L’image d’un Dieu qui passe. Lecture théologique de la Vocation de S. Matthieu de Caravage
La peinture de Caravage occupe une position stratégique entre l’art religieux du XVIe siècle, dont le naturalisme, ainsi chez Carracci, est imprégné de présence divine, et le réalisme sécularisé qui triomphera au XIXe siècle. Aussi a-t-elle été l’objet d’incessants conflits d’interprétation, commencés déjà de son temps. Elle ne paraissait pas d’accord, en effet, avec les consignes d’orthodoxie données aux artistes par les théologiens de la Contre-Réforme, et clairement rappelées à Caravage dans le contrat qui lui avait été fixé en 1565 pour représenter les scènes de la vie de S. Matthieu dans l’église S. Louis des Français à Rome. Il interpréta ce contrat selon des critères tout nouveaux et personnels. La composition de l’espace et de la lumière, la disposition des personnages et des clairs-obscurs sont significatives de la vision moderne du monde et de l’homme qui commence à se mettre en place à cette époque. Le rayon de lumière qui traverse une scène sans noblesse plongée dans l’obscurité immobilise