le langage biblique du « Royaume de Dieu »et le vocabulaire philosophique social et politique du « vivre ensemble ». Le caractère « énigmatique » de l’époque moderne invite la théologie à dépasser les débats du XXe sur le Royaume de Dieu, dans une perspective plus politique et sociétale, et ceci grâce à l’apport de la réflexion biblique. La raison d’être de l’Église se redessine dans une posture diaconale, à partir de « personnes-relation » qui participent à la restauration d’un jeu relationnel significatif entre humains et renouvellent la capacité inaugurale de figuration du Royaume. Porteuses de la foi élémentaire, elles ouvrent aux plus petits un espace d’hospitalité ecclésiale, suscitent et engendrent la foi d’autrui et rendent possible la prière : « Que ton règne vienne… ».

« L’Église, de Abel jusqu’au dernier élu ». Problématique

Puisque l’Église est sacrement universel du salut, la vision conciliaire est doublement interrogée sur cette prétention à pouvoir désigner la vocation du monde et l’unité du genre humain ainsi que sur la pertinence de l’Église en tant qu’institution de salut. Que signifie ce salut dans une société qui s’est émancipée des contraintes de la question du sens ? Quelle nécessité d’une forme de vie ecclésiale de la foi, celle d’une Église ? Quel statut des non chrétiens au regard de l’offre du salut de Dieu à tous ? Cette triple problématique découle d’un ample état des lieux posé à partir de la question centrale : le christianisme survivra-t-il à la modernité ? Partant de l’origine du christianisme, tissée de diversité, la théologie doit continuer à chercher, notamment à partir des formes que revêt la communion, la manière dont le Règne de Dieu vient à travers l’Église. C’est tout l’enjeu de sa crédibilité et de la pertinence du christianisme en post-modernité.

Pourquoi l’Église ?

Avoir recours au terme « sacrement », pour parler de l’Église comme le fit Vatican II, permet d’aborder certaines questions posées par son utilisation, révélatrices de problématiques disputées en ecclésiologie. En quoi ce terme permet-il d’honorer le rapport de l’Église au monde : parler de l’Église sacrement, et même de sacrement du Royaume, n’invite-t-il pas à envisager d’une certaine façon « décentrée » les relations entre Église et monde ? La perspective sacramentelle peut dire quelque chose du « seul but » de l’Église et c’est cette perspective sacramentelle elle-même qui invite, voire oblige, au dialogue, c’est-à-dire à considérer non seulement ce que l’Église peut donner au monde, mais ce qu’elle doit en recevoir.