Les débats sur le « sens spirituel » dans les Recherches de Science Religieuse (années 1940-1950)

Les Recherches de Science Religieuse témoignent amplement de l’importance qu’ont prise, dans les années 1940-1950, les débats autour de l’exégèse patristique. Débats complexes assurément, et que les auteurs ont abordés par trois voies au moins : celle d’une réflexion sur les mots mêmes de « typologie » et d’ « allégorie » ; celle d’une confrontation entre les écoles d’Alexandrie et d’Antioche ; celle, enfin, d’une réflexion de fond sur l’intelligence spirituelle de l’Écriture. Ce triple débat, dans lequel furent impliqués des auteurs tels que J. Guillet et surtout H. de Lubac, même s’il a été formulé dans des termes parfois différents des nôtres, garde aujourd’hui encore toute sa pertinence et son actualité.

L’exégèse critique aujourd’hui

Dans Let the Reader Understand, R.M. Fowler applique à la communication textuelle dont relève l’écriture biblique le modèle par lequel R. Jakobson décrivait la communication verbale. Ce modèle permet d’articuler les principales méthodes exégétiques. Après la querelle des méthodes, une complémentarité se dessine donc sans que toute tension dans leurs résultats ne soit pleinement dissipée. Le débat exégétique est néanmoins relancé aujourd’hui par la critique que la pensée postmoderne adresse aux fondements mêmes des méthodes exégétiques qui se sont développées avec la modernité. Le débat affecte chacune des dimensions de la communication textuelle et explique l’apparition de nouvelles approches du texte biblique.

L’étape critique de la réception biblique

Si entre le XVe et le XXe siècle on peut distinguer deux histoires de l’exégèse critique, la première qui court du XVe au XVIIIe marque effectivement une crise de la lecture de la Bible. Celle-ci porte d’abord sur la fiabilité du texte et de ses traductions pour mettre bientôt en doute la légitimité et la justesse du principe allégorique qui avait dominé la chrétienté jusqu’à la fin du Moyen Âge. Entre le milieu du XVIIe siècle et le milieu du XVIIIe, Richard Simon et Jean Astruc prennent à bras le corps un long héritage et surtout les difficultés qui n’ont cessé de s’accumuler pour ouvrir à la réception et à l’intelligence du texte une voie que la modernité exigeait tant d’un point de vue épistémologique que d’un point de vue théologique.

Jésus et l’histoire. À propos des travaux de John P. Meier

Comment aborder le personnage de Jésus de Nazareth selon une perspective strictement historique ? Pour bien comprendre et répondre à cette question, on propose ici de distinguer de manière claire et tranchée le point de vue de l’histoire en milieu scientifique et celui de l’histoire en milieu théologique. Les travaux de John P. Meier, qui serviront d’exemple significatif, posent la question suivante : sa recherche sur Jésus relève-t-elle de l’histoire en science ou de l’histoire en théologie ? Après avoir rappelé et précisé les attendus et méthodes de la recherche historique sur Jésus de Nazareth en milieu théologique puis en milieu scientifique, l’auteur voudrait plaider ici pour une épistémologie de la recherche sur Jésus de Nazareth en histoire.

La clarté d’une fin : l’interprétation historico-critique de la Bible

Si, par rapport à l’avant-propos du premier tome (cf. l’article du même auteur sur ce tome dans RSR 96/2 [2008], 219-240), on doit prendre acte d’une plus grande rigueur de vocabulaire dans ce second tome, la lecture de l’avant-propos oblige encore à revenir sur ce qui avait provoqué un certain malaise : une conception par trop étroite de ce qu’il faut rigoureusement désigner soit comme « approche critique », ou « approche historico-critique », « critique » ou « recherche historico-critique », ou « exégèse critique ».Dans ce second tome, J. Ratzinger / Benoît XVI affirme un peu trop vite que « l’interprétation historico-critique a donné tout ce qu’elle avait à donner » et offre un propos quelque peu simplificateur lorsqu’il considère le travail de l’exégèse de notre époque en le taxant non seulement d’« herméneutique positiviste », mais aussi de « devenir théologiquement insignifiant ».

L’intérêt du théologien pour le Moyen Âge

Ce qui valait pour la génération de H. de Lubac, Y. Congar ou M.-D. Chenu vaut encore de nos jours : la théologie contemporaine a besoin du Moyen Âge. Non pas comme d’une période dont on prétendrait reproduire telles quelles toutes les orientations ecclésiales ou doctrinales, ni dont le souvenir aurait simplement fonction de justifier, en creux, de nouvelles orientations pour notre propre temps. La théologie a besoin du Moyen Âge pour poursuivre aujourd’hui même son chemin – de tout le Moyen Âge, une époque beaucoup plus vaste et complexe que ce que laissent entendre les représentations habituelles de la chrétienté.

Grecs, Romains, Juifs, chrétiens en interaction

Les recherches des dernières décennies sur les identités religieuses ont privilégié les interactions d’opposition au détriment des interactions neutres ou positives. Or, on peut affirmer que les Juifs hellénophones et les Pèresont pensé leurs croyances grâce aux catégories héritées de l’hellénisme. En retour, le judaïsme a donné au monde païen la Bible grecque des Septante, tandis que l’empereur Julien (361-363) a pensé la réorganisation de la religion traditionnelle sur le modèle chrétien. Si l’on passe aux interactions entre judaïsme et christianisme, l’analyse se heurte à des difficultés qui tiennent à la pluralité des courants juifs et chrétiens et aux sources à notre disposition.

Le miracle au feu de la critique et au regard de l’analyse narrative

Le cadre de cet article est double : d’une part, il s’agit de se prononcer sur le traitement historico-critique du miracle auquel procède J. Meier et d’autre part de présenter comment l’analyse narrative aborde les récits de miracle. En d’autres termes : comment le miracle résiste-t-il à l’épreuve du feu (critique historique) et comment le récit de miracle s’expose-t-il au regard du lecteur (analyse narrative) ? L’enquête historique de Meier fait conclure avec une haute vraisemblance à une activité thaumaturgique de Jésus de Nazareth, mais ses résultats factuels sont modestes ; cette déception tient à la nature même du miracle, qui relève du signifié plutôt que du signifiant de la pratique de Jésus, l’historien se fixant sur le signifiant. La démarche narratologique a montré comment le récit qualifiait de miracles, à l’intention du lecteur, les gestes de Jésus ; dire « miracle » est donc un effet du texte, qui relaie la parole du témoin.