La Première Guerre mondiale et la mise en crise de la théologie protestante germanophone et francophone

En théologie protestante de langue allemande, la Première Guerre mondiale a été l’occasion d’une mise en question radicale des positions théologiques dominantes jusqu’alors. Des voix, dont celle du jeune Karl Barth, se sont élevées contre la théologie patriotique proposée au début de la guerre par les plus grandes figures théologiques de l’époque (Adolf Harnack, Wilhelm Herrmann et Ernst Troeltsch). À l’instar de Rudolf Bultmann, nombre de théologiens allemands d’abord aveuglés par le puissant élan patriotique des premiers mois de guerre ont, par la suite, questionné certaines associations trop rapides entre le destin de leur pays et la providence divine.

De l’« An Deus sit » à l’« Ubi Deus est ». Esquisse pour une théologie de l’Adresse et de l’ invocation comme forme de connaissance

S’adresser à Dieu relève d’une expérience qui ne saurait être assimilée ou réduite à une détermination seconde de l’expérience religieuse, moins originaire que l’auto-surgissement de l’Idée de Dieu à la conscience. En théologie chrétienne, l’adresse et l’invocation offrent une particularité qui ne peut être ignorée, tant elle est solidaire de la constitution de l’objet de foi dans sa forme la plus originaire : l’annonce kérygmatique et ses formes très spécifiques de réalisation, qu’elles soient doxologiques, liturgiques ou parénétiques. Esquisser une théologie de l’ « Adresse » relève donc d’une démarche de théologie fondamentale intégrant le domaine de la foi trinitaire et requalifiant du même coup les catégories de la métaphysique qui servent à circonscrire le domaine et le champ de la présence de Dieu à toutes choses. Partir d’une théologie de l’« Adresse », c’est offrir la possibilité de sortir de la seule problématique de l’ubiquité divine pour envisager la question du « lieu » de Dieu (ubi Deus est) en y intégrant de facto et de jure la

À qui s’adresser

L’article montre qu’il s’agit d’une question originaire et non pas d’une question qui suivrait le constat d’un problème : elle provient d’un « soi » qui s’adresse, se remet à quelqu’un d’autre, dans et pour son existence même ; l’expérience même d’être « quelqu’un », un « soi », dépend de cette relation et de cette adresse « à » quelqu’un d’autre. S’adresser « au divin » ou « à quelqu’un » : cette distinction interroge l’expérience humaine dans la relation du soin, dimension vitale de l’adresse. Car l’expérience humaine s’avère être déchirée de l’intérieur entre une destruction extrême et une création extrême. Mais il y a aussi des actes ou des paroles en acte qui semblent témoigner pour une relation possible entre les humains, par-delà leurs séparations et leurs ruptures. Tout comme certains soins originaires, certains actes ou certaines paroles viennent répondre à celles qui demandent entre les humains une réparation ou un témoignage de ce qui reste possible et ouvert.

Comment l’adresse à Dieu est-elle possible ?

En référence aux gestes de Hegel et de Kant, on met en contraste deux abords concurrents de la question de la religion : l’une par une justification de la foi ; l’autre, par une explication de Dieu. Tandis que la philosophie de la religion, chez Kant postule qu’il y a un Dieu, elle entreprend, avec Hegel, d’exposer qui est Dieu. La confrontation de ces deux gestes philosophiques éclaire le programme philosophique d’une réconciliation de la raison et de la religion.