« La table du Seigneur ». L’eucharistie pour le christianisme qui nous attend

Le renouvellement de la façon concrète de célébrer l’eucharistie, dont un besoin urgent se fait largement sentir aujourd’hui, pourra se réaliser dans la mesure où l’on reviendra à l’évangile, afin d’y vérifier nos concepts, d’y juger nos pratiques pour les rendre vivantes. La voie pour renouveler la pratique eucharistique sera de poursuivre sans crainte le chemin de conversion évangélique commencée avec la réforme liturgique du concile Vatican II. Esquisser un style d’eucharistie pour le christianisme qui nous attend, signifie retrouver une vérité réellement chrétienne, car véritablement évangélique, une vérité que la théologie eucharistique ainsi que la pratique liturgique sont aujourd’hui appelées à redécouvrir et à s’approprier : cette vérité est contenue dans l’expression paulinienne « la table du Seigneur » (1 Co 10, 21). La communauté chrétienne est une communauté de table.

La providence, plan infaillible ou désir agissant ? Pour approfondir le débat

Devant la difficulté de penser conjointement la liberté humaine et la souveraineté de Dieu à l’oeuvre dans sa providence, le théologien court le risque de négliger soit la recherche de clarté intellectuelle, soit l’inclination devant le mystère. Puisqu’une intense activité spéculative a soutenu les récentes mises en cause de la conception traditionnelle de la providence, on peut envisager que l’acceptation des paradoxes et obscurités qu’implique la reconnaissance du mystère de Dieu se soit trouvée négligée par certains, sinon par hubris intellectuelle ou avec de véritables « projets de délestage, tout au moins par une forme de cécité sélective. […]

Bulletin de théologie patristique grecque (107/1-2019)

Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris I. Les IIe – IIIe siècles 1. Premiers écrits chrétiens. Édition publiée sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini, Gallimard, Paris, 2016, 1579 p. 2. Gilliam III Paul R., Ignatius of Antioch and the Arian Controversy, SVigChr 140, Brill, Leiden/Boston, 2017, 258 p. 3. Henne Philippe, Clément d’Alexandrie, Éd. du Cerf, Paris, 2016, 363 p. 4. Clement’s Biblical Exegesis. Proceedings of the Second Colloquium on Clement of Alexandria (Olomouc, May 29-31, 2014), edited by Veronika Černušková, Judith L. Kovacs and Jana Plátová, SVigChr 139, Brill, Leiden/Boston, 2017, 385 p. 5. Arnold Johannes, Der wahre Logos des Kelsos. Eine Strukturanalyse, JbAC.E 39, Aschendorff, Münster, 2016, 627 p. 6. Origenes Werke XIII. Die neuen Psalmenhomilien. Die kritische Edition des Codex Monacensis Graecus 314. Herausgegeben von Lorenzo Perrone in Zusammenarbeit mit Marina Molin Pradel, Emanuel Prinzivalli und Antonio Cacciari, GCS, De Gruyter, Berlin/München/Boston, 2015, 641 p. 7. Origen, On First Principles. Edited and Translated by John Behr, OECT, OUP, 2 vols, 2017, 664 p. 8. Galluccio Gennaro Antonio

Repenser la Providence sans perdre Dieu dans l’opération. Un exercice de discernement sous l’horizon du Credo

À l’écoute de suggestions actuelles pour repenser la Providence, en affinité avec l’Open Theism, cet article mène un exercice de discernement puis de reconstruction. L’examen critique porte sur trois remaniements sensibles : un transfert inaperçu de souveraineté de Dieu vers l’être humain, une autodétermination de Dieu à se laisser déterminer par ses créatures libres, une suspension de l’omniscience divine au bénéfice supposé de la liberté humaine. De tels déplacements sont mesurés à leurs lourdes conséquences. La reconstruction revisite l’affrontement des images de Dieu, païennes ou chrétienne ; puis considère les rapports étonnants entre nécessités et libertés selon l’évangile de Luc. Cela conduit à reformuler l’essentiel de la foi en la Providence suivant les trois articles du Credo, en termes de souveraineté, mystère pascal et synergie.

La connaissance humaine du Christ. Exégèse, théologie contemporaine et Thomas d’Aquin

Après avoir présenté trois principes fondamentaux en christologie, nous appliquerons à la connaissance humaine du Christ la déclaration du concile de Chalcédoine selon laquelle ses deux natures, divine et humaine, ne doivent être ni confondues ni séparées. Nous considérerons l’apport de divers exégètes et théologiens comme Balthasar, Rahner et Pannenberg, et nous offrirons une reprise critique de la position de Thomas d’Aquin, en modifiant sa compréhension des trois genres de connaissance qu’il distingue en Jésus : vision béatifique, connaissance infuse et connaissance acquise.

La substitution pénale. De Luther à Bossuet

Le hasard n’est pas étranger au constat d’un recours de Luther et de Bossuet à des références scripturaires sensiblement identiques, en particulier Ga 3, 13, pour justifier et illustrer l’universalité et la variété des péchés endossés par le Christ chargé de les expier, à titre de substitut pénal. Mais alors que Luther lie cette thèse à celle de la justification par la foi et voit dans le Christ le lieu d’un combat entre son innocence victorieuse et le péché assumé, Bossuet, prédicateur, se plaît à charger le Christ des souffrances les plus atroces par lesquelles le Père se venge de nos fautes assumées par lui. Quel crédit accorder au thème de la substitution pénale ? Il appelle bien des réserves à adapter à chacun de ces deux modèles. Serait-il à ranger dans le domaine des dérives d’une certaine théologie périmée ? Le renouveau qu’il a connu, parrainé par des théologiens contemporains de renom, ne lève pas son ambiguïté : le Christ ayant agi à notre place, serions-nous dispensés de coopérer ?

Michel de Certeau, Henri de Lubac : une correspondance

CELLAM – Université de Rennes 2 À Henri de Lubac, Michel de Certeau a pu écrire qu’il lui devait sa vocation jésuite et, encore en 1983, « ce qu’il y a de plus essentiel ». Leur correspondance (qui ne nous est connue que par ses lettres) révèle une relation qu’il qualifie de « filiale et fraternelle ». Importante surtout dans les années 1960 – quand il exerce des responsabilités à Christus et se fait l’historien de la spiritualité de la Compagnie à l’époque moderne –, elle s’interrompt ensuite presque complètement ; aussi faisons-nous appel à une autre source, dans une dernière partie de notre étude, pour tenter d’éclairer cette quasi rupture : les lettres entre Lubac et Henri Bouillard.

Bulletin de patristique latine (106-4/2018)

Université Lumière-Lyon 2 (émérite) – Istituto Patristico « Augustinianum », Rome (invité) – Pontificia Academia Latinitatis Le dernier Bulletin de Patristique latine publié dans cette Revue date de 2014. Il avait été rédigé par Martine Dulaey. Martine Dulaey s’étant retirée, les responsables de la Revue m’ont demandé de reprendre le flambeau. Dans ce coup d’essai, je me contenterai de proposer, grosso modo, des analyses en deux directions : – Je recenserai d’abord des instruments de travail, c’est-à-dire surtout des éditions critiques, qu’elles soient accompagnées ou non d’un apparat de notes explicatives (historiques, littéraires et philologiques, théologiques) et d’une traduction (française le plus souvent, car c’est dans un périodique francophone que j’écris – et si celui-ci est ouvert à un lectorat international, c’est un impératif, j’en ai la conviction, que de faire valoir les publications dans ce qui doit demeurer une langue scientifique, malgré toutes les pressions).  – Je signalerai des études qui renouvellent telle ou telle question doctrinale ou historique – ou au contraire, mais aussi sobrement que possible, et au besoin en renvoyant pour plus de détails à des

Bulletin de théologie des religions (106-4/2018)

Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris Université catholique de Lyon – Faculté de théologie Ce bulletin de théologie des religions fait la part belle à l’islam : les deux dernières parties (« Dialogue islamo-chrétien », et « Travaux sur l’islam ») lui sont consacrées, et il n’est pas absent non plus des autres parties. Ce n’est pas par volonté de céder à la mode de l’actualité, mais parce que, de fait, de nombreux ouvrages paraissent sur l’islam et sur les interactions entre chrétiens et musulmans ; on peut y lire un réel intérêt, une certaine inquiétude, ainsi que le désir d’avancer sans se faire piéger par des discours idéologiques. Les études théologiques proprement dites ne sont pas absentes de ce bulletin (ainsi dans la première partie « Théologie chrétienne et pluralité religieuse »). Mais force est de constater que les rencontres inter-religieuses et les études comparées des religions (deuxième et troisième parties) donnent à ce bulletin une allure assez concrète, bien enracinée dans les questions de société. C’est sans doute assez fidèle à l’évolution que connaît aujourd’hui la théologie des religions. I. Théologie

Bulletin de sociologie religieuse (106-4/2018)

Sciences Po – Paris Ce second bulletin de sociologie religieuse est moins long que le précédent (voir RSR 103/4 [2015], p. 605-628) car il ne couvre que les trois dernières années. Les rubriques en sont moins nombreuses et, bien évidemment, leurs titres peuvent apparaître arbitraires dans la mesure où, très généraux, ils pourraient aisément être renommés ou les ouvrages qu’ils rassemblent déplacés d’une rubrique à l’autre. Ainsi en est-il notamment de la distinction entre « Religion et politique » et « Religion et espace social », puisque les phénomènes politiques sont aussi des faits sociaux. Quant à la première rubrique qui concerne d’abord la théorie de la religion, on y a adjoint deux ouvrages qui, traitant de l’histoire de la discipline dans la figure de deux de ses pionniers, dessinent aussi les traits de la construction scientifique de l’objet religieux telle qu’elle a été amorcée avant le développement des grandes enquêtes quantitatives et l’irruption du thème de la sécularisation, devenu le paradigme central de la discipline. I. Théorie de la religion, histoire de la sociologie religieuse 1. Martin David, On Secularization.