Peines et pénitences dans le code de droit canonique : fondements théologiques et pratiques juridiques à la lumière des agressions sexuelles en Église

Le droit pénal dans l’Église est aujourd’hui questionné par la crise des abus sexuels. Une partie de l’opinion publique lui demande de mettre fin au scandale, sans être toujours consciente que plusieurs de ses caractéristiques ne le rendent pas forcément apte à remplir la mission attendue. Depuis 2002, les papes ont pris des mesures drastiques, qui passent par la centralisation, à Rome, au tribunal du Dicastère pour la doctrine de la foi, des poursuites et du jugement des délits les plus graves. Ce système a été à plusieurs reprises amendé dans le sens de la sévérité. Mais est-il efficace, quand on réalise la tension qui apparaît entre un système répressif ancien, et la persistance, voire l’aggravation, des abus sexuels dans certains pays ?

La miséricorde qui rend justice : une perspective thomiste

L’éthique de la miséricorde promue par l’Église comme réponse aux abus sexuels commis en son sein risque de renforcer l’injustice à l’égard de ceux et de celles qui en ont été les victimes. Le présent essai examine les relations intégrales entre la miséricorde et la justice en passant en revue les réflexions de Thomas d’Aquin à ce propos. Sur cette base, est développé un argument théologique, scripturaire et éthique selon lequel une miséricorde qui néglige la justice n’est pas une vertu véritable, mais contrefaite et bon marché. Seule une éthique de vraie miséricorde est à même de stimuler et de guider la réponse de l’Église aux abus sexuels en son sein et une nécessaire réforme institutionnelle.