Vers une nouvelle théorie des sens ?
D’après Henri de Lubac, « l’interprétation spirituelle des Livres saints n’apportait pas, si l’on peut dire, un surplus au capital religieux déjà possédé mais elle entrait pour une part essentielle dans la constitution de ce capital ». Cette affirmation généalogique et théologique ne vaut pas seulement pour l’exégèse patristique mais se fraie aussi son chemin au sein de l’exégèse critique moderne et contemporaine. Or, cette dernière suppose la distinction entre la Bible comme « classique » ou livre matriciel de la culture européenne et l’Écriture sainte comme livre de l’Église. Une nouvelle « théorie » des sens devra tenir compte de cette différence fondamentale de deux points de vue et retracer, sans vouloir les unifier dans une vision englobante, l’itinéraire de « conversion » qui conduit de l’un à l’autre. Elle pourra dès lors distinguer un sens culturel ou anthropologique, un sens messianique ou christologique et un sens proprement théologique.