L’Église au sein de l’histoire messianique de l’humanité

L’enjeu de cet article est de faire comprendre, dans un même mouvement, ce qui, à l’âge de l’anthropocène, advient à notre commune humanité sur notre terre et ce que la Communio Ecclesiarum est appelée à devenir pour être fidèle à sa mission. Presque soixante ans après l’ouverture de Vatican II, la convocation d’un « synode sur la synodalité » en octobre 2021 élargit la manière de procéder du Concile à l’ensemble des Églises particulières et active ainsi leur statut œcuménique de « peuple messianique » (Lumen gentium, 9). On commencera par expliciter l’enjeu de cette focalisation sur une conception messianique de l’histoire et les possibilités herméneutiques qu’elle nous offre dans la tâche d’interprétation de la situation actuelle de l’humanité sur notre terre et de reconfiguration de la mission de l’Église. On reviendra ensuite sur le concile Vatican II et on précisera comment cette vision messianique peut éclairer les apories du corpus conciliaire, qui se sont révélées lors du processus de réception, et ouvrir ses potentialités d’avenir.

L’histoire du salut au rythme de la diaspora

Dans Evangelii Gaudium, le pape François invite à une mission pastorale, en contact avec la joie de l’Évangile, qui prend comme orientation le document d’Aparecida et fait sortir l’Église des zones de confort de la culture du bien-être. Dans le cadre des succès missionnaires dynamiques du christianisme au sein de la civilisation mondiale contemporaine, on voit naître précisément dans la diaspora une zone de contacts avec les hommes d’aujourd’hui, qui ne se laisse pas réduire à l’indifférence de cette culture du bien-être où les chrétiens sont en position majoritaire. Il y a bien longtemps que la diaspora n’est plus une région où la foi est en minorité ; elle est plutôt un rythme à la fois désillusionnant et encourageant de la vie, notamment de celle des migrants, mais aussi du style de vie urbain de notre époque. Les sciences culturelles diagnostiquent dans ces rythmes toujours déroutants une hybridité qui pousse les hommes à s’aligner en référence à un pays natal où ils

Faire de la théologie au service d’un christianisme en diaspora

C’est une évidence qui se manifeste dans le célèbre texte de Karl Rahner sur l’Église en diaspora (1954), à savoir le lien, historiquement variable mais en principe chaque fois intrinsèque, entre une situation historico-sociale de l’Église et la désignation correcte du moment présent, d’un côté, et des manières spécifiques de faire de la théologie, de l’autre. Partant de ce constat et tenant compte des évolutions post-conciliaires de la théologie catholique, l’article distinguera et précisera trois tâches de la théologie au sein d’un christianisme diasporique. La toute première est celle que Rahner a entreprise à son époque, à savoir celle de discerner aujourd’hui les « signes des temps » et d’aider ainsi les communautés chrétiennes à comprendre le moment de crise hautement inconfortable qu’elles traversent. Une deuxième tâche consiste alors à penser l’existence chrétienne et sa communalisation ecclésiale, en sa source et en son déploiement minoritaire au sein de nos sociétés européennes d’aujourd’hui. Ce qui nous conduira, pour finir, à concevoir un type de « formation » élémentaire au