Socialité et historicité de la théologie

Entre fortes aspirations au dialogue avec les sciences sociales et mise à distance, la théologie montre un déficit de prise en compte de sa propre socialité et de son historicité, sans une sociologie et une histoire pragmatiques et pratiques de la construction du savoir théologique. La théologie contemporaine est ainsi exposée tant au risque de l’enfermement dans une forme d’auto-référentialité, qu’au risque contraire de sa dilution dans une extra-référentialité. Le déficit de vrai tournant historique et l’instauration d’un rapport discontinu à l’histoire renforcent ces difficultés. Ici se joue tout l’enjeu de la réflexivité, qui va bien au-delà d’une clarification des modes de fonctionnement de la théologie mais relève aussi des effets ecclésiaux. Pour qu’advienne une théologie réflexive, une démarche proprement historienne, replaçant la socialité de la théologie dans sa variabilité historique, est nécessaire.

Nommer les savoirs du religieux : essai sur les enjeux de dénomination au moment moderniste

Il n’allait pas de soi, en 1910, de placer une revue d’érudition catholique sous le vocable de la « science religieuse ». Cette désignation s’inscrit dans un champ de forces, en tension avec d’autres dénominations possibles, chacune étant porteuse d’une conception des rapports entre théologie et sciences historiques et sociales. Les enjeux de ce réseau de possibles sont étudiés ici, dans le contexte très particulier de la crise moderniste, où se pose de façon aiguë la question de l’assimilation du legs méthodologique du XIXe siècle.

De l’appartenance à l’identité

Cette contribution étudie la conception de l’affiliation religieuse développée par l’institution catholique depuis la Seconde Guerre mondiale. Trois étapes se succèdent : la première, qui caractérise la période préconciliaire, définit l’appartenance à l’Église suivant des critères objectifs liés au baptême et à la pratique – qui permettent d’établir une séparation stricte entre le monde et l’Église. Le second moment, qui trouve son point de cristallisation dans l’événement conciliaire, admet de définir l’identité chrétienne de manière plus poreuse en la soustrayant aux disciplines unitives propres à l’époque antérieure. Depuis la fin du pontificat de Paul VI, la théologie de la communion détermine une voie intermédiaire : si le magistère engage les fidèles à dialoguer avec le monde pluraliste, c’est dans le cadre d’une axiologie attachée à la souveraineté persistante de la morale objective établie par le magistère. La sociologie des religions permet-elle de rendre compte de cette évolution ? La réponse ici proposée est clairement positive. On la voit accompagner les trois moments théologiques : elle

Éditorial 112/3

Encore ?, se plaindront certains. Enfin !, soupireront d’autres. S’interroger sur les rapports entre la théologie et les sciences sociales ne cesse d’ouvrir de nouveaux débats, à moins que ce ne soit le même qui se poursuive. La crise moderniste toujours recommencée ? Ce trouble pourrait bien être le symptôme d’une indécision chronique de la théologie, du moins dans le catholicisme romain, à prendre parti pour l’historicité de la foi. Il faudrait alors expliciter les raisons pour lesquelles la théologie ne pourrait se décider quant aux relations qu’elle entretient avec les savoirs qui constituent les sciences de l’homme et de la société, quels que soient les qualificatifs retenus : sciences « humaines », à la française, ou sciences « sociales », à l’anglaise. La théologie ne ferait qu’instrumentaliser les sciences sociales, tirant profit ici ou là de données qu’elle emprunte à la sociologie, à l’histoire ou à l’anthropologie. À moins qu’elle ne recycle certains de ses concepts. Mais au fond, rien ne ferait bouger la théologie, science pérenne de la

Bulletin johanique (112/2 – 2024)

I. L’évangile de Jean (David Pastorelli) 1. BORGEN Peder, Bread From Heaven. An Exegetical Study of the Concept of Manna in the Gospel of John and the Writings of Philo, « The Johannine Monograph Series » 4, Wipf and Stock, Eugene, 2017 [1965], xlviii + 217 p. 2. CASSIDY Richard J., John’s Gospel in New Perspective. Christology and the Realities of Roman Power, « The Johannine Monograph Series » 3, Wipf and Stock, Eugene, 2015 [1992], xxix + 138 p. 3. CHARLESWORTH James H., PRUSZINSKI Jolyon G.R. (éds.) The Gospel of John in Historical Inquiry: The Third Princeton-Prague Symposium on Jesus Research, Princeton 2016, « Jewish and Christian Texts in Contexts and Related Studies » 26, T&T Clark, London, 2019, xviii + 371 p. 4. CHARLESWORTH James H., Jesus as Mirrored in John. The Genius in the New Testament, T&T Clark, London, 2019, xxii + 601 p. 5. DAISE Michael A., Quotations in John. Studies on Jewish Scripture in the Fourth Gospel, LNTS 610, Bloomsbury, London, 2020, xiv +

Bulletin de patristique latine (112/2 – 2024)

Cette livraison du Bulletin diffère quelque peu, en sa tournure, de la précédente (RSR 110/1 [2022]) : moins de comptes rendus, et plus circonstanciés. On espère ainsi, sur les titres sélectionnés, mieux éclairer la religion de l’utilisateur. Un tel parti est compensé par l’indication, plus sèche, de publications qui ne sont souvent que la poursuite d’entreprises antérieurement présentées, et que de ce chef il eût été mal venu d’omettre, ou dont le traitement est à même d’épauler, en élargissant l’information, les recensions plus longues. Au reste, l’abondance de la matière m’a forcé de renvoyer à plus tard, si jamais, le compte rendu de deux ouvrages portant, tout ou partie, sur le De genesi ad litteram de saint Augustin – et d’autres volumes, que le chroniqueur de patrologie latine, à mon avis, ne pourra de toute façon ignorer sans frustrer les attentes légitimes de son lectorat. I. IIIe-IVe siècles 1. HILAIRE de POITIERS, Lettre sur les synodes, Texte, Introduction et notes Michael DURST.

Enjeux du numérique en théologie pastorale et en pédagogie religieuse

Comment le numérique et la promotion de l’image dans notre culture contemporaine modifient-ils non seulement les manières de vivre en Église, mais la manière de penser la foi et sa transmission ? C’est à un véritable bouleversement dans nos manières de penser, de communiquer, de former, de transmettre la foi et d’évangéliser, que le déploiement des technologies du numérique continue de nous conduire. C’est une sorte d’« écosystème digital » qu’elles établissent. La contribution prend en compte sept défis principaux qu’une e-pastorale et une « e-catéchèse holistique » s’emploient à relever à l’ère des « écologies digitales », du fait des modifications de nos rapports aux savoirs, à la vérité, à la temporalité, à l’autorité, à l’expérience spirituelle, à la pédagogie d’initiation et à la communauté. Ce sont des formes de combinaisons hybrides entre propositions pastorales et catéchétiques en présentiel et en ligne que nous sommes poussés à développer, car vu la loi de l’incarnation « synesthétique » au cœur de la foi chrétienne, le tout numérique demeure une illusion.

Que fait le numérique à la recherche patristique ?

Dans le domaine des études patristiques, le tournant numérique a apporté un certain nombre de changements, d’ampleur variable, sans modifier fondamentalement la nature des travaux menés. Sont envisagés successivement la préparation des éditions critiques, l’utilisation des corpus de textes et des répertoires électroniques de citations, puis diverses autres facettes. La question de la gratuité de l’accès aux ressources, ainsi que de la pérennité des ressources numériques concernées, est évoquée de manière transversale.

L’usage du numérique dans la recherche biblique

Les ressources numériques (sites en ligne, logiciels, plates-formes) mettent aujourd’hui à la disposition du chercheur une quantité considérable d’informations. Parallèlement à cette fonction encyclopédique, des procédés assistés par ordinateur permettent d’obtenir des résultats remarquables en ce qui concerne notamment la stylométrie, l’analyse linguistique ou la critique textuelle. L’accent est mis sur la critique textuelle du Nouveau Testament où deux approches concurrentielles s’affrontent à l’heure actuelle. Une comparaison conduit à se poser la question : l’usage du numérique est-il neutre ?