Un catholicisme diasporique. Réflexions sociologiques sur un propos théologique

Lorsque Karl Rahner annonce dans un fameux article de 1954, les profondes mutations qui attendaient l’Église catholique, il fit preuve d’un singulier courage théologique mais surtout d’une grande originalité d’analyse. En effet, plutôt que de déplorer la sécularisation et de chercher à la contrer, il en prend acte comme de la condition actuelle de la présence du christianisme dans les sociétés occidentales contemporaines. L’article évalue la portée sociologique de cette forme « diasporique » que Karl Rahner présente comme la modalité obligée d’une communalisation catholique répondant à sa situation minoritaire dans le monde tel qu’il est.

Vers une nouvelle théorie des sens ?

D’après Henri de Lubac, « l’interprétation spirituelle des Livres saints n’apportait pas, si l’on peut dire, un surplus au capital religieux déjà possédé mais elle entrait pour une part essentielle dans la constitution de ce capital ». Cette affirmation généalogique et théologique ne vaut pas seulement pour l’exégèse patristique mais se fraie aussi son chemin au sein de l’exégèse critique moderne et contemporaine. Or, cette dernière suppose la distinction entre la Bible comme « classique » ou livre matriciel de la culture européenne et l’Écriture sainte comme livre de l’Église. Une nouvelle « théorie » des sens devra tenir compte de cette différence fondamentale de deux points de vue et retracer, sans vouloir les unifier dans une vision englobante, l’itinéraire de « conversion » qui conduit de l’un à l’autre. Elle pourra dès lors distinguer un sens culturel ou anthropologique, un sens messianique ou christologique et un sens proprement théologique.

La mondanisation du salut

La question du salut, individuel et collectif, parce qu’elle est au centre de l’identité morale de nos sociétés sécularisées, n’intéresse plus seulement les religions. La pensée et la politique libérales s’autorisent à se préoccuper du salut de chacun, même contre sa propre volonté. La sociologie permet de comprendre quelle conception du salut est aujourd’hui dominante et quel rapport elle entretient avec les modalités contemporaines du croire : il n’y a pas éclipse de la transcendance et le salut demeure une question d’actualité dans le cadre du pluralisme moral et religieux. Mais quelle place l’Église pourra-t-elle prendre dans cette réflexion largement investie ? Elle ne peut délaisser cette question ni se dérober à l’impératif d’humanisation, car le monde moderne a besoin de comprendre son identité dans ses origines théologiques. Il faut sauver le salut chrétien.

Les « savoirs du religieux » dans la France du XXe

Les « savoirs du religieux » dans la France du XXe siècle. Trois moments d’une histoire intellectuelle de la sécularisation L’expression « savoirs du religieux » désigne à la fois ce que savent ou croient savoir du religieux les sciences et ce que savent ou croient savoir du monde et d’elles-mêmes les religions. Les savoirs du religieux dessinent le lieu d’un écart et d’un échange, dont l’histoire éclairerait le devenir des rapports entre l’intelligence et la foi à l’époque contemporaine. Le propos de l’article s’organise autour de trois « moments » analogues : le « moment moderniste », le « moment progressiste » et le « moment 68 » et pour chacun d’eux, l’auteur retrace le contexte dans lequel on peut le comprendre et quelques-uns des enjeux qui le structurent.

La « sécularisation interne  » du christianisme : quel apprentissage pour la théologie ?

La « sécularisation interne » du christianisme : quel apprentissage pour la théologie ? Le principe de laïcité en France a imposé l’existence de lieux différenciés et leur identification précise, avec leur objectif spécifique et leur propre logique scientifique. Mais pour ce qui est de la théologie chrétienne, elle est statutairement liée à l’interlocution avec d’autres sciences religieuses. Un long processus d’apprentissage a commencé avec la naissance des RSR dans le cadre d’une « sécularisation » dont le paradigme peut servir à comprendre ce processus.