Bulletin de Littérature sapientielle et autres écrits (112/1 – 2024)

I. Psaumes 1. VAILLANCOURT Ian J., The Multifaceted Savior of Psalms 110 and 118. A Canonical Exegesis, « Bible Monographs» 86, Sheffield Phoenix Press, Sheffield, 2019, 248 p. 2. BACKFISH Elizabeth, Hebrew Wordplay and Septuagint Translation Technique in the Fourth Book of the Psalter, LHBOTS 682, T&T Clark, London, 2019, 200 p. 3. SANDER Paul J., Alternate Delimitations in the Hebrew and Greek Psalters, FAT 117, Mohr Siebeck, Tübingen, 2020, 277 p. 4. BRODERSEN Alma, NEUMANN Friederike, WILLGREN David (éds.), Intertextualität und die Entstehung des Psalters, FAT 114, Mohr Siebeck, Tübingen, 2020, 236 p. 5. BARBIERO Gianni, PAVAN Marco, SCHNOCKS Johannes (éds.), The Formation of the Hebrew Psalter, FAT 151, Mohr Siebeck, Tübingen, 2021, 454 p. 6. SOUTHWOOD Katherine E., MORSE Holly (éds.), Psalms and the Use of the Critical Imagination. Essays in Honour of Professor Susan Gillingham, LHBOTS 710, T&T Clark, London, 2022, 256 p. II. Cantique des Cantiques 7. FISCHER Stefan, FERNANDES Gavin (éds.), The Song of Songs Afresh. Perspectives

La « colère » de Dieu : quelle signification pour la théologie chrétienne ?

Le thème biblique de la « colère » divine est-il seulement une manière de parler ? Ou dit-il réellement les dispositions de Dieu lui-même face à l’incrédulité ou au péché des êtres humains ? Développé par Lactance au IVe siècle, ce thème a pris une importance centrale chez Luther et Karl Barth. Il est aussi présent chez un théologien catholique comme Balthasar, en réaction contre la sotériologie de Rahner. Plutôt que de prétendre concilier les diverses positions en la matière, il importe de prendre au sérieux la tension même qui se manifeste entre elles, et de revisiter à cette lumière un certain nombre de questions auxquelles la théologie chrétienne se trouve confrontée, telles que la Passion rédemptrice, l’attitude de l’Église envers les pécheurs et la question du jugement eschatologique.

L’impardonnable selon Matthieu : la mise en garde nécessaire à l’événement du pardon

La terminologie du pardon se trouve inégalement répartie parmi les livres du Nouveau Testament. Absent de sa correspondance, le pardon n’est pas une notion nécessaire à Paul pour proclamer l’Évangile. À la suite de l’apôtre, Matthieu pense l’existence humaine à la lumière nouvelle de l’événement de la croix, et réfléchit à ce que pardonner signifie. Il déploie sa réflexion en quatre tableaux (Mt 6,9-15 ; 9,1-8 ; 12,31-32 ; 18,15-35) pour raconter un pardon compris comme événement transformateur et libérateur, et un impardonnable compris comme une mise en garde nécessaire.

Peines et pénitences dans le code de droit canonique : fondements théologiques et pratiques juridiques à la lumière des agressions sexuelles en Église

Le droit pénal dans l’Église est aujourd’hui questionné par la crise des abus sexuels. Une partie de l’opinion publique lui demande de mettre fin au scandale, sans être toujours consciente que plusieurs de ses caractéristiques ne le rendent pas forcément apte à remplir la mission attendue. Depuis 2002, les papes ont pris des mesures drastiques, qui passent par la centralisation, à Rome, au tribunal du Dicastère pour la doctrine de la foi, des poursuites et du jugement des délits les plus graves. Ce système a été à plusieurs reprises amendé dans le sens de la sévérité. Mais est-il efficace, quand on réalise la tension qui apparaît entre un système répressif ancien, et la persistance, voire l’aggravation, des abus sexuels dans certains pays ?

Aspects cliniques de l’irréparable en matière d’agressions sexuelles

Les sévices sexuels ont des conséquences dramatiques dans la vie d’un enfant. Leur prévention du côté des victimes comme des auteurs et la difficile question du pardon passent par une nécessaire compréhension de ces actes et de leurs conséquences, par le respect de la dignité des enfants, par des prises de positions sociétales, politiques, juridiques et ecclésiales sans ambiguïté, par l’éducation des petits dans la famille, à l’école, dans les institutions et la société, par l’existence enfin de systèmes d’accueil et de soins accessibles, de qualité et coordonnés.

Note sur quatre ambiguïtés du pardon

Cet article entend déployer quatre ambiguïtés du pardon propres à en fragiliser le concept et à inspirer une certaine réserve devant son invocation tous azimuts. Le pardon répète d’abord le caractère contradictoire du temps, selon lequel tout est déjà passé et rien pourtant jamais ne passe (I). D’autre part, il semble exiger à la fois l’effacement et l’approfondissement du mal accompli, se donnant alors soit comme événement soit comme processus (II). Ensuite, il complique l’alternative souvent caricaturale entre la justice et la grâce et exige que la seconde affleure à partir de la première (III). Enfin, il tend à configurer une relation entre offenseur et offensé dans laquelle se rejoue ou s’inverse la relation de domination à laquelle il est censé mettre un terme (IV). – Ces quatre ambiguïtés interdisent tout moralisme du pardon.

La miséricorde qui rend justice : une perspective thomiste

L’éthique de la miséricorde promue par l’Église comme réponse aux abus sexuels commis en son sein risque de renforcer l’injustice à l’égard de ceux et de celles qui en ont été les victimes. Le présent essai examine les relations intégrales entre la miséricorde et la justice en passant en revue les réflexions de Thomas d’Aquin à ce propos. Sur cette base, est développé un argument théologique, scripturaire et éthique selon lequel une miséricorde qui néglige la justice n’est pas une vertu véritable, mais contrefaite et bon marché. Seule une éthique de vraie miséricorde est à même de stimuler et de guider la réponse de l’Église aux abus sexuels en son sein et une nécessaire réforme institutionnelle.

Éditorial 112/1

Le scandale des agressions sexuelles et des emprises commises en Église a vite mis au-devant de la scène la question de la miséricorde et de la justice. C’est à cette question proprement théologique que ce dossier s’attache. Il en va de notre foi en Dieu, et de la vérité de notre confession, que d’entrer dans une attitude juste et miséricordieuse envers les victimes, les fidèles, clercs ou laïcs, et les agresseurs, dont, pour le droit civil, bon nombre de leurs actes relèvent de la criminalité. Dis-moi quelle est ta justice, et je te dirai quel est ton Dieu. Le comité de rédaction n’a pas souhaité revenir sur l’analyse des causes, les mesures à prendre, les réformes à entreprendre. Cela a déjà été très bien fait par d’autres plus qualifiés. Les RSR, fidèles à leur dimension de recherche, ont choisi d’interroger comment ce couple de justice et de pardon pouvait être éclairé théologiquement alors que les abus dans l’Église et leur