Le temps de l’existence et le sens de l’histoire dans l’Apocalypse de Jean

Le livre de l’Apocalypse est l’un des très grands textes de l’humanité. Par le relais d’utopistes mais surtout d’artistes, aux moments de graves crises sociales, sa voix n’a cessé de retentir dans l’histoire. Adoptant le langage du mythe, apte à traverser siècles et cultures, elle énonce un diagnostic profond des maux structurels de l’homme et de l’humanité, l’existence n’étant qu’une succession de séquences de survie. D’où l’annonce des conditions mêmes de la vie, et l’offre à chacun des humains de l’infaillible espoir de l’avènement de celle-ci. Voilà ce que « révèle » ce fascinant écrit à l’optimisme paradoxal : en grec, apokalupsis, « révélation ».

Penser la catastrophe

Produits dans la foulée de catastrophes historiques, les récits apocalyptiques byzantins insèrent ces catastrophes dans un temps structuré allant de la Création à la fin du monde. Ces spéculations connaissent un paroxysme lors de la chute de Constantinople en 1453, proche de l’an 7000 de la Création. Les efforts pour mettre en récit l’histoire universelle depuis la Création jusqu’à la fin des temps, et pour situer dans ce schéma les catastrophes vécues, ont pour objectif ultime (au-delà de toute récupération politique) de rassurer le peuple chrétien en insérant les événements chaotiques qui les frappent dans un scénario cohérent, devant aboutir in fine à la Parousie et à l’éternité.