Karl Rahner – La puissance d’engendrement d’une pensée

Partant de la fécondité effective de l’œuvre de Karl Rahner, l’article s’interroge sur l’impulsion qui a rendu possible son ampleur exceptionnelle. Il n’en scrute donc pas telle partie ou tel contenu mais s’intéresse à la genèse ou à la « puissance d’engendrement » de la pensée du théologien jésuite. Pour cela, il part de son itinéraire et repère les tournants et la différenciation interne de sa théologie, pour en dégager le « ressort » qui se trouve dans une sensibilité spirituelle aux « nouveaux commencements », à repérer et à penser au sein de notre histoire humaine et dans la tradition chrétienne. L’article tente de vérifier cette hypothèse à partir de quelques situations-clés. Instruit par ces leçons, il reviendra au contexte actuel où, à la suite de Rahner et en pensant avec lui et non pas comme lui, les théologien(ne)s peuvent trouver leur propre impulsion en apprenant à discerner le « kairos » théologique qui leur est offert.

Karl Rahner – Genèse et aspects d’une théologie systématique

Après tant d’études érudites et une réception hors du commun, quelles que soient les aires culturelles et linguistiques, l’œuvre de Karl Rahner continue d’inspirer de nouvelles synthèses théologiques et de nouveaux champs de recherche. Cette propriété, l’œuvre de Karl Rahner la tire de son infrastructure philosophique puissante, disponible pour de nouvelles prospections. L’étude que nous proposons cherche essentiellement à examiner, dans un acte de relecture et d’interprétation critique, les moments instaurateurs de la théologie de Karl Rahner, en privilégiant les grandes polarités qui la caractérisent : « subjectivité et révélation », « libre révélation et ontologie », « transcendantal et catégorial », « théologie de la grâce et christologie transcendantale ». Ces explorations conduisent à une évaluation actualisante.

Obéissance ecclésiale comme engagement et protestation

L’intention la plus profonde de Karl Rahner ayant toujours été celle d’être un théologien au service de son Église et des hommes, divers conflits sont nés autour de sa théologie, avant et après le Concile Vatican II. Si, dans un premier temps, il a cherché prioritairement à renforcer la position du croyant individuel et la liberté de la parole et de la théologie, il a tenté, après le Concile, de défendre cette première mise en œuvre de l’Église universelle comme le « début d’un début ». À côté du débat autour du « chrétien anonyme », il faut signaler surtout son engagement en faveur d’une nouvelle place des femmes au sein de l’Église. Alors qu’avant le Concile, Rahner était partiellement contesté, mais reconnu, certains, après le Concile, ont mis en doute son orthodoxie objective, signe du changement radical de la théologie et de l’Église à cette époque.

Karl Rahner : ses sources et lieux théologiques

En partant des différentes phases d’après lesquelles les Œuvres complètes répartissent les travaux de Rahner, l’on peut identifier divers lieux et diverses sources théologiques qui ont joué un rôle décisif dans ses prises de conscience et dans la formation de son jugement théologique. Il s’agit plus particulièrement de la spiritualité ignatienne, de la théologie patristique, de la théologie de l’école néoscolastique, de la problématique de la philosophie moderne de Descartes et de Kant à Heidegger, et enfin de la situation sociale de la foi et de l’Église comme lieu de « pastoralité ». Le cœur de l’option fondamentale de Rahner, centrée autour de la théologie de la grâce, peut être situé dans la reformulation du thème traditionnel de l’analysis fidei.

La réception de l’œuvre de Karl Rahner

La théologie de Karl Rahner s’inscrit dans la tradition de la théologie catholique de l’école jésuite classique, mais cherche à l’élargir et à l’actualiser en démultipliant les sources auxquelles il puise et en entrant en dialogue avec la pensée contemporaine. La réception de la théologie ainsi mise en œuvre débute dans le cadre universitaire, pour prendre ensuite de l’ampleur dans le débat théologique grâce à des publications pertinentes et s’imposer à une échelle plus large au travers de réseaux théologiques (ordres religieux, groupes de travail), de projets au niveau de l’organisation scientifique (lexiques, manuels), mais aussi d’écrits spirituels. L’événement majeur du concile Vatican II la fait connaître sur le plan international. L’importance de sa théologie se révèle également au travers de la recherche internationale sur son œuvre.

Éditorial 108/3

Dossier préparatoire du 27e colloque des RSR (Paris, 12-14 novembre 2020) Il pourrait sembler incongru de s’intéresser, en pleine crise de pandémie, à un penseur, certes parmi les grands « classiques » du XXe siècle mais tout de même éloigné de nos préoccupations actuelles, par ailleurs omniprésentes dans les dernières livraisons des Recherches de Science Religieuse. Mais un interview de Karl Rahner, donné il y a exactement quarante ans, nous fait dresser l’oreille : Je ne suis pas un scientifique, déclarait-il, et ne veux pas non plus l’être. Mais j’aimerais être un chrétien qui prend le christianisme au sérieux, qui vit sans appréhension dans le temps d’aujourd’hui et qui, dans cette position, se laisse donner tel ou tel problème, un troisième et un vingtième, et qui y réfléchit. Si alors on veut appeler cela « théologie », c’est bien. (« Der Werdegang eines Theologen. Gespräch mit Peter Pawlowsky im 1. Fernsehprogramm des Österreichischen Rundfunks 1980 », dans Sämtliche Werke, 31, p. 247). Et si c’était précisément cette manière de

Bulletin d’histoire moderne (108/2 – 2020)

Université Lyon III  – Faculté des Lettres et Civilisations Les ouvrages recensés dans le présent bulletin sont regroupés en quatre rubriques : I – Penser la religion Brizay François (dir.), Identité religieuse et minorités. De l’Antiquité au XVIIIe siècle, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2018, 302 p. Breton Nicolas, Guillemin Thomas, Lunel Frédéric (dir.), Les dialogues interreligieux. Lieux et acteurs (XVIe-XXIe siècles), Presses Universitaires de Rennes, Rennes : 2018, 316 p. Galinier-Pallerola Jean-François (dir.), Sainte Germaine de Pibrac 150e anniversaire de la canonisation, Parole et Silence, Paris, 2018, 188 p. Yardeni Myriam, Minorités et mentalités religieuses en Europe moderne. L’exemple des huguenots. Études recueillies par Michael Green, « La vie des huguenots » 80, Honoré Champion Paris, 2018, 332 p. II – Renaissance et Réformes Schmidt Marie-France, Cardinal et grand inquisiteur, Salvator, Paris, 2017, 213 p. Engammare Max, Prêcher au XVIe siècle. La forme du sermon réformé en Suisse (1520-1550), Labor et Fides, Genève, 2018, 270 p. Blough Neal, Les révoltés de l’Évangile. Balthasar Hubmaier et les

Bulletin d’histoire religieuse et sociale du Moyen Âge (108/2 – 2020)

Université Rennes II – Département d’Histoire Les ouvrages recensés dans le présent bulletin sont regroupés en onze rubriques : I. Christianisation, conversion et mission au premier Moyen Âge Dumézil Bruno, 24 décembre 505 ? Le baptême de Clovis, « Trente journées qui ont fait la France », Gallimard, Paris, 2019. Ristuccia Nathan J., Christianization and Commonwealth in Early Medieval Europe: A Ritual Interpretation, Oxford University Press, Oxford, 2018. Rembold Ingrid, Conquest and Christianization: Saxony and the Carolingian World, 772-888., Cambridge University Press, Cambridge, 2018. Gautier Alban, Beowulf au paradis : figures de bons païens dans l’Europe du Nord au haut Moyen Âge, Publications de la Sorbonne, Paris, 2017. II. Moines et religieux Destefanis Eleonora (dir.), L’eredità di san Colombano. Memoria e culto attraverso il Medioevo, « Art et société », PUR, Rennes, 2017. Bully Sébastien, Dubreucq Alain et Bully Aurélia (dir.), Colomban et son influence. Moines et monastères du haut Moyen Âge en Europe, « Art et société », PUR, Rennes, 2018. Veyrenche Yannick, Chanoines réguliers et sociétés méridionales. L’abbaye de Saint-Ruf

Apocalypse et livres sapientiaux

La fièvre apocalyptique est un phénomène récurrent qui se présente comme une crise à  la fois sociale et symbolique qui subvertit l’articulation spatio-temporelle constitutive d’un monde. C’est l’amplification imaginaire, quasi panique, de maux collectifs face auxquels l’espérance paraît en défaut. L’Apocalypse biblique a longtemps alimenté cet imaginaire. Or, dans le catastrophisme contemporain, né d’une angoisse écologique anticipant le pire, l’apocalyptique s’est sécularisé : la Nature (re)devient une figure mythique ; elle se vengerait d’avoir été abusée. Face à cette sorte de pathos collectif, quelle sagesse, quelle retenue sont–elles possibles ? Il se trouve que, dans le corpus biblique, l’opposition de deux types de temporalité – sous le signe de la fin des temps et sous celui d’une certaine continuité – a donné lieu à un travail symbolique intense dont on peut dire, en assumant le risque de toute interprétation, qu’il vise à limiter chacun de ces types par l’autre, donc à conjuguer « poétiquement » désespoir et confiance raisonnée, sinon dans le monde, du moins dans un « monde possible ».

Salut et technique

Vaincre la mort par des moyens techniques : telle est la perspective qui unit les diverses aspirations du mouvement transhumaniste, pointe avancée de la technoscience contemporaine. Comment une croyance religieuse a-t-elle pu ainsi se transformer en programme scientifique ? Pour répondre à cette question, l’article examine le rapport entre apocalyptique et sagesse et plus largement entre langage mythopoïétique et langage rationnel, en interrogeant notamment Paul et la Sagesse de Salomon.