Éditorial 113/3

Comme cela avait été annoncé dans l’éditorial du numéro précédent, présentant la première partie des actes du colloque des RSR « Théologie et Sciences sociales » (Paris, 14-16 novembre 2024), il n’y aura pas ici de développement pour décliner le troisième et dernier axe, « théologie et sciences de la cité ». Sont publiés sous ce titre cinq articles (de F. Gabriel, A. Zielinski, de A.-S. Vivier-Muresan, E. Di Pede et J.-F. Chiron), puis les interventions données lors de la table ronde « théologie et sciences sociales face à la nécessité d’un « grand récit » » (de Ph. Portier, P. Gisel et F.-M. Le Méhauté), et enfin, en manière de relecture de l’ensemble du projet (numéro préparatoire RSR 112/3 [2024], colloque et les deux numéros des actes) deux articles d’Alain Rauwel et Christoph Theobald que nous remercions de s’être livrés à cet exercice. Christoph Theobald reprend l’ensemble de la démarche du colloque et des trois numéros qui lui ont été consacrés (RSR 112/3 [2024], RSR 113/2 [2025] et ce numéro RSR

Bulletin paulinien (113/2 – 2025)

Paul est-il parmi les philosophes ? Telle est bien la question que nombre de chercheurs essaient d’élucider ces dernières années, soit pour le rapprocher des stoïciens, soit pour lui demander la recette de la « vie bonne », voire de l’essence du christianisme. D’autres le voient parmi les mystagogues. La temporalité fait aussi partie des questions philosophiques qui importent pour comprendre l’œuvre de Paul, tandis que la compréhension de termes aussi centraux que « être en Christ » ou « foi » font l’objet de nouvelles enquêtes stimulantes. L’analyse rhétorique des lettres, associée aux approches de mémoire sociale, est toujours féconde pour mieux comprendre Paul, dans son temps comme dans le nôtre. I. Vie et théologie de l’apôtre II. Thèmes particuliers de théologie paulinienne III. Études sur des lettres particulières IV. Paul et les philosophes de l’Antiquité I. Vie et théologie de l’apôtre 1. MARGUERAT Daniel, Paul de Tarse. L’enfant terrible du christianisme, Seuil, Paris, 2023, 560 p. 2. VENARD Olivier-Thomas, TATUM Gregory (dir.), Conversations sur Paul « Supportez-vous les uns les autres » (Col

Bulletin Évangiles synoptiques et Actes (113/2 – 2025)

Les remarques générales faites dans les derniers bulletins demeurent valables, c’est-à-dire la place dominante de l’anglais (et la place de la production aux États-Unis sans guère lire d’autres langues), l’importance prise par les lectures contextuelles ou genrées, la valeur à accorder aux ouvrages des collections que sont la WUNT et la LSNT, ma préférence pour les thèses se centrant sur un passage apparemment « mineur » mais qui permettent de jeter un regard nouveau sur un livre ou une question (cf. notices 27 et 2). Cela dit, l’excellente monographie sur la notion d’évangile dans Marc (cf. notice 25), qui permet de traverser tout l’évangile, ou celle sur Actes 17 (notice 12), montrent qu’il est encore possible de faire ce genre de travail. Dans ce bulletin, j’aimerais me concentrer sur quelques ouvrages, en étant plus rapide sur d’autres dont le lecteur intéressé pourra plus facilement découvrir le contenu par lui-même (ou, plus souvent, le consulter sur l’un ou l’autre point). J’ajouterai une remarque qui n’est pas que

Note de lecture : Frédéric-Marie Le Méhauté, Révélé aux tout-petits. Une théologie à l’écoute des plus pauvres

Préface à l’ouvrage de Frédéric-Marie Le Méhauté, Révélé aux tout-petits. Une théologie à l’écoute des plus pauvres* dans sa version italienne. * « Cogitatio fidei » 317, Éd. du Cerf, Paris, 2022, 399 p. et sa version en italien : Rivelato ai piccoli. Una teologia in ascolto dei piu poveri, « Teologia dalle periferie », Castelvecchi editore, Rome, 2023.

Théologie, histoire et réflexivité sociale

Dans le cadre d’une problématisation des rapports de la théologie et des sciences sociales, le texte d’Edmond Ortigues intitulé « Lettre à Rome », daté de 1952, apparaît comme un document décisif : le jeune théologien, dans des circonstances difficiles, argumente avec force en faveur d’un renouvellement historique et sociologique de la doctrine et de la pratique ecclésiastiques dont il dénonce les effets de blocage pour la vie et l’engagement religieux des acteurs catholiques, au premier plan desquels, les clercs. C’est à un effort réflexif de l’intelligence de la foi qu’en appelle Ortigues, puisant dans l’idée de culture, tacitement issue de sa connaissance du culturalisme américain (savoir social « de pointe » dans ces premières années 1950), le socle d’une nécessaire conscience culturelle de soi. Ce texte fonctionne dès lors comme le premier jalon d’un itinéraire philosophique qui conduira cet auteur vers la mise au centre de l’histoire critique du projet d’une philosophie de la religion.

Histoire et Théologie(s)

Les revues scientifiques de théologie constituent un bon angle d’analyse des débats institutionnels, idéologiques, politiques liés à la « production » sociale de cette discipline, ainsi qu’un excellent laboratoire des recompositions des « savoirs du religieux » au cours du XXe siècle. Dans cette contribution, nous explorons la manière dont la revue s’attaque aux problèmes méthodologiques concernant la relation complexe théologie-histoire en examinant les choix théoriques d’Henri de Lubac et de Michel de Certeau et les débats qui les confrontent.

Comment faire de la théologie une science humaine à part entière ?

L’article précisera l’idée de théologie chez Michel de Certeau d’un point de vue à la fois conceptuel et épistémologique. Pour ce faire, il nous semble nécessaire d’interroger les usages que de Certeau a fait de cette discipline dans le cadre des sciences humaines et sociales. À cet égard, il est tout d’abord essentiel de mettre en évidence les différences entre ces deux dernières et de contextualiser la conception théologique de Michel de Certeau dans le cadre du carrefour que constitue la crise épistémologique des années 1970. En somme, quel type de savoir est la théologie pour Michel de Certeau, est-ce vraiment une science ? Cette bifurcation suffit-elle à fonder une identité épistémologique ? Enfin, Michel de Certeau peut-il être considéré comme un théologien ou simplement comme un intellectuel qui utilise les prémisses théologiques de la même manière qu’il l’a fait avec d’autres savoirs connexes ?

Croire en commun – une affaire de style ?

L’objectif de cette contribution est de penser la lente sortie de la tradition catholique de l’édifice doctrinal de la fides ecclesiae médiévale en discutant les résistances qui s’y opposent. Dans la perspective du colloque qui consiste à repenser la place de la théologie comme « science de la foi » parmi les sciences sociales, elle s’appuiera sur le geste fondateur de celles-ci, posé par les Émile Durkheim, Ernst Troeltsch, Rudolph Sohm et Max Weber : le premier installant l’Église comme objet dans le champ du social, lui enlevant tout privilège ontologique et la mettant au cœur  du social, le deuxième distinguant trois types de socialisation chrétienne en interaction (Église, secte, mystique) et les deux autres initiant l’intérêt pour la structure charismatique de la communalisation sociale et ecclésiale. Le « théologique » qui, dans ce geste différencié se révèle à la racine des sciences sociales place la théologie face à une « héritière » et la met en position d’apprentissage critique. Comment dès lors comprendre et penser la sortie de la fides ecclesiae médiévale et

La théologie et le « donné », nœud irrésolu des différenciations

Si la subalternation correspond à un état de la théologie qui, de la Sacra pagina, se haussa au rang de Scientia dans la période médiévale, il n’est pas sans intérêt d’analyser la manière dont ce régime de dépendance épistémologique très spécifique s’est littéralement métamorphosé dans la période moderne et dans la période contemporaine, jusqu’à l’éclosion d’un phénomène pour le moins inattendu, le processus d’absolutisation de la théologie qui n’est pas formellement imputable aux théologiens, mais à plusieurs formes de rationalités philosophiques parfois opposées entre elles. Ainsi, lorsque dans le projet des « métaphysiques modernes » (Baumgarten, Leibniz) la « théologie révélée » fut happée par la théologie naturelle et rationnelle au point de s’y dissoudre, les grandes métaphysiques allemandes nées des courants théosophiques (Hegel, Schelling) lui donnèrent par contrecoup une fonction qui allait paradoxalement l’absolutiser, inaugurant ainsi un processus d’absolutisation de la théologie dont quelques récentes phénoménologies semblent être les héritières inavouées. Ce processus d’absolutisation constitue une radicalisation du phénomène de la subalternation, la théologie convoquée

La confrontation des savoirs à la naissance de l’Université de Paris

Le dialogue entre la théologie et les sciences sociales peut être éclairé par le moment médiéval. L’introduction aux condamnations de 1277 offre un prisme qui permet d’envisager la confrontation des savoirs à la naissance de l’Université avec la question ecclésiologique de la régulation épiscopale du savoir, celle de l’élargissement permanent des savoirs qui renouvelle sans cesse l’horizon ainsi que la question de la rencontre entre des sciences pensées hiérarchisées.