Les jeux de la différence dans l’Inde hindoue

L’Inde serait-elle la patrie de la différence, l’illustration extrême et pour ainsi dire maladive d’un particularisme triomphant ? L’Inde serait-elle, par la spiritualité et la philosophie, la patrie de la dissolution de toutes les différences, du retour au sein maternel de quelque Grande Déesse cosmique ? Il est vraisemblable que chaque civilisation se définit par un style propre, une manière originale de conjuguer des différences affirmées et des valeurs partagées, des particularités et un patrimoine commun et c’est dans ce sens que l’Inde, par sa manière singulière de marier le propre et le commun, la différence et le partagé, nous invite à l’exploration de notre propre vision des choses, aux acquis et incertitudes de notre identité.

Crise de l’Occident, crise du christianisme, crise de la différence

Nombre d’analyses de la crise culturelle que traverseraient nos sociétés trouvent leur inspiration dans le rejet du caractère indéterminé, immanent et relatif de l’organisation politique des Modernes. La crise, moment décisif, y apparaît comme l’identité même du moderne qui se construit hors de tout fondement absolu, dans l’indétermination des fins politiques et le pluralisme moral. Crise du sujet, crise de la différence, crise de l’universel sont l’enjeu d’une concurrence généralisée des visions du monde et questionnent la nature du bon et du juste. Habiter la crise et y trouver le salut implique de choisir entre le renoncement à tout universalisme ou à définir une « grammaire » qui accueille toutes les versions particulières de l’humanité, et mener une réflexion sur la manière dont les hommes peuvent être épargnés de la peur, de l’oppression et de la cruauté.

C’est à une crise culturelle sans précédent…

C’est à une crise culturelle sans précédent que le christianisme européen se trouve aujourd’hui confronté, et particulièrement dans le champ de l’anthropologie. Jusqu’à une époque récente, les contestations dont il faisait l’objet n’empêchaient pas – du moins de façon générale – un certain consensus de fond : sur les représentations élémentaires de l’être humain, de la différence homme-femme, de la vie en société, ou encore du rapport à la nature. Désormais, nous sommes dans un monde où ces représentations ne vont plus de soi pour un certain nombre de nos contemporains, personnes ou groupes. Ce ne sont pas simplement des « valeurs » traditionnelles qui seraient concurrencées par de nouveaux idéaux. Sont en cause les grandes symboliques qui ont puissamment contribué à façonner la société européenne. Or, ces symboliques sont largement redevables de la tradition judéo-chrétienne et des traditions gréco-romaines (ou plus précisément du travail pluriséculaire que la tradition judéo-chrétienne a opéré sur ces traditions gréco-romaines). Ainsi, des valeurs essentielles à la modernité occidentale étaient elles-mêmes tributaires,

Penser la différence…

C’est à une crise culturelle sans précédent que le christianisme européen se trouve aujourd’hui confronté, et particulièrement dans le champ de l’anthropologie. Jusqu’à une époque récente, les contestations dont il faisait l’objet n’empêchaient pas – du moins de façon générale – un certain consensus de fond : sur les représentations élémentaires de l’être humain, de la différence homme-femme, de la vie en société, ou encore du rapport à la nature.

Editorial 100/3

Un diagnostic quelque peu réaliste doit le reconnaître : si la majorité de nos contemporains européens restent attachés à ou tributaires d’un « christianisme » sans Dieu et sans Église, beaucoup ne savent plus à quoi sert cette dernière. D’où la question quelque peu provocatrice, livrée au 23e colloque RSR : « Pourquoi l’Église ? ». Une hypothèse a accompagné le travail des participants : c’est principalement la proposition d’un « salut » et d’un salut à orientation eschatologique qui pose problème aujourd’hui. Une Église comprise comme « institution de salut » se voit donc progressivement privée de sa pertinence. D’urgence, elle doit s’interroger sur les « expériences » que désigne, au sein de nos sociétés séculières, le vocabulaire biblique du salut et du Royaume, se demander alors quel « type » d’ecclésialité ou quelle « forme » ecclésiale peut correspondre à sa manière de concevoir le monde dans l’horizon eschatologique et quel rapport nouveau elle peut établir avec d’autres formes de « christianisme », voire avec des « chrétiens sans Église ».

Éditorial 99/4

Ce dernier numéro de l’année voudrait honorer une des fonctions des RSR qui est d’offrir une plateforme au débat théologique en proposant à ses lecteurs des recherches particulièrement marquantes dans le domaine des sciences religieuses. Ayant publié au début de 2010 un numéro remarqué sur la manière de « philosopher en théologie », livraison qui discutait en particulier la position de Jean-Luc Marion aujourd’hui reçue par certains théologiens, il nous a semblé important de donner directement la parole à notre interlocuteur. Qu’il soit vivement remercié d’avoir aimablement répondu à notre invitation et d’avoir ajouté ses propres « remarques » à celles qui ont été faites sur sa façon d’envisager les rapports entre philosophie et théologie.