La réception de la sagesse dans la sophiologie russe

La Sophia n’a jamais été pleinement et correctement reçue dans la pensée orthodoxe. Après l’exploration brève de son développement du point de vue de la relation Dieu-monde, à travers la pensée des grandes figures de la philosophie religieuse russe, à savoir Soloviev, Florensky et le plus influents parmi eux, Boulgakov, et une évaluation critique de sa réception historique au XXe siècle par la théologie chrétienne (orthodoxe incluse), l’article propose une discussion préliminaire sur sa pertinence possible dans le dialogue à mener entre l’Église et la modernité.

La sagesse comme instance d’accomplissement dans la théologie biblique de Paul Beauchamp

Le projet de théologie biblique de Paul Beauchamp accorde une place centrale à la sagesse. L’article présente les voies par lesquelles la sagesse rend compte, dans l’œuvre de Beauchamp, du mouvement d’accomplissement des Écritures. Quatre directions sont explorées : la sagesse respectivement comme connaissance de l’origine et de la condition de créature, travail de la parole et matrice d’écriture, rapport d’Israël aux Nations entre particularisme et universalisme, figure biblique du Dieu un et trine.

La contemporéanité entre sagesse et apocalyptique

En suivant l’ordre chronologique, la présentation des livres sapientiaux de la Bible traverse les époques perse (Job et Proverbes), grecque (Qohélet et Ben Sira) et romaine (Sagesse de Salomon), et termine par la personne de Jésus. À chacune de ces étapes, la confrontation avec le courant apocalyptique permet d’insister sur ce qui oppose les sages à l’apocalyptique.

Éditorial 108/2

La Sagesse par Christoph Theobald Une fois n’est pas coutume. Il a semblé en effet à la Rédaction des RSR que les bouleversements tant écologiques que socio-politiques et existentiels de notre époque méritent qu’on leur consacrât un dossier qui couvre plusieurs livraisons de la Revue. Portant sur la Sagesse, celle-ci vient donc à la suite du précédent numéro sur l’Apocalyptique (108/1 [janvier-mars 2020]) et conclut notre parcours sur une manière de vivre le temps de l’histoire, désormais insérée dans l’histoire de la terre aux prises avec une nouvelle ère géologique : celle de « l’anthropocène » où l’action humaine se transforme en force géologique dominante. La dernière livraison de l’an dernier (107/4 [octobre-décembre 2019]) avait inauguré notre série en traitant de l’impact de cette mutation sur la théologie de la création, avant de pouvoir aborder dans les deux premiers numéros de cette année la mise en crise de nos conceptions du temps et de l’histoire. Comme nous le verrons, c’est la conception même de

Bulletin de théologie systématique : Dieu – Trinité (108/1 – 2020)

Institut catholique de Paris – Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses – Collège doctoral « Philosophie et Théologie » (EA 7403)  *** Les ouvrages recensés dans le présent bulletin sont les suivants : Aubry Gwenaëlle, Genèse du Dieu souverain, Vrin, Paris, 2018, 305 p. Cattin Emmanuel, Majestas Dei. Seigneurie et liberté, Vrin, Paris, 2018, 304 p. Schlitt Dale M., German Idealism’s Trinitarian Legacy, Suny Press, State University of New-York, 2016, 445 p. Morales Xavier, la relativité de dieu. La contribution de la process theology à la théologie trinitaire, Éd. du Cerf, Paris, 2017, 191 p. Sloterdijk Peter, Nach Gott, Suhrkamp Verlag, Berlin, 2017, 364 p. Molnar Paul D., Divine Freedom and the Doctrine o the Immanent Trinity (2ième édition augmentée), Bloomsbury and T&T Clark, London/New York/Oxford/New Dehli/Sidney,2017, 591 p. Lieggi Jean-Paul, La sintassi trinitaria. Al cuore della grammatica della fede, Aracne editrice, Arcani, 2016, 357 p. Lieggi Jean-Paul, Teologia trinitaria, EDB – Fondamenta, Centro editoriale dehoniano, 2019, 319 p. Inguscio Giorgio, Dio è Padre. La riflessione

Bulletin de philosophie et christianisme (108/1 – 2020)

Institut catholique de Paris – Université Humboldt de Berlin I – Penser la religion Ricœur Paul, Penser la religion. Écrits et Conférences 5, textes rassemblés, établis et annotés par Daniel Frey, Ed. du Seuil, Paris, 2020. Brague Rémi, Sur la religion, Flammarion, Paris, 2018, 245 p. Colin Pierre, Morale et religion au temps de la crise moderniste. Études d’histoire de la philosophie française (XIXe et XXe siècle), textes réunis et présentés par Hubert Faes, UCL, Louvain-la-Neuve, 2017, 343 p. Grondin Jean, Green Garth (éds.), Religion et vérité. La philosophie de la religion à l’âge séculier, Presses Universitaires de Strasbourg, Strasbourg, 2017, 282 p. Flour Yvonne, Capelle-Dumont Philippe (éds.), Rationalités et christianisme contemporain. Vigiles de l’espérance, Parole et Silence, Paris, 2019, 343 p. II – Philosophie expérientielle et métaphysique Faes Hubert, La philosophie des sciences de Dominique Dubarle. I. Philosophie et épistémologie générale des sciences (175 p.) ; Épistémologies spéciales et philosophie du complexe techno-scientifique (277 p.), EdiLivre, Saint-Denis, 2018. Leclercq Jean, Scaillet Thierry (éds.),

Le temps de l’existence et le sens de l’histoire dans l’Apocalypse de Jean

Le livre de l’Apocalypse est l’un des très grands textes de l’humanité. Par le relais d’utopistes mais surtout d’artistes, aux moments de graves crises sociales, sa voix n’a cessé de retentir dans l’histoire. Adoptant le langage du mythe, apte à traverser siècles et cultures, elle énonce un diagnostic profond des maux structurels de l’homme et de l’humanité, l’existence n’étant qu’une succession de séquences de survie. D’où l’annonce des conditions mêmes de la vie, et l’offre à chacun des humains de l’infaillible espoir de l’avènement de celle-ci. Voilà ce que « révèle » ce fascinant écrit à l’optimisme paradoxal : en grec, apokalupsis, « révélation ».

L’apocalypse sans la promesse

Après avoir vécu dans un monde porté par l’idée de progrès, promettant des « royaumes sans apocalypse », l’humanité pronostique aujourd’hui rationnellement sa propre perte, et envisage un monde sans hommes, une « apocalypse sans Royaume ». Dans ces conditions, la continuité du temps, qui garantissait la possibilité de consolation, est brisée. Au fil conducteur des visions du monde générées par l’anthropocène et la collapsologie, on voit que les espérances humaines ne semblent plus être ouvertes à un dénouement collectif. Si les apocalypses-révélations se souciaient de rendre le monde plus juste et accueillant, chaque individu est désormais renvoyé à sa solitude avec pour ultime perspective une transcendance inhabitée.

Penser la catastrophe

Produits dans la foulée de catastrophes historiques, les récits apocalyptiques byzantins insèrent ces catastrophes dans un temps structuré allant de la Création à la fin du monde. Ces spéculations connaissent un paroxysme lors de la chute de Constantinople en 1453, proche de l’an 7000 de la Création. Les efforts pour mettre en récit l’histoire universelle depuis la Création jusqu’à la fin des temps, et pour situer dans ce schéma les catastrophes vécues, ont pour objectif ultime (au-delà de toute récupération politique) de rassurer le peuple chrétien en insérant les événements chaotiques qui les frappent dans un scénario cohérent, devant aboutir in fine à la Parousie et à l’éternité.

La chute de Rome, une rupture dans le rapport au temps et à l’histoire ?

La chute de Rome semble marquer un tournant inexorable dans le rapport au temps et à l’histoire. Mais, plus que la fin du monde, n’est-ce pas la fin d’un monde ? En écrivant la Cité de Dieu, saint Augustin devra se situer tout à la fois vis-à-vis des païens qui accusèrent les chrétiens d’être responsables de ce désastre et des chrétiens désemparés par l’invasion barbare. Ne peut-on pas y voir, en reprenant Hannah Arendt, un commencement, qui, selon ses propres termes, apparaît toujours comme un miracle ?