Introduction au numéro 109/3

(Paris, 6 – 8 janvier 2021) Aujourd’hui la fécondité de la pensée de Karl Rahner n’est plus à démontrer. Nombreux sont ses interprètes et quasi innombrables les travaux de celles et ceux qui se sont inspirés de sa théologie pour penser leur propre pratique dans l’Église et la société ou ont poursuivi son travail de manière créative, voire l’ont infléchi sur tel ou tel point débattu. L’achèvement des trente-deux volumes de l’édition critique allemande en 2018 (Sämtliche Werke, Herder) relancera sans doute ce processus de réception mondiale sur la base d’une documentation désormais bien plus étendue et rendue parfaitement accessible grâce aux registres et une banque de données, établis par Albert Raffelt. En francophonie, les huit volumes déjà parus de l’Édition critique autorisée (Éditions du Cerf) permettent de se faire une image plus précise de la pensée de ce grand classique du XXe siècle, souvent caricaturée ou réduite au seul Traité fondamental de la foi.

Bulletin d’Ecclésiologie (109/2 – 2021)

par Ouvrages recensés dans le présent bulletin : I. Traités et ouvrages fondamentaux Cwierkowski Frederick J., The Church. Theology in History, Liturgic Press Academic, Collegeville, 2018, 412 p. Ormerod Neil, Re-Visioning the Church. An Experiment in Systematic-Historical Ecclesiology, Fortress Press, Minneapolis, 2014, 444 p. Denny Christopher D., Hayes Patrick J., Rademacher Nicholas K. (dir.), A Realist’s Church. Essays in Honor of Joseph A. Komonchak, préface du cardinal L. Tagle, Orbis Books, New York, 2015, 282 p. Dianich Severino, Diritto e teologia. Ecclesiologia e canonistica per una riforma della Chiesa, EDB, Bologna, 2015, 357 p. Destivelle Hyacinthe, Conduis-la vers l’unité parfaite. Œcuménisme et synodalité, préface du cardinal Kurt Koch, Éd. du Cerf, Paris, 2018, 407 p. Sère Bénédicte, L’invention de l’Église. Essai sur la genèse ecclésiale du politique, entre Moyen Âge et Modernité, Puf, Paris, 2019, 286 p. Miltos Amphilochios, Collégialité et synodalité. Vers une compréhension commune entre catholiques et orthodoxes, Préface du Métropolite Jean Zizioulas, Postface du Professeur Joseph Famerée, « Unam Sanctam

Bulletin johannique (109/2 – 2021)

Ouvrages recensés dans le présent bulletin : I. L’évangile de Jean (David Pastorelli) Blanchard Yves-Marie, Signes et sacrements dans le quatrième évangile,                    « Théologie biblique », Artège Lethielleux, Paris/Perpignan, 2018, 232 p. Coutts Joshua J.F., The Divine Name in the Gospel of John. Significance and Impetus, WUNT II/447, Mohr Siebeck, Tübingen, 2017, xvi-259 p. Culpepper R. Alan, Anderson Paul N. (Éds.), John and Judaism. A Contested Relationship in Context, « Resources for Biblical Study » 87, SBL Press, Atlanta, 2017, xix-442 p. Culpepper R. Alan, Frey Jörg (Éds.), The Opening of John’s Narrative (John 1:19–2:22). Historical, Literary, and Theological Readings from the Colloquium Ioanneum 2015 in Ephesus, WUNT I/385, Mohr Siebeck, Tübingen, 2017, xxi-377 p. Culpepper R. Alan, Frey Jörg (Éds.), Expressions of the Johannine Kerygma in John 2:23–5:18. Historical, Literary, and Theological Readings from the Colloquium Ioanneum 2017 in Jerusalem, WUNT I/423, Mohr Siebeck, Tübingen, 2019, 324 p. de Longcamp Gonzague, Le paraclet, mémoire de l’Église. Regard sur la mission de l’Esprit à la lumière

Ministère épiscopal et presbytéral en perspective

Des théologiens tels Moingt, Kehl, Küng, Rahner ou Schillebeeckx, se sont intéressés à plusieurs reprises au ministère ordonné, offrant des contributions qui peuvent stimuler, encore aujourd’hui, une réflexion sur le ministère épiscopal et presbytéral en perspective. En les relisant de manière critique et sur la base de cet intérêt, cet essai propose de revisiter le concept de présidence, la réforme des paroisses et des nouveaux styles de communauté, une redéfinition plus précise des tâches du diaconat, une avancée théologique sur l’épiscopat et le presbytérat, des éléments de réflexion concernant le processus de formation des presbytres et le débat autour de la question des viri probati et de l’accès des femmes au ministère.

Ce que la liturgie donne à voir des ministères

Le contexte actuel de crise sanitaire mondiale et de crise des abus dans l’Église invite les théologiens à renouveler leurs approches. Ceci vaut pour la question des ministères en liturgie. Parce que les célébrations « donnent à voir » ce que les discours peuvent omettre de considérer, voire ce que l’on peut parfois chercher à occulter, la liturgie est en quelque sorte le miroir des impensés en matière ecclésiologique, ces présupposés qui suscitent des réactions spontanées au changement ou qui soutiennent des évidences ou des habitudes non critiquées. En relisant certains aspects de l’héritage du dernier Concile, l’article s’attache à mettre en lumière les apories que créent les décalages entre les discours et les pratiques.

Explorations anthropologiques autour du célibat des prêtres

Après un succinct rappel historique concernant la discipline du célibat sacerdotal, l’article propose une relecture critique des arguments apportés comme raisons de convenance pour ce choix, en montrant en quoi ils posent question aujourd’hui. La recherche s’ouvre ensuite en trois directions, imbriquées entre elles : une réinterprétation des éléments à l’appui de la discipline du célibat des prêtres, associée aux indications pour l’assumer de façon viable ; une exploration du lien positif qui peut subsister entre le mariage et la prêtrise ; un cadrage et une réflexion sur la question des viri probati.

Le « sacerdoce » dans le discours catholique avant Vatican II

Le discours catholique sur le sacerdoce ministériel avant Vatican II peut être étudié à partir des textes pontificaux de la première moitié du XXe siècle et d’une lettre pastorale du cardinal Suhard. Ces documents représentent les états ultimes d’une tradition qui fait du prêtre un homme séparé du peuple, médiateur entre Dieu et les hommes, dans une perspective christologique qui finit par définir son sacerdoce comme participation au sacerdoce du Christ. La prise de conscience, dans les décennies précédant le concile, de la nécessité d’un rôle « missionnaire » conduisit à vouloir faire du prêtre, homme séparé, un homme immergé dans le monde qu’il doit évangéliser. Il n’est pas sûr que le recours, alors renforcé, à la thématique de la médiation sacerdotale ait suffi à honorer un programme aussi ambitieux, sinon contradictoire.

Ordonner des pasteurs

Les déséquilibres doctrinaux de la théologie courante de l’ordination aggravent la crise actuelle du clergé. Selon la Tradition, les pasteurs étaient situés dans leur Église et en vis-à-vis d’elle. Actuellement, prêtres et évêques sont surtout envoyés à leur Église, après une ordination qui les fait personnellement prêtres ou évêques, et en second lieu pasteurs d’une Église, après coup. Cet accent sur la personne individuelle des ministres (vocation antérieure à l’appel de l’Église ; pouvoirs personnellement possédés ; identification au Christ), grève l’ecclésiologie de communion et met l’accent sur l’Église comme organisation. L’évangélisation bénéficierait du retour aux équilibres traditionnels analysés dans l’article.

Éditorial 109/2

Ministère épiscopal et ministère presbytéral La crise des ministères pastoraux dans l’Église catholique en Europe, telle qu’elle a été décrite et analysée dans le premier numéro de ce dossier (RSR 109/1 [Janvier-Mars 2021], suscite et nécessite – comme toute crise – des considérations historiques sur son « avant » et, si possible, sur un « après ». La théologie ne peut donc aborder la situation actuelle et l’avenir des ministères sans recourir aux travaux des historiens, voire se faire elle-même histoire critique des configurations successives de la ministérialité ecclésiale au sein d’une longue tradition pluriforme. Ainsi doit-elle débusquer des légitimations idéologiques sans fondement, détecter des compromis et des « bricolages », expliciter les liens entre des discours doctrinaux tenus pour pérennes et des réalités sociales dépassées qui les sous-tendent ; tout cela pour chercher positivement ce qui est « normatif », toujours intrinsèquement lié à un contexte et donc relevant d’une herméneutique, et pour libérer ainsi la créativité pastorale.