De l’appartenance à l’identité

Cette contribution étudie la conception de l’affiliation religieuse développée par l’institution catholique depuis la Seconde Guerre mondiale. Trois étapes se succèdent : la première, qui caractérise la période préconciliaire, définit l’appartenance à l’Église suivant des critères objectifs liés au baptême et à la pratique – qui permettent d’établir une séparation stricte entre le monde et l’Église. Le second moment, qui trouve son point de cristallisation dans l’événement conciliaire, admet de définir l’identité chrétienne de manière plus poreuse en la soustrayant aux disciplines unitives propres à l’époque antérieure. Depuis la fin du pontificat de Paul VI, la théologie de la communion détermine une voie intermédiaire : si le magistère engage les fidèles à dialoguer avec le monde pluraliste, c’est dans le cadre d’une axiologie attachée à la souveraineté persistante de la morale objective établie par le magistère. La sociologie des religions permet-elle de rendre compte de cette évolution ? La réponse ici proposée est clairement positive. On la voit accompagner les trois moments théologiques : elle

Éditorial 112/3

Encore ?, se plaindront certains. Enfin !, soupireront d’autres. S’interroger sur les rapports entre la théologie et les sciences sociales ne cesse d’ouvrir de nouveaux débats, à moins que ce ne soit le même qui se poursuive. La crise moderniste toujours recommencée ? Ce trouble pourrait bien être le symptôme d’une indécision chronique de la théologie, du moins dans le catholicisme romain, à prendre parti pour l’historicité de la foi. Il faudrait alors expliciter les raisons pour lesquelles la théologie ne pourrait se décider quant aux relations qu’elle entretient avec les savoirs qui constituent les sciences de l’homme et de la société, quels que soient les qualificatifs retenus : sciences « humaines », à la française, ou sciences « sociales », à l’anglaise. La théologie ne ferait qu’instrumentaliser les sciences sociales, tirant profit ici ou là de données qu’elle emprunte à la sociologie, à l’histoire ou à l’anthropologie. À moins qu’elle ne recycle certains de ses concepts. Mais au fond, rien ne ferait bouger la théologie, science pérenne de la

Bulletin johanique (112/2 – 2024)

I. L’évangile de Jean (David Pastorelli) 1. BORGEN Peder, Bread From Heaven. An Exegetical Study of the Concept of Manna in the Gospel of John and the Writings of Philo, « The Johannine Monograph Series » 4, Wipf and Stock, Eugene, 2017 [1965], xlviii + 217 p. 2. CASSIDY Richard J., John’s Gospel in New Perspective. Christology and the Realities of Roman Power, « The Johannine Monograph Series » 3, Wipf and Stock, Eugene, 2015 [1992], xxix + 138 p. 3. CHARLESWORTH James H., PRUSZINSKI Jolyon G.R. (éds.) The Gospel of John in Historical Inquiry: The Third Princeton-Prague Symposium on Jesus Research, Princeton 2016, « Jewish and Christian Texts in Contexts and Related Studies » 26, T&T Clark, London, 2019, xviii + 371 p. 4. CHARLESWORTH James H., Jesus as Mirrored in John. The Genius in the New Testament, T&T Clark, London, 2019, xxii + 601 p. 5. DAISE Michael A., Quotations in John. Studies on Jewish Scripture in the Fourth Gospel, LNTS 610, Bloomsbury, London, 2020, xiv +

Bulletin de patristique latine (112/2 – 2024)

Cette livraison du Bulletin diffère quelque peu, en sa tournure, de la précédente (RSR 110/1 [2022]) : moins de comptes rendus, et plus circonstanciés. On espère ainsi, sur les titres sélectionnés, mieux éclairer la religion de l’utilisateur. Un tel parti est compensé par l’indication, plus sèche, de publications qui ne sont souvent que la poursuite d’entreprises antérieurement présentées, et que de ce chef il eût été mal venu d’omettre, ou dont le traitement est à même d’épauler, en élargissant l’information, les recensions plus longues. Au reste, l’abondance de la matière m’a forcé de renvoyer à plus tard, si jamais, le compte rendu de deux ouvrages portant, tout ou partie, sur le De genesi ad litteram de saint Augustin – et d’autres volumes, que le chroniqueur de patrologie latine, à mon avis, ne pourra de toute façon ignorer sans frustrer les attentes légitimes de son lectorat. I. IIIe-IVe siècles 1. HILAIRE de POITIERS, Lettre sur les synodes, Texte, Introduction et notes Michael DURST.

Enjeux du numérique en théologie pastorale et en pédagogie religieuse

Comment le numérique et la promotion de l’image dans notre culture contemporaine modifient-ils non seulement les manières de vivre en Église, mais la manière de penser la foi et sa transmission ? C’est à un véritable bouleversement dans nos manières de penser, de communiquer, de former, de transmettre la foi et d’évangéliser, que le déploiement des technologies du numérique continue de nous conduire. C’est une sorte d’« écosystème digital » qu’elles établissent. La contribution prend en compte sept défis principaux qu’une e-pastorale et une « e-catéchèse holistique » s’emploient à relever à l’ère des « écologies digitales », du fait des modifications de nos rapports aux savoirs, à la vérité, à la temporalité, à l’autorité, à l’expérience spirituelle, à la pédagogie d’initiation et à la communauté. Ce sont des formes de combinaisons hybrides entre propositions pastorales et catéchétiques en présentiel et en ligne que nous sommes poussés à développer, car vu la loi de l’incarnation « synesthétique » au cœur de la foi chrétienne, le tout numérique demeure une illusion.

Que fait le numérique à la recherche patristique ?

Dans le domaine des études patristiques, le tournant numérique a apporté un certain nombre de changements, d’ampleur variable, sans modifier fondamentalement la nature des travaux menés. Sont envisagés successivement la préparation des éditions critiques, l’utilisation des corpus de textes et des répertoires électroniques de citations, puis diverses autres facettes. La question de la gratuité de l’accès aux ressources, ainsi que de la pérennité des ressources numériques concernées, est évoquée de manière transversale.

L’usage du numérique dans la recherche biblique

Les ressources numériques (sites en ligne, logiciels, plates-formes) mettent aujourd’hui à la disposition du chercheur une quantité considérable d’informations. Parallèlement à cette fonction encyclopédique, des procédés assistés par ordinateur permettent d’obtenir des résultats remarquables en ce qui concerne notamment la stylométrie, l’analyse linguistique ou la critique textuelle. L’accent est mis sur la critique textuelle du Nouveau Testament où deux approches concurrentielles s’affrontent à l’heure actuelle. Une comparaison conduit à se poser la question : l’usage du numérique est-il neutre ?

Que font les humanités numériques aux sciences dites humaines ?

Les humanités sont affectées massivement par les nouveaux outils numériques, recueil de données comme traitement algorithmique de ces données. Au-delà des facilités de stockage de textes et de navigation dans des corpus, dans quelle mesure le tournant digital transforme-t-il les humanités ? Dans cet article je m’appuierai sur le constat précédemment dressé dans Les sociétés du profilage (Huneman, 2023) du glissement d’une épistémologie plutôt causale vers une épistémologie purement statisticaliste et prédictive lorsque les données massives opèrent, pour interroger la nature et la nouveauté des humanités dites digitales. À partir d’une description du « data mining » en histoire des sciences je généraliserai la description des humanités numériques comme modélisation décentrante en troisième personne. Dans un dernier temps j’analyserai leur place dans le système des humanités, en insistant sur l’exigence d’une positon critique spécifique impliquant la dimension herméneutique des humanités, pour que le tournant numérique exprime sa puissance de nouveauté plutôt qu’un redoublement stérile ou un remplacement fort biaisé des savoirs existants.

Éditorial 112/2

La revue poursuit sa réflexion sur le monde numérique. Après un précédent numéro (111/4 [2023]) consacré à l’Intelligence Artificielle, nous vous présentons aujourd’hui un dossier intitulé “Humanités numériques et théologie”. La théologie est-elle touchée par ce qu’on a coutume d’appeler les « humanités numériques », et si oui, en quoi cela concerne-t-il, à travers des questions épistémologiques, la théologie ? Une première réponse pourra sans doute étonner plus d’un lecteur. Les « humanités numériques » ont été préfigurées, selon certains, par Roberto Busa, jésuite italien, spécialiste de saint Thomas. Dès 1949, au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale, ce théologien eut l’idée de se tourner vers IBM pour l’aider dans ses recherches philologiques. L’Index Thomisticus fut prêt en 1953, à peu près au même moment que la recherche biblique faisait appel aussi à l’informatique pour le traitement d’une cinquantaine de manuscrits. Merrill Parvis, de l’Université de Chicago, spécialiste du Nouveau Testament, recourait aux services d’IBM pour encoder des variantes textuelles. Ces deux exemples montrent le parti que les