Eckhart, un précurseur

Le procès d’Eckhart a quelque chose d’unique dans l’histoire de la pensée. Qu’un maître en théologie, professeur extraordinaire à l’Université de Paris, dominicain de surcroît et, en outre, numéro deux de son Ordre, ait été suspecté et ait fait l’objet d’un procès, sur la demande d’autres dominicains, est une première. Si ce procès a été intenté contre Eckhart, c’est pour une part en raison de l’expérience mystique qu’il a eue très jeune et qui l’a amené à préconiser une réforme en profondeur, à repenser les catégories de son époque, à opter pour le paradoxe et pour le langage des mystiques, à être en avance sur son temps et, finalement, à ne pas être compris.

Les chrétiens d’Occident face aux juifs et aux musulmans au Moyen Âge. XIe-XVe siècles

À mesure que la chrétienté occidentale prit conscience de son unité qui reposait fondamentalement sur l’appartenance à l’Église romaine et à la culture latine, elle eut tendance à considérer avec une méfiance croissante ceux qui ne partageaient pas ses croyances et qui utilisaient pour leurs cultes des langues incompréhensibles pour elle comme l’hébreu et l’arabe. Mais, parmi ces derniers, il convient de distinguer entre les minorités religieuses qui vivaient au sein du monde chrétien et les peuples du dehors. Dans le premier cas, il s’agissait essentiellement des juifs, qui bénéficiaient d’un statut particulier ; dans le second, des musulmans et des païens qui constituaient une menace pour l’Occident. De multiples contacts cependant eurent lieu au cours de ces cinq siècles, non sans soubresauts, contresens et polémiques.

L’intérêt du théologien pour le Moyen Âge

Ce qui valait pour la génération de H. de Lubac, Y. Congar ou M.-D. Chenu vaut encore de nos jours : la théologie contemporaine a besoin du Moyen Âge. Non pas comme d’une période dont on prétendrait reproduire telles quelles toutes les orientations ecclésiales ou doctrinales, ni dont le souvenir aurait simplement fonction de justifier, en creux, de nouvelles orientations pour notre propre temps. La théologie a besoin du Moyen Âge pour poursuivre aujourd’hui même son chemin – de tout le Moyen Âge, une époque beaucoup plus vaste et complexe que ce que laissent entendre les représentations habituelles de la chrétienté.

Le Moyen Âge a fait l’objet de travaux très importants…

Le Moyen Âge a fait l’objet de travaux très importants depuis quelques décennies, à partir de différentes disciplines (cf. le Bulletin d’histoire des idées médiévales de Philippe Lécrivain dans RSR 94/3 [2006], 473-485 ; 94/4 [2006}, 625-638 ; 97/2 [2009], 285-303 ; 99/4 [2011], 561-593). Les éditions critiques ont considérablement augmenté.

Bulletin d’Ecclésiologie 100/3 (2012)

I. Manuels et synthèses 1. Mannion Gerard et Mudge Lewis S. (dir.), The Routledge Companion to the Christian Church, Routledge, New York/Londres, 2008, 684 p. 2. Castellucci Erio, La famiglia di Dio nel mondo. Manuale di ecclesiologia, Cittadella Editrice, Assise, 2008, 836 p. 3. Mannion Gerard, Chiesa e postmoderno. Domande per l’ecclesiologia del nostro tempo, trad. it. par G. Pernigotto, N° 21, « Scienze religiose. Nuova serie », EDB, Bologne, 2009, 311 p. 4. Chéno Rémi, o.p., L’Esprit-Saint et l’Église. Institutionnalité et pneumatologie. Vers un dépassement des antagonismes ecclésiologiques, « Cogitatio fidei » N° 275, Cerf, Paris, 2010, 337 p. 5. Mottu Henry, Recommencer l’Église. Ecclésiologie réformée et philosophie politique, « Pratiques » N° 27, Labor et Fides, Genève, 2011, 179 p. 6. Sesboüé Bernard, s.j., De quelques aspects de l’Église. Païens et Juifs – Écriture et Église – Autorité – Structure ministérielle, DDB, Paris, 2011, 281 p. 7. Lafont Ghislain, osb, L’Église en travail de réforme. Imaginer l’Église catholique II, Cerf, Paris, 2011, 342 p. II. Théologiens 8. Ryan Dermot, Method

Bulletin d’ancien testament III : livres historiques et écrits

I. Histoire d’Israël Dans les publications récentes en histoire d’Israël, la place dévolue à l’archéologie semble de plus en plus importante, jusqu’à la polémique. L’enjeu porte notamment sur l’utilisation du récit biblique en histoire et son rapport à la vérité. La polémique passe alors entre ceux qui soutiennent une chronologie basse (à la suite d’Israël Finkelstein) et les tenants d’une chronologie haute qui maintient l’existence d’un empire israélite unifié au Xe siècle av. J.-C., ce que contestent les premiers à partir des seuls critères archéologiques. 1.Bodi Daniel, Israël et Juda à l’ombre des Babyloniens et des Perses (Études d’archéologie et d’histoire ancienne), De Boccard, Paris, 2010, 317 p. 2. Trigano Shmuel (dir.), Controverse sur la Bible, revue Pardès N° 50, Coll. « Études et cultures juives », In Press, Paris, 2011, 184 p. 3. Richelle Matthieu, La Bible et l’archéologie. Préface d’Alan Millard, Coll. Éclairages, Excelsis/Édifac, Charols/Vaux-sur-Seine, 2011, 151p. 4. Hadas-Lebel Mireille, La révolte des Maccabées (167-142 av. J.-C.), Coll. Illustoria, Lemme edit,

Bulletin d’ancien testament II : Prophètes 100/3 (2012)

1. Asurmendi Jesus ; Ferry Joëlle ; Fournier-Bidoz Alain ; Nieuvarts Jacques, Guide de lecture des prophètes, Bayard, Paris, 2010, 622 p. 2. Vermeylen J. (dir.), Les prophètes de la Bible et la fin des temps – XXIIIe congrès de l’Association catholique française pour l’étude de la Bible (Lille, 24 au 24 août 2009), Lectio divina N° 240, Cerf, Paris, 2010, 421 p. 3. Anthonioz Stéphanie, « À qui me comparerez-vous ? » (Is 40,25) – La polémique contre l’idolâtrie dans le Deutéro-Isaïe, « Lectio divina » N° 241, Cerf, Paris, 2010, 142 p. 4. Day J. (dir.), Prophecy and the prophets in ancient Israel – Proceedings of the Oxford Old Testament seminar, T & T Clark, Library of Hebrew Bible/Old Testament Studies N° 531, New-York/London, 2010, 462 p. 5. Diamond A.R. Pete, Stulman L. (eds.), Jeremiah (dis) placed – New directions in Writing/Reading Jeremiah, T & T Clark, Library of Hebrew Bible/Old Testament Studies N° 529, New-York/London, 2011, 317 p. Cet ensemble de livres reflète bien les grands axes de l’étude des prophètes,

Statut et place de l’Église en compréhension interne et face à la société

Il est aujourd’hui requis de revisiter la question du statut et de la fonction de l’Église et de réfléchir au rapport noué entre le monde et elle, rapport horizontal et qui ne peut se penser hors de l’institutionnel. Le motif de la sacramentalité de l’Église, apporté par la constitution Lumen gentium a ouvert des perspectives qu’il faut interroger. Les débats entre les rédacteurs conciliaires montrent à quel point ce motif fut problématique et peut mettre en cause celui de l’unité par son aspect inclusif. Mais plus positivement, en tant qu’institution intermédiaire, l’Église est lieu de symbolisation de l’humain et de convocation à l’engendrement du sujet. Elle est le lieu où se dit et peut s’opérer un « salut ». « Signe et instrument », elle est occasion, mais, sans occasion, rien ne se passe, rien n’advient.

La raison d’être de l’Église. Les réponses de la tradition paulinienne

Si Paul s’est posé la question « Pourquoi l’Église ? », on ne peut être qu’étonné par le relatif silence des protopauliniennes à ce sujet dont les métaphores ecclésiales montrent une communauté d’abord pensée par rapport à la justification des croyants, dans une dialectique de salut individuel et universel, alors que les deutéropauliniennes abordent la raison d’être de l’Église de manière plus systématique. Cette progression vers une énonciation claire de cette raison d’être s’opère grâce à la catégorie de mystèrion sollicitée par Col et Ep. La double métaphore de l’Église corps et du Christ tête s’impose pour décrire la relation unique existant entre le Christ et l’Église. L’Église fait partie du mystèrion et doit l’annoncer. Elle a pour charge et fonction de faire connaître au monde sa relation unique au Christ. Bienque lointaine dans le temps, la tradition paulienne doit aujourd’hui encore nous provoquer et nous inspirer.

Le difficile vivre ensemble, le lien social et la perspective du Royaume

La raison d’être et la finalité salvifique de l’Église sont ici pensées à partir d’une mise en relation entre le langage biblique du « Royaume de Dieu »et le vocabulaire philosophique social et politique du « vivre ensemble ». Le caractère « énigmatique » de l’époque moderne invite la théologie à dépasser les débats du XXe sur le Royaume de Dieu, dans une perspective plus politique et sociétale, et ceci grâce à l’apport de la réflexion biblique. La raison d’être de l’Église se redessine dans une posture diaconale, à partir de « personnes-relation » qui participent à la restauration d’un jeu relationnel significatif entre humains et renouvellent la capacité inaugurale de figuration du Royaume. Porteuses de la foi élémentaire, elles ouvrent aux plus petits un espace d’hospitalité ecclésiale, suscitent et engendrent la foi d’autrui et rendent possible la prière : « Que ton règne vienne… ».