Pour une théologie de l’institution conciliaire

À la suite de Vatican 1 et du Code de droit Canon de 1917, Vatican Il traite de l’institution conciliaire dans le cadre de l’ecclésiologie et la comprend comme expression de la collégialité des évêques et de leur fonction de « docteurs et de juges en matière de foi et de moeurs ». Tandis que certains réduisent – avec le Code de 1983 – l’institution conciliaire à une modalité parmi d’autres de cette collégialité, d’autres affirment que le concile fait partie de la structure de l’Eglise, celle-ci étant par essence conciliaire. Pour prendre position dans ce débat, Christoph Theobald propose une périodisation théologique de l’histoire des conciles oecuméniques et du développement de la conscience herméneutique, qui s’y manifeste. La mondialisation de l’Eglise, son pluralisme culturel interne et l’avancée du débat oecuménique nécessitent aujourd’hui que le principe de l’institution conciliaire soit situé non pas dans l’ecclésiologie mais dans le processus de la Paradosis évangélique, composé indissolublement de tradentes et d’un traditum. Dans une situation

Le rêve d’un nouveau concile

Suffit-il de faire appel à un nouveau concile soit en raison du « dépassement » de Vatican II, soit en raison de l’urgence à traiter des questions nouvelles ? Si la fréquence des conciles n’est pas déterminée par le droit, leur convocation est sujette à l’appréciation de la situation. Or, il s’agit par là d’accroître l’unité de l’Eglise, d’affronter ensemble les questions nouvelles, et de disposer de figures institutionnelles adéquates. C’est pourquoi, la distinction entre la conciliarité fondamentale de l’Eglise, et le concile comme figure institutionnelle qui l’exprime, s’avère ici essentielle. Sans se fixer sur l’idée d’un Vatican III, il est nécessaire d’imaginer de nouveaux modes d’expression de la conciliarité, adaptés aux conditions et exigences du temps.

Vatican II, l’événement des historiens

A propos de l’Histoire du Concile Vatican II, 1959-1965 réalisée sous la direction de Giuseppe Alberigo, P. Vallin apprécie les enjeux de ce Concile tels que le recul du temps et donc la distanciation historienne permettent d’en parler. Mais son analyse de l’œuvre va plus loin dans la mesure où il tente d’apprécier l’action historienne dans le travail même des historiens. En dehors du fait qu’ils ont le recul du temps, ils disposent d’un ensemble de documents et surtout d’archives plus ou moins personnelles d’acteurs et de témoins qui posent la question de la « relecture » de l’évènement. A quoi s’ajoute la « construction du récit ». « Problème complexe, sur lequel tous les collaborateurs des entreprises d’histoire sociale, culturelle, voire politique, ne donnent pas les mêmes réponses ». Les auteurs de cette œuvre monumentale et tout à fait remarquable, n’échappent pas à cette question et à la multiplicité des réponses.

Dimensions historiques de l’idée de concile

Les conciles, qui font partie de la vie de l’Eglise depuis les temps les plus anciens, sont fortement marqués par leur contexte culturel respectif, de sorte que l’institution a subi, au fil des siècles, nombre de changements extérieurs. Malgré cela, une même essence est reconnaissable. Ainsi, pour tous les conciles, il s’agit d’établir et de constater un consensus tant en matière de discipline ecclésiastique que dans les questions de foi. C’est en ce sens que les anciens conciles entendaient être le lieu d’émergence d’un double consensus, horizontal et vertical. Malgré les aléas de l’histoire, qui malmenèrent souvent cet idéal consensuel, les conciles veulent avoir en commun avec l’Eglise leur caractère à la fois divin et humain.

Qui et quoi. Questions historiques pour un concile de demain

Le passage du XXe au XXIe siècle est marqué par une attente et un horizon. En effet, l’Eglise contemporaine ne peut ignorer les conditions dans lesquelles s’est effectué ce passage, pas plus qu’elle ne peut s’abstraire de la situation géopolitique actuelle. C’est sur cet horizon que s’inscrit la réflexion d’A. Melloni. Cependant, si on peut ou doit envisager un nouveau concile, encore faut-il être au clair avec l’histoire des conciles, et surtout avec l’histoire de Vatican II dont les lectures sont multiples, les plus restrictives n’étant pas les moins gênantes face à l’avenir. La difficulté des Eglises chrétiennes, et pas seulement de l’Eglise catholique, à exprimer l’expérience chrétienne, notamment comme lieu de pardon et de paix, n’est pas le moindre obstacle à une audience et à des confrontations positives dans le cadre de l’institution conciliaire.

Qu’est-ce que le dimanche ?

En écho de l’article du Rabbin Krygier, E. Bianchi constate que l’exégèse biblique n’est pas parvenue à une position unanime concernant l’attitude de Jésus envers le shabbat dans les différentes « situations de vie » que reflète la rédaction actuelle des textes des controverses de Jésus sur le Shabbat. Sans entrer dans ces problématique, E. Bianchi cherche à faire émerger l’aspect kérygmatique présent dans ces controverses chez les Synoptiques comme chez Jean, retenant également certains textes pauliniens. Après quoi, il traite de l’émergence du Dimanche, « premier jour de la semaine », lié à l’événement de la résurrections et par conséquent « jour dominical concret » par la célébration du Christ ressuscité présent dans l’Assemblée réunie pour l’écoute de la Parole et le repas eucharistique. Reconnu « temps sacramentel », le dimanche dut se détacher des pratiques juives entrant dans le processus de l’identification des chrétiens.

Le Chabbat de Jésus

Depuis la littérature chrétienne patristique, mais aussi et souvent encore, moderne, il est un lieu commun de l’exégèse de montrer en quoi « l’accomplissement de la Loi » par Jésus devait se traduire par l’abolition pure et simple de ses rites, en particulier du Chabbat qui devait être remplacé par le « huitième jour » (le Dimanche). Or, il est aujourd’hui notable que rien de tel ne fut jamais avancé explicitement par Jésus qui se rendait régulièrement à la synagogue le Chabbat, y enseignait et « montait à la Tora ». Le seul véritable point d’ancrage permettant d’affirmer le déni du Chabbat par Jésus repose sur un fait qui, il faut bien l’admettre, est incontournable : à diverses occasions, il le « transgresse » délibérément. La thèse du Rabbin Krygier est que pour les évangélistes eux-mêmes, Jésus ne rompt pas le Chabbat pour manifester l’inanité de son observance, mais pour subvertir l’ordre des priorités, en l’occurrence, privilégier le salut des personnes dont il se veut l’agent et le garant.

Des théologies pour l’historien des Eglises

« Il ne faut pas se faire une idée trop haute de l’histoire, trop attendre d’elle… » écrivait H.-I. Marrou dont P. Vallin rappelle en exergue le propos. Cependant, construction consciente, l’histoire peut être richesse pour un groupe humain ou une époque, car c’est parce qu’il y a construction d’un objet, ou récit historique, en fonction d’options morales ou spirituelles – théologiques – que le récit et les langages ainsi forgés apportent la révélation d’une originalité féconde et nourrissante. Il s’agit donc de donner les principes d’une histoire du « mouvement chrétien », à l’intérieur duquel est apparu un genre littéraire spécifique et donc nouveau, qui a très largement concouru à former la conscience que les groupes ont eue d’eux-mêmes, les « Histoires de l’Eglise ». C’est dans ces perspectives que pouvait se manifester une dimension théologique des pratiques historiennes concrètes. Que peut-il en être aujourd’hui ? Pour P. Vallin, une histoire théologique de l’Eglise continue, mais à condition de mettre en jeu, comme évaluation toujours à reprendre dans

Documents, histoire et critique dans l’érudition ecclésiastique des temps modernes

L’une des conséquences indirectes de la rupture de l’unité confessionnelle aux temps modernes, fut une exploration accélérée du passé chrétien. Pour cela, une masse régulièrement accrue de documents venait nourrir deux représentations antagonistes de l’histoire de l’Eglise, lesquelles étaient défendues par des travaux d’érudition au service de deux conceptions de l’histoire, qui étaient aussi bien deux théologies de l’Eglise. Cependant, l’exigence de proximité des sources devait induire un mode particulier d’écriture de l’histoire qui transcenderait les frontières confessionnelles, tout en maintenant des positions différentes. La prise en compte des documents allait notamment renforcer une certaine critique, pour laquelle surgissent notamment les noms de Mabillon et de Le Nain de Tillemont, même si les positions continueraient de se différencier tout au long du XVIIe siècle.