La christologie comme clé d’une théologie « post-substitutive » du judaïsme après Nostra aetate

Catholic Theological Union – Catholic-Jewish Studies Program, Chicago Depuis la Déclaration Nostra ætate de Vatican II, les théologiens chrétiens ont proposé divers modèles pour une nouvelle perspective chrétienne sur le peuple juif et la permanence de sa relation d’alliance avec Dieu après la venue du Christ. Ces modèles pouvaient originellement être classés en deux catégories fondamentales connues sous le nom d’unique et de double Alliance. Plus récemment, des efforts ont été entrepris pour trouver de nouvelles voies d’articulation des liens aussi bien que des spécificités des juifs et des chrétiens. Une christologie incarnationnelle semble fournir le meilleur fondement à cette quête au sein du christianisme, surtout depuis que plusieurs chercheurs juifs se sont engagés dans une recherche similaire au sein du judaïsme

La christologie patristique dans le contexte des débats avec les juifs

Dans quelle mesure la christologie patristique a-t-elle pu alimenter une hostilité de fond entre chrétiens et juifs ? Après avoir rappelé quelques évolutions qui ont marqué la recherche contemporaine sur le sujet, l’article montre quels furent les principaux thèmes des controverses christologiques dans le contexte de l’opposition au judaïsme. Si certains écrits développent incontestablement des thèmes antijudaïques (comme celui de la substitution de l’Église à Israël), le constat de cet « antijudaïsme » ne doit pourtant pas empêcher de percevoir ce qui, originellement, était en cause dans les débats entre chrétiens et juifs, à savoir une décision existentielle sur l’identité même de Jésus. L’article invite à relire de ce point de vue le Dialogue de Justin avec le juif Tryphon, en rendant attentif à la forme même de cet écrit et à son prologue narratif.

Un cahier des charges pour la christologie après Nostra aetate

Le paragraphe 4 de la déclaration conciliaire Nostra ætate concernant la religion juive a marqué un tournant symbolique dans la réflexion chrétienne sur le peuple juif et le judaïsme, sans pour autant lever toutes les difficultés héritées de l’histoire complexe entre le peuple juif et l’Église, ni les défis théologiques qui se dégagent lorsqu’est affirmée la validité permanente de l’Ancienne alliance. Après avoir retracé les avancées de la théologie catholique dans son rapport au Judaïsme, l’article met le doigt sur l’insuffisance de leur approche christologique et se propose, à la lumière de certains théologiens qui ont commencé à travailler dans ce domaine, d’élaborer le cahier des charges d’une christologie en rapport avec ce tournant symbolique de Nostra ætate §4.

La clarté d’une fin : l’interprétation historico-critique de la Bible

Si, par rapport à l’avant-propos du premier tome (cf. l’article du même auteur sur ce tome dans RSR 96/2 [2008], 219-240), on doit prendre acte d’une plus grande rigueur de vocabulaire dans ce second tome, la lecture de l’avant-propos oblige encore à revenir sur ce qui avait provoqué un certain malaise : une conception par trop étroite de ce qu’il faut rigoureusement désigner soit comme « approche critique », ou « approche historico-critique », « critique » ou « recherche historico-critique », ou « exégèse critique ».Dans ce second tome, J. Ratzinger / Benoît XVI affirme un peu trop vite que « l’interprétation historico-critique a donné tout ce qu’elle avait à donner » et offre un propos quelque peu simplificateur lorsqu’il considère le travail de l’exégèse de notre époque en le taxant non seulement d’« herméneutique positiviste », mais aussi de « devenir théologiquement insignifiant ».

Le principe « pour »

Questionner Jésus de Nazareth, l’oeuvre pour le moment bipartite de Benoît XVI-Joseph Ratzinger, c’est aussi chercher à identifier le genre littéraire de cet objet théologique dont l’auteur doit assumer à la fois le théologienqu’il reste, toujours sujet et objet de critique, et le pape qu’il est devenu, en charge du magistère doctrinal dans l’Église catholique. S’il y a bien une différence entre les deux, que Benoît XVI affirme savoir distinguer, il y a également une unité profonde de l’auteur, qui est aussi celle du Jésus qu’il veut présenter. Le narrateur se met sur le chemin de Celui dont il veut déployer toute la puissance d’être et, ce faisant, avoue ce qu’il doit au Seigneur de Guardini. Le genre littéraire du Jésus de Nazareth de Benoît XVI se présente alors comme une apologie évangélique narrative, raisonnée, de Jésus de Nazareth, Christ et Seigneur. En filigrane, l’auteur raconte aussi son histoire, celle d’une relation profonde au Christ qui l’a fait devenir le

Conclusion. Vie de Jésus et venue des temps messianiques : à propos d’un conflit d’interprétation permanent

Le but principal et premier de cette conclusion est de mettre en évidence le lien intrinsèque entre les récits de la « vie de Jésus » et le conflit d’interprétation au sujet du Nazaréen, tel qu’il résulte précisément de ses « actes de puissance » et de leur signification messianique ou non. Le deuxième but est d’expliciter l’analogie entre le conflit d’interprétation, tel qu’il se présente à l’époque néotestamentaire, et la figure qu’il prend aujourd’hui au sein du « forum-Jésus », l’enjeu étant d’en dégager la signification proprement théologique.

Questions et implications du silence de Paul sur Jésus

Lorsque l’on interroge les lettres de Paul sur le thème des « miracles de Jésus », un constat s’impose : Paul ne fait allusion à aucun de ces miracles. Doit-on en conclure qu’il les ignore ? S’interroger sur ce silence de Paul au sujet des miracles revient très vite à poser la question du rapport que l’Apôtre entretient avec la vie de Jésus. Après avoir recueilli les points de rupture où se joue le silence de Paul sur les miracles et relevé les questions soulevées par ce constat, il s’agira ici d’étudier les implications de ce silence qui touche au sens des signes pour Paul et, par là, au kérygme.

« Quelle messianité en acte donne à voir la figure de l’homme Jésus ?

Quelle messianité en acte donne à voir la figure de l’homme Jésus ? L’introduction au colloque se demande s’il y a une possible et légitime « théologie de la vie de Jésus ». On verra que la réponse peut être positive, mais à condition de bien préciser les termes et l’usage qu’on en fait. Une « théologie de la vie de Jésus » ? Mais comme il y a ou peut y avoir des perspectives théologiques à proposer de toutes les réalités du monde, et tout particulièrement en ce qu’elles sont en lien à du social et à de l’idéologique. Or, la vie de Jésus est bien une réalité du monde, parmi d’autres, et elle est bien – oh combien ! – liée à des jeux sociaux et idéologiques. Une « théologie de la vie de Jésus » ? Oui, mais comme théologie justement, et théologie articulée au réel, ici humain.

Post-scriptum

En réponse à la note précédente, M. Fédou précise son propos. Soulignant avec J. Moingt qu’il n’est pas possible d’établir à partir de l’histoire une « théologie de la vie de Jésus », il croit néanmoins possible de proposer une « théologie de la vie de Jésus au sens large », à condition de bien s’entendre. Si l’expression cherche à couper court à l’illusion de prétendre s’appuyer sur une exacte reconstitution de la chronologie, il faut bien cependant parler ici de « théologie », qui ne serait aucunement déduite des résultats atteints par l’histoire, mais dont on attendrait seulement qu’elle prenne en compte les acquis les plus solides de l’ouvrage de J. P. Meier.

Note à l’issue du colloque RSR « Christologie et Histoire de Jésus »

Dans cette note à l’issue du colloque, J. Moingt met en cause la possibilité d’établir sur des bases historiques solides une théologie de la vie de Jésus, une christologie messianique de l’accomplissement des Écritures par l’activité thaumaturgique de Jésus, qu’il serait loisible d’élever ensuite à une haute christologie, peut-être même sans avoir besoin de passer par sa résurrection. Il revient par là-même sur la position et le travail respectif du théologien et de l’historien, et les enjeux de la première, deuxième et troisième quête du Jésus historique.