L’eucharistie : trouver une respiration

Après avoir dressé à grands traits un état des lieux des pratiques autour de l’eucharistie en Europe occidentale, l’auteur avance sa thèse : l’eucharistie, célébration clé de la vie ecclésiale, demeure enclavée ; de ce fait, il lui est difficile d’irriguer le quotidien des fidèles. Elle est sans doute « sommet », mais parvient mal à être « source » de la vie chrétienne. L’auteur, en s’appuyant sur la réflexion de Marcel Mauss, fait quelques suggestions pour aller en ce sens.

Corpus mysticum revisité

Corpus mysticum demeure l’un des principaux ouvrages de Henri de Lubac. À la relecture, il apparaît que son but principal – restaurer la dimension ecclésiale de l’eucharistie – est inséparable d’une réflexion sur la sacramentalité. En même temps que l’adjectif «mystique» en venait à qualifier l’Église plutôt que l’eucharistie, son sens s’affaiblissait. Dans la réflexion et la piété eucharistiques, on tendait à dissocier, sinon à opposer, « réalité » et « symbole », à dévaluer le registre du symbolique/sacramentel au profit de la « vérité ». Que les inflexions remontent au IXe ou au XIe siècle, une perte en venait à affecter la compréhension du mystère eucharistique, les questions se posant de savoir dans quelle mesure la théologie ultérieure devait s’en trouver affectée. L’ouvrage érudit du théologien jésuite avait donc une dimension militante, qui ne pouvait qu’affecter sa réception, mais devait se révéler à plus long terme riche de ressources.

Le Repas du Seigneur dans le Nouveau Testament

Il nous faut prendre acte que nous ne savons que très peu de chose sur la phase formative de la célébration eucharistique et qu’il existe une pluralité de formes d’expression et d’interprétations de son sens plein dans l’Église. Or, face à la pluralité foisonnante des liturgies eucharistiques chrétiennes actuelles, la présente étude se propose de rassembler quelques éléments importants pour entrevoir les facteurs fondamentaux et générateurs d’identité de la pratique du Repas du Seigneur, tout en en montrant la légitime diversité. Ainsi, elle abordera la question des racines historiques du Repas du Seigneur afin de porter un regard sur les éléments fondamentaux de cette pratique des repas après Pâques et d’ interroger les possibles constantes de la conception du Repas du Seigneur chez les premiers chrétiens.

Le dialogue luthéro-catholique sur l’eucharistie et la question de la communion eucharistique

Face aux multiples controverses relatives à l’eucharistie, l’article propose d’en revenir tout d’abord à celle qui prévalait aux débuts, au XVIe siècle, avec la prise de position de Martin Luther et la réaction du concile de Trente, en y abordant notamment la question de la présence réelle du Christ dans l’eucharistie et la notion de sacrifice. Il présente ensuite les divers dialogues œcuméniques et les progrès qu’ils ont apportés, en particulier le document « Le Repas du Seigneur » et les études du groupe de travail œcuménique allemand de théologiens protestants et catholiques « Le sacrifice de Jésus-Christ et sa présence dans l’Église », ainsi que « Les anathèmes du XVIe siècle sont-ils encore actuels ? Il décrit enfin des propositions récentes, suggérant d’avancer encore plus dans la ligne d’un document élaboré par trois instituts de recherches œcuméniques, intitulé «Le partage eucharistique entre les Églises est possible : Thèses sur l’hospitalité eucharistique».

« La table du Seigneur ». L’eucharistie pour le christianisme qui nous attend

Le renouvellement de la façon concrète de célébrer l’eucharistie, dont un besoin urgent se fait largement sentir aujourd’hui, pourra se réaliser dans la mesure où l’on reviendra à l’évangile, afin d’y vérifier nos concepts, d’y juger nos pratiques pour les rendre vivantes. La voie pour renouveler la pratique eucharistique sera de poursuivre sans crainte le chemin de conversion évangélique commencée avec la réforme liturgique du concile Vatican II. Esquisser un style d’eucharistie pour le christianisme qui nous attend, signifie retrouver une vérité réellement chrétienne, car véritablement évangélique, une vérité que la théologie eucharistique ainsi que la pratique liturgique sont aujourd’hui appelées à redécouvrir et à s’approprier : cette vérité est contenue dans l’expression paulinienne « la table du Seigneur » (1 Co 10, 21). La communauté chrétienne est une communauté de table.

La providence, plan infaillible ou désir agissant ? Pour approfondir le débat

Devant la difficulté de penser conjointement la liberté humaine et la souveraineté de Dieu à l’oeuvre dans sa providence, le théologien court le risque de négliger soit la recherche de clarté intellectuelle, soit l’inclination devant le mystère. Puisqu’une intense activité spéculative a soutenu les récentes mises en cause de la conception traditionnelle de la providence, on peut envisager que l’acceptation des paradoxes et obscurités qu’implique la reconnaissance du mystère de Dieu se soit trouvée négligée par certains, sinon par hubris intellectuelle ou avec de véritables « projets de délestage, tout au moins par une forme de cécité sélective. […]

Repenser la Providence sans perdre Dieu dans l’opération. Un exercice de discernement sous l’horizon du Credo

À l’écoute de suggestions actuelles pour repenser la Providence, en affinité avec l’Open Theism, cet article mène un exercice de discernement puis de reconstruction. L’examen critique porte sur trois remaniements sensibles : un transfert inaperçu de souveraineté de Dieu vers l’être humain, une autodétermination de Dieu à se laisser déterminer par ses créatures libres, une suspension de l’omniscience divine au bénéfice supposé de la liberté humaine. De tels déplacements sont mesurés à leurs lourdes conséquences. La reconstruction revisite l’affrontement des images de Dieu, païennes ou chrétienne ; puis considère les rapports étonnants entre nécessités et libertés selon l’évangile de Luc. Cela conduit à reformuler l’essentiel de la foi en la Providence suivant les trois articles du Credo, en termes de souveraineté, mystère pascal et synergie.

Éditorial (106/4 – 2018)

Connues pour leurs dossiers et leurs bulletins scientifiques, les Recherches de Science Religieuse, n’ont pas pour autant abandonné la vieille coutume des numéros Varia. Ceux-ci permettent en effet d’accueillir quelques-uns des articles envoyés à la Rédaction, parfois par de jeunes chercheurs, et d’approcher une question d’actualité, ou encore de poursuivre un débat suscité par un précédent dossier de la Revue.

Éditorial (106/3 – 2018)

Dossier préparatoire du 26e colloque des RSR (Paris, 8-10 novembre 2018) Tel qu’il est formulé, le titre du prochain colloque des Recherches de Science Religieuse et de ce dossier préparatoire prend position dans un débat déjà ancien. Suscité par des travaux historiques, entrepris autour du concile Vatican II, il a opposé, en 1961, un Hans Küng à un Joseph Ratzinger. Le premier établissait un rapport intrinsèque entre « l’Église comme concile œcuménique convoqué par Dieu » et « le concile œcuménique convoqué par les hommes comme représentation du concile œcuménique convoqué par Dieu » (ThQ 141 [1961], 56 et 60). Le second contestait cette équivalence : « Le Concile ne s’appelle pas ekklesia, il s’appelle synedrion ; il ne représente pas l’Église, il n’est pas l’Église comme l’est au contraire toute célébration eucharistique, il n’est dans l’Église qu’un service déterminé » (Catholica 15 [1961], 292-304 ; Le nouveau peuple de Dieu, Aubier, Paris, 1971, 88). Depuis ces débats suscités par la convocation du concile Vatican II, des évolutions significatives se sont produites. Rappelons en premier lieu les recherches historiques de grande envergure sur

Éditorial (106/2 – 2018)

Parler aujourd’hui de la Providence par Dans l’actuel processus de « réinterprétation » du mystère chrétien, la question de la Providence divine joue un rôle-clé. Que disent les chrétiens quand, s’adressant à Dieu, ils lui demandent d’accomplir Sa volonté ? Que font-ils quand ils lui attribuent une volonté, un désir, un dessein ?