origines chrétiennes
L’événement contesté
Maître dans l’art du raconter, l’auteur à Théophile se propose, dans la préface à son diptyque Luc-Actes, de composer une diégèse des « événements accomplis parmi nous » (cf. Lc 1, 1-4). Un récit à la fois catéchétique et apologétique dont le lecteur attend qu’il rende compte des hauts-faits de l’histoire sainte advenus au cours des deux premières générations chrétiennes : l’avènement du salut dans la venue du Messie davidique ainsi que son extension à l’humanité entière à la faveur du témoignage apostolique. Si ces deux facettes des πράγματα, respectivement de l’ἔργον, réalisé(s) par Dieu figurent en bonne place dans la chronique lucanienne des origines chrétiennes, elles côtoient en même temps une dimension aussi inattendue que paradoxale : la contestation de cet événement salutaire. C’est cette composante méconnue, mais constitutive du récit fondateur de Luc que l’article se propose de mettre au jour et d’explorer.
Revisiter les origines chrétiennes
Les recherches historiques et exégétiques des trois dernières décennies sur les origines chrétiennes ont conduit à renouveler la question du « Jésus historique » et ont contribué simultanément à transformer l’image du christianisme primitif. Après s’être interrogées sur la possibilité de faire une théologie de la vie de Jésus (RSR 98/4 et 99/1), les Recherches de Science Religieuse voudraient traiter de la « période fondatrice » de l’Église, l’autre versant de la question des origines chrétiennes. Un des problèmes majeurs de cette reconsidération est la mise en question de la notion théologique (forgée au XIXe siècle par l’École Romaine) de la « mort du dernier apôtre » comme “marqueur” de la clôture de la Révélation. Même la date de 135 n’apparaît plus comme significative du détachement de la matrice juive, le synchronisme entre le débat sur le marcionisme et l’insurrection de Bar Kochba étant artificiel. C’est plutôt un comput par générations qui s’impose aujourd’hui, la génération d’Irénée étant la dernière qui ait reçu une transmission orale de la prédication de
La diffusion du christianisme aux Ier – IIIe siècles
L’histoire des réseaux, champ de recherche récent, apparaît opérante pour étudier la christianisation du fait de l’importance du phénomène associatif dans l’Antiquité. L’approche croisée des textes chrétiens et de la documentation extérieure (textes, inscriptions, papyrus, archéologie) met en évidence le rayonnement de pôles vers la périphérie. La mission apostolique a utilisé des réseaux préexistants d’hospitalité et de clientèle, mais se sont mis rapidement en place des réseaux spécifiquement chrétiens – hospitaliers, financiers, épistolaires – sur lesquels s’est construite l’unité de l’Église. Les évêques ont été des hommes de réseaux et ont fini par construire un réseau épiscopal. Cette évangélisation en interaction avec la société profane a créé une dynamique identitaire en obligeant les Églises à construire leurs marges.
Modes de vie et figures de l’existence chrétienne de la fin du Ier siècle au début du IIIe siècle
Diverses voies aident sans nul doute à saisir comment l’identité chrétienne a été comprise dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, mais elles ne sauraient dispenser d’une attention aux manières de vivre qui furent celles des chrétiens, ainsi qu’aux prises de position dont celles-ci firent l’objet durant la période ici considérée. Après avoir rappelé comment les auteurs païens se représentaient les comportements des chrétiens, l’article montre comment ceux-ci ont pu affirmer une exigence de radicale conversion tout en revendiquant une authentique présence aux cités de leur temps et à partir de là, comment s’éclairent les deux formes de vie que sont le mariage et le célibat pour le Royaume.
Église et Églises : réflexion sur les questions d’autorité dans les communautés chrétiennes au IIe siècle
La conviction d’appartenir à une Église unique, catholique puisque universelle, contribua à forger l’identité chrétienne de petites communautés dispersées, en butte à l’incompréhension de leurs contemporains, mais ne put se dissocier de la revendication, au coeur de ces mêmes communautés, d’un attachement à l’identité locale. Comme l’Empire, dont elle adopte en grande part les structures, l’Église tire sa force de son enracinement dans la cité. En conséquence, le nom de chrétien fut, tout au long du IIe siècle, revendiqué par des individus issus de communautés dont les pratiques liturgiques, la structure de leur clergé, voire leurs textes canoniques et leur profession de foi les distinguaient – ou les opposaient. L’histoire de l’Église au II e siècle est l’histoire de cette expansion du christianisme, de la multiplication de ces communautés, et de la construction d’une identité commune.