Bulletin de Judaïsme ancien (1) 100/1 (2012)

I. Juifs et chrétiens à leur croisée des chemins En 1972, il y a exactement quarante ans, répondant à la demande confiante du R.P. Joseph Moingt, j’inaugurai ce Bulletin, intitulé d’abord « de littérature intertestamentaire ». La matière se révéla de plus en plus ample et diversifiée, les champs d’investigation se présentant soit simultanément soit par vagues successives. Elle en vint à couvrir le contexte politique, social et culturel de Iouda et de la Diaspora, la littérature des Apocryphes ou des Pseudépigraphes, la Septante et les autres versions grecques des livres saints, les traductions araméennes ou targums, les écrits de la mer Morte, le corpus rabbinique dans ses périodes de formation, les textes mystiques ou veine de la Merkabah. Assez vite, nous optâmes pour la formule englobante « judaïsme ancien ». À travers des centaines, voire un bon millier, de livres recensés, tout un pan du monde antique revivait, de nouveaux modèles venant parfois détrôner les anciens schémas qui s’imposaient néanmoins comme classiques ; la compartimentation des

L’herméneutique de Vatican II. Réflexions sur la face cachée d’un débat

En 2003, trois universités francophones joignaient leurs forces pour conduire un projet de recherche sur l’herméneutique théologique de Vatican II . La création de ce groupe interuniversitaire reposait sur la conviction que l’avenir du catholicisme se joue notamment sur l’interprétation que l’on va donner au concile. L’objectif n’était pas de définir et de promouvoir une position ni de faire école dans le domaine. Le projet reposait d’abord sur un constat : celui d’un déplacement de la recherche sur le terrain de l’herméneutique du concile. allant de paire avec une utilisation de cette dernière comme arme par ceux qui s’opposaient au concile. Plus fondamentalement, c’est la notion de tradition et de développement de la doctrine qui se trouvent en jeu dans le débat. L’étude de l’herméneutique du concile doit donc aujourd’hui conduire les théologiens à un travail en profondeur sur ces questions.

Le Cinquantenaire de l’ouverture du concile Vatican II…

Le Cinquantenaire de l’ouverture du concile Vatican II (11 octobre 1962) pourrait être l’occasion d’une prise de conscience collective quant à l’avenir de la tradition chrétienne au sein d’une civilisation mondialisée qui a du mal à envisager une nouvelle manière d’habiter notre globe. Nous savons bien que les célébrations anniversaires de grands événements historiques ou de « héros », culturels et politiques, sont fréquemment utilisées à des fins partisanes ou pour mieux contrôler l’interprétation d’une mémoire commune. Pourquoi le Concile échapperait-il à ces conflits d’intérêt ? On peut espérer cependant que des voix diverses se lèveront pour dénoncer toute récupération et faire apparaître le « potentiel » de créativité que garde cet événement (comme d’autres grands moments de l’histoire), que les croyants peuvent recevoir de Celui qu’ils reconnaissent comme « le maître de l’histoire ».

Bulletin Théologie de la création et sciences 100/2 (2012)

I. Réflexions générales 1. Alister E. McGrath, The science of God : an introduction to scientific theology, T & T Clark, London, 2004, 271 p. 2. Alister E. McGrath, The order of things : explorations in scientific theology, Blackwell Pub., Malden, MA, 2006, 255 p. 3. Lydia Jaeger, Lois de la nature et raisons du coeur : les convictions religieuses dans le débat épistémologique contemporain, P. Lang, « Europäische Hochschulschriften. Reihe 20, Philosophie », Bern – Berlin – Bruxelles, 2007, 360 p. 4. Nancey Murphy, Bodies and Souls, or Spirited Bodies ? Cambridge University Press, « Current issues in theology », Cambridge, UK – New York, 2006, 154 p. 5. Mark Graves, Mind, Brain and the Elusive Soul : Human Systems of Cognitive Science and Religion, Ashgate, « Ashgate science and religion series », Leuven/Dudley (MA), 2008, 244 p. II. Théologie et histoire des sciences 6. Donald Yerxa (dir.), Recent Themes in the History of Science and Religion : Historians in Conversation, University of South Carolina Press, Columbia, S. C, « Historians in conversation », 2009, 146 p.

Bulletin de Judaïsme ancien (2) 100/2 (2012)

I. Histoire du judaïsme à l’époque hellénistique et romaine 1. Hannah M. Cotton, Leah di Segni, Werner Eck, Benjamin Isaac, Alla Kushnirstein, Haggai Misgav, Jonathan Price, Israel Roll et Ada Yardeni (dir.), Corpus Inscriptionum Iudaeae/Palaestinae. Volume I : Jerusalem, Part 1 h 1-704, W. De Gruyter, Berlin, 2010, 694 p. 2. Seth Schwartz, Were the Jews a Mediterranean Society ? Reciprocity and Solidarity in Ancient Judaism, Princeton University Press, Princeton (NJ), 2010, 212 p. 3. Avi Avidov, Not Reckoned among Nations. The Origins of the So-Called “Jewish Question” in Roman Antiquity, Mohr Siebeck (TSAJ 128), Tübingen, 2009, 226 pages. 4. Marius Heemstra, The Fiscus Judaicus and the Parting of the Way, Mohr Siebeck (Wissenschaftliche Untersuchungen zum Neuen Testament. 2. Reihe, 277), Tübingen, 2010, 241 p. 5. Michael E. Stone, Rediscovering Ancient Judaism, Eerdmans, Grand Rapids/Cambridge, 2011, 226 p. II. Littérature juive en grec 6. Fabienne Jourdan, Poème judéo-hellénistique attribué à Orphée. Production juive et réception chrétienne, Les Belles Lettres, Paris, 2010, 306 p.

La pensée franciscaine médiévale. Un seuil majeur de la modernité ?

Cette étude examine l’émergence de la voie moderne à partir de la pensée médiévale qui élabore une nouvelle conception de la rationalité comme liberté (dans la lignée scotiste) et une nouvelle optique touchant les relations entre l’être et le langage (dans la lignée du terminisme occamiste). Non seulement la volonté libre serait rationnelle, mais plus rationnelle que l’activité intellectuelle qui reste trop fascinée par le modèle de la nécessité ou par le destin naturel. Ce qui suscite une forme d’effroi chez certains esprits conservateurs, et plus encore une tentation d’y porter remède, car ils veulent y voir l’origine du subjectivisme ruineux non seulement pour la portée du discours théologique, mais pour la morale, le droit et la vie sociale et ecclésiale, voire la liturgie.

Eckhart, un précurseur

Le procès d’Eckhart a quelque chose d’unique dans l’histoire de la pensée. Qu’un maître en théologie, professeur extraordinaire à l’Université de Paris, dominicain de surcroît et, en outre, numéro deux de son Ordre, ait été suspecté et ait fait l’objet d’un procès, sur la demande d’autres dominicains, est une première. Si ce procès a été intenté contre Eckhart, c’est pour une part en raison de l’expérience mystique qu’il a eue très jeune et qui l’a amené à préconiser une réforme en profondeur, à repenser les catégories de son époque, à opter pour le paradoxe et pour le langage des mystiques, à être en avance sur son temps et, finalement, à ne pas être compris.

Les chrétiens d’Occident face aux juifs et aux musulmans au Moyen Âge. XIe-XVe siècles

À mesure que la chrétienté occidentale prit conscience de son unité qui reposait fondamentalement sur l’appartenance à l’Église romaine et à la culture latine, elle eut tendance à considérer avec une méfiance croissante ceux qui ne partageaient pas ses croyances et qui utilisaient pour leurs cultes des langues incompréhensibles pour elle comme l’hébreu et l’arabe. Mais, parmi ces derniers, il convient de distinguer entre les minorités religieuses qui vivaient au sein du monde chrétien et les peuples du dehors. Dans le premier cas, il s’agissait essentiellement des juifs, qui bénéficiaient d’un statut particulier ; dans le second, des musulmans et des païens qui constituaient une menace pour l’Occident. De multiples contacts cependant eurent lieu au cours de ces cinq siècles, non sans soubresauts, contresens et polémiques.