L’âge de l’anthropocène, un kaïros pour la théologie de la création ?

La notion d’« anthropocène » s’est imposée pour rendre compte de la situation inédite dans laquelle se trouve l’humanité. L’impact des activités humaines sur la détérioration des conditions de vie, et peut-être même de survie, sur la planète, nous invite à relire à nouveaux frais les textes bibliques de Création et de Recréation. Une éthique théologique nouvelle se dessine, qui conjugue lucidité, non-puissance et espérance en Christ.

Un tournant cosmologique dans la théologie de la création

Le terme d’« anthropocène », proposé par le chimiste néerlandais Paul Jozef Crutzen dans un billet de la revue Nature du 3 janvier 2002, signifie que l’humanité est devenue une force géologique à part entière et qu’en tant que telle, son activité entre en interdépendance avec le reste du vivant et de la nature. Cette nouvelle donnée nous fait entrer dans un temps irréversible et non-prédictible. Entre utopie techniciste et catastrophisme, sans doute y a-t-il à rechercher une attitude de sagesse qui tente de tracer sa route sans arrogance ni désespérance. La tradition chrétienne pourrait-elle y aider ?

Édito (107/3-2019)

Les meilleures enquêtes socio-historiques montrent que la tradition chrétienne est entrée, au moins en Europe de l’ouest, dans une nouvelle phase de son existence. La période de la chrétienté est définitivement close (même si subsistent encore, ici et là, certains microclimats catholiques), laissant la place à ce qu’on peut appeler, en analogie avec la diaspora juive, un « christianisme diasporique ». Utilisée pour la première fois par Karl Rahner en 1954 (Œuvres 10, p. 357-394), cette expression a été aussi adoptée – au moins marginalement – par le concile Vatican II dans sa Constitution sur l’Église (Lumen gentium, 26 § 1).

Un catholicisme diasporique. Réflexions sociologiques sur un propos théologique

Lorsque Karl Rahner annonce dans un fameux article de 1954, les profondes mutations qui attendaient l’Église catholique, il fit preuve d’un singulier courage théologique mais surtout d’une grande originalité d’analyse. En effet, plutôt que de déplorer la sécularisation et de chercher à la contrer, il en prend acte comme de la condition actuelle de la présence du christianisme dans les sociétés occidentales contemporaines. L’article évalue la portée sociologique de cette forme « diasporique » que Karl Rahner présente comme la modalité obligée d’une communalisation catholique répondant à sa situation minoritaire dans le monde tel qu’il est.

La critique de « l’Évangile selon sainte Scolastique »

L’histoire du mouvement néoscolastique moderne, qui n’est pas identifiable en tout au thomisme, et dont la magna carta était Æterni Patris s’est achevée au deuxième Concile du Vatican. L’article cherche à définir les caractéristiques de cette néoscolastique, précise le rôle central qu’y tient le thème de la « nature pure », et formule quelques points sur lesquels une théologie dans la situation de diaspora qui est la sienne devrait être attentive.

La naissance d’une théologie pratique et pastorale

Vatican II a introduit une nouvelle manière d’élaborer un discours chrétien et d’exprimer la foi chrétienne, mais ce renouveau de la théologie a besoin d’être poursuivi et approfondi si celle-ci ne veut pas être marginalisée, car la situation présente du monde et de l’Église lui lance de nouveaux défis. L’article questionne le rôle du Concile dans cette révolution puis réfléchit aux nouveaux approfondissements exigés dans la situation actuelle. L’enjeu pour la théologie est de demeurer enracinée dans son terreau et de reprendre la question du salut dans le Christ à partir du cri des pauvres et de la terre. S’appuyant certes sur des spécialistes voués au travail théologique, elle ne pourra pas s’isoler du travail d’interprétation menée par les communautés.