L’image d’un Dieu qui passe. Lecture théologique de la Vocation de S. Matthieu de Caravage

La peinture de Caravage occupe une position stratégique entre l’art religieux du XVIe siècle, dont le naturalisme, ainsi chez Carracci, est imprégné de présence divine, et le réalisme sécularisé qui triomphera au XIXe siècle. Aussi a-t-elle été l’objet d’incessants conflits d’interprétation, commencés déjà de son temps. Elle ne paraissait pas d’accord, en effet, avec les consignes d’orthodoxie données aux artistes par les théologiens de la Contre-Réforme, et clairement rappelées à Caravage dans le contrat qui lui avait été fixé en 1565 pour représenter les scènes de la vie de S. Matthieu dans l’église S. Louis des Français à Rome. Il interpréta ce contrat selon des critères tout nouveaux et personnels. La composition de l’espace et de la lumière, la disposition des personnages et des clairs-obscurs sont significatives de la vision moderne du monde et de l’homme qui commence à se mettre en place à cette époque. Le rayon de lumière qui traverse une scène sans noblesse plongée dans l’obscurité immobilise

La poésie, le savoir, le religieux

Comment la création poétique s’accommode-t-elle du savoir religieux qui l’inspire ? la question sera étudiée à l’aide d’illustrations prises chez des poètes chrétiens d’avant-guerre (Claudel, Reverdy) ou d’après-guerre (la Tour du Pin, Lemaire, Mambrino). On testera à cet effet une typologie qui distingue une poésie « confessionnelle », une autre « confessante », et un troisième type « indirect », selon les réminiscences verbales qu’on y trouve ou les innovations de langage ou le jeu des références à l’expérience spirituelle. Il devrait apparaître finalement que la ligne de démarcation de la créativité poétique sépare moins les deux premiers types du troisième qu’elle ne passe entre le premier et les deux autres, quand ces deux derniers préservent l’ouverture de la référence à des interprétations diverses.

L’idéologie judéo-chrétienne et le dialogue juifs-chrétiens. Histoire et théologie

La volonté présente du christianisme de nouer un dialogue fraternel avec le judaïsme pose au premier le problème de reconnaître exactement l’identité du second, et d’interpréter correctement la judaïté de Jésus et la notion de « texte commun », présupposées à la base de cette rencontre. La religion de Jésus n’était pas encore ce qui allait devenir, après l’instauration du rabbinisme, la religion des juifs actuels, fondée sur la rédaction d’une Torah orale. Le judaïsme moderne et le christianisme sont à la fois en rupture et en continuité herméneutique avec l’Ancien Testament, mais ils ne le lisent pas avec la même clé d’interprétation, le second le lisant à partir de son « accomplissement » dans le Nouveau, le premier en fonction de son « ouverture » à une autre nouveauté, qui sera le Talmud. L’idée d’un « patrimoine commun » aux juifs et aux chrétiens est née, dans un premier temps, de l’idéologie des Lumières, créatrice d’une culture commune, «judéo-chrétienne », au prix d’une lecture « scientifique » et désacralisante de la Bible. Dans un second temps,

Levinas. Phénoménologie et judaïsme

La tradition juive imprègne à tel point le discours philosophique de Levinas qu’on a pu le soupçonner d’être une théologie masquée de la transcendance. L’ambiguïté n’est qu’apparente. Son judaïsme est la voix singulière d’un recommencement. Dans sa jeunesse talmudique à Vilna, il a été à l’école d’une si haute pensée de la grandeur excessive de Dieu qu’elle échappe à nos représentations et décourage la philosophie de s’en faire l’interprète. Arrivé en France, s’adonnant avec émerveillement à la phénoménologie, il apprend d’elle que l’esprit n’est rien que liaison au dehors, échange avec le monde et ouverture à autrui. Pour elle, le monde repose fondamentalement sur l’expérience empirique de la rencontre de l’homme, non directement sur la relation à Dieu. Mais dans l’exploration de son domaine propre, celui de l’existence finie, la raison se heurte à des limites – la mort, le visage d’autrui – où surgit une altérité exigeante, qui se refuse aux réductions et aux accaparements dont la transcendance divine est l’objet

Le judaïsme dans le monde moderne : l’exemple du Conservative Judaism

Le mouvement appelé Conservative ou massorti est le courant le plus florissant du judaïsme depuis le début du siècle aux États-Unis, d’où il s’est répandu en beaucoup de pays (dont la France). Cherchant à se frayer une voie entre les tendances « réformée » et « orthodoxe », qui se sont affrontées en Allemagne depuis le milieu du XIXe siècle, puis aux Etats-Unis, ce courant est significatif des tensions et des évolutions qui traversent le judaïsme contemporain. Reprenant l’intuition fondamentale de Frankel, pour qui la tradition est un dynamisme de changement, le Conservative entend garder l’identité juive dans la fidélité à la Halakha tout en lui permettant de s’adapter aux temps nouveaux. Mais comment tenir alors et garantir l’origine juive de la Halakha ? S’inspirant de Rosenzweig et de Buber, les théologiens du Conservative conçoivent la révélation comme l’expression de la Parole de Dieu dans l’histoire d’Israël, au présent (Herberg) ; comme un enseignement avant tout ordonné à l’action éthique et toujours en quête d’interprétation (Heschel) ; elle est