Repenser l’événement – sous un angle théologique

Conçu comme un essai, le présent article se donne pour tâche de relire les débats qui ont animé la réflexion sur la catégorie d’événement dans l’histoire récente de la théologie, notamment protestante. Il tente d’en dégager des perspectives pour une reprise actuelle de la catégorie. À partir des travaux herméneutiques d’Ebeling et de Ricœur, il s’inspire de la notion d’événement de parole pour libérer l’événement d’une pure et simple ponctualité, qu’on lui a toujours reprochée, et y découvrir une dimension de procès, susceptible d’être explicitée par la pragmatique de la communication.

À PROPOS du premier numéro de 2014 « Repenser l’événement »

À lire le prologue de l’évangile de Luc (Lc 1,1), on se convainc aisément de ce que les « événements » sont l’élément le plus propre des Écritures juives et chrétiennes et ce qui les a suscitées. Ils sont pourtant restés, des siècles durant, dans l’oubli, recouverts par la Parole ou intégrés d’emblée dans une conception du  monde qui ne connaît pas d’événements nouveaux mais des actualisations de possibilités prévues ou annoncées. Or, le XXe siècle a vu subitement émerger les événements ; et au singulier, sous la forme du lexique, plutôt luthérien, d’« événement-Parole » (Wortereignis), ou sous la forme d’« événement-Christ » (Christusereignis), de coloration plutôt catholique. Le concile Vatican II, dans la constitution Dei verbum, a pour sa part insisté sur le lien intrinsèque entre « événements et paroles », tout en réactivant le singulier patristique de l’« économie de la révélation », et non sans courir le risque que ce qui était perçu de manière nouvelle soit ici rabattu sur du déjà connu. Cinq auteurs ont accepté de relever le