Qu’est-ce que le dimanche ?

En écho de l’article du Rabbin Krygier, E. Bianchi constate que l’exégèse biblique n’est pas parvenue à une position unanime concernant l’attitude de Jésus envers le shabbat dans les différentes « situations de vie » que reflète la rédaction actuelle des textes des controverses de Jésus sur le Shabbat. Sans entrer dans ces problématique, E. Bianchi cherche à faire émerger l’aspect kérygmatique présent dans ces controverses chez les Synoptiques comme chez Jean, retenant également certains textes pauliniens. Après quoi, il traite de l’émergence du Dimanche, « premier jour de la semaine », lié à l’événement de la résurrections et par conséquent « jour dominical concret » par la célébration du Christ ressuscité présent dans l’Assemblée réunie pour l’écoute de la Parole et le repas eucharistique. Reconnu « temps sacramentel », le dimanche dut se détacher des pratiques juives entrant dans le processus de l’identification des chrétiens.

Le Chabbat de Jésus

Depuis la littérature chrétienne patristique, mais aussi et souvent encore, moderne, il est un lieu commun de l’exégèse de montrer en quoi « l’accomplissement de la Loi » par Jésus devait se traduire par l’abolition pure et simple de ses rites, en particulier du Chabbat qui devait être remplacé par le « huitième jour » (le Dimanche). Or, il est aujourd’hui notable que rien de tel ne fut jamais avancé explicitement par Jésus qui se rendait régulièrement à la synagogue le Chabbat, y enseignait et « montait à la Tora ». Le seul véritable point d’ancrage permettant d’affirmer le déni du Chabbat par Jésus repose sur un fait qui, il faut bien l’admettre, est incontournable : à diverses occasions, il le « transgresse » délibérément. La thèse du Rabbin Krygier est que pour les évangélistes eux-mêmes, Jésus ne rompt pas le Chabbat pour manifester l’inanité de son observance, mais pour subvertir l’ordre des priorités, en l’occurrence, privilégier le salut des personnes dont il se veut l’agent et le garant.

Des théologies pour l’historien des Eglises

« Il ne faut pas se faire une idée trop haute de l’histoire, trop attendre d’elle… » écrivait H.-I. Marrou dont P. Vallin rappelle en exergue le propos. Cependant, construction consciente, l’histoire peut être richesse pour un groupe humain ou une époque, car c’est parce qu’il y a construction d’un objet, ou récit historique, en fonction d’options morales ou spirituelles – théologiques – que le récit et les langages ainsi forgés apportent la révélation d’une originalité féconde et nourrissante. Il s’agit donc de donner les principes d’une histoire du « mouvement chrétien », à l’intérieur duquel est apparu un genre littéraire spécifique et donc nouveau, qui a très largement concouru à former la conscience que les groupes ont eue d’eux-mêmes, les « Histoires de l’Eglise ». C’est dans ces perspectives que pouvait se manifester une dimension théologique des pratiques historiennes concrètes. Que peut-il en être aujourd’hui ? Pour P. Vallin, une histoire théologique de l’Eglise continue, mais à condition de mettre en jeu, comme évaluation toujours à reprendre dans

Documents, histoire et critique dans l’érudition ecclésiastique des temps modernes

L’une des conséquences indirectes de la rupture de l’unité confessionnelle aux temps modernes, fut une exploration accélérée du passé chrétien. Pour cela, une masse régulièrement accrue de documents venait nourrir deux représentations antagonistes de l’histoire de l’Eglise, lesquelles étaient défendues par des travaux d’érudition au service de deux conceptions de l’histoire, qui étaient aussi bien deux théologies de l’Eglise. Cependant, l’exigence de proximité des sources devait induire un mode particulier d’écriture de l’histoire qui transcenderait les frontières confessionnelles, tout en maintenant des positions différentes. La prise en compte des documents allait notamment renforcer une certaine critique, pour laquelle surgissent notamment les noms de Mabillon et de Le Nain de Tillemont, même si les positions continueraient de se différencier tout au long du XVIIe siècle.

Structures typologiques de l’histoire d’après les Histoires de Grégoire de Tours. Prophéties-Accomplissement-Renouvellement

C’est pendant toute sa vie d’évêque que Grégoire a rédigé ses Histoires dont l’aventure éditoriale posthume fut complexe. Si elles présentent une forte part hagiographique, elles ne donnent pas moins une importante information à propos des Mérovingiens notamment. Cependant, une telle information ne doit pas faire oublier les ambitieux desseins théologiques et exégétiques de l’auteur. Ainsi le Christ se révèle-t-il dans cette oeuvre comme fondement et finalité des structures typologiques, et l’Eglise comme effet du Christ dans l’histoire. Ainsi n’y a-t-il rien d’étonnant à ce que, dans le contexte de ce vocabulaire typologique employé dans les Histoires, le résultat le plus étonnant ait d’abord été la forte présence des « Prophètes », leur rôle s’étant révélé essentiel pour présenter un Christ maître de toute l’histoire et confirmant l’accomplissement des prophéties.

L’écriture de l’histoire dans le Christianisme ancien

S’il est vrai que l’auteur des Actes des Apôtres peut être en un sens considéré comme le premier historien du christianisme, s’il est également vrai que les Ile et Ille siècles ont vu naître des écrits qui ont entre autres une portées historique (par ex. les « Chroniques » d’Hippolyte de Rome ou de Julien l’Africain), c’est avec Eusèbe de Césarée que surgit la conscience de produire, avec son Histoire ecclésiastique, quelque chose de nouveau : « Je suis, en effet, le premier, écrira-t-il, à m’avancer pour ainsi dire sur un chemin désert et inviolé. » Après avoir étudié l’oeuvre d’Eusèbe, M. Fédou présente ses continuateurs en Orient et en Occident avant d’examiner sa position par rapport à l’historiographie païenne et la manière dont les historiens plus tardifs ont interprété l’histoire de l’Eglise pendant et après la crise de l’arianisme.

Luc, pionnier de l’historiographie chrétienne

Qui a écrit la première histoire du christianisme ? La recherche historienne moderne a rarement hésité à pointer le doigt vers Eusèbe de Césarée, ainsi que le rappellent dans ce dossier les contributions de M. Fédou et de M. Heinzelmann. Une telle reconnaissance devait amener une dégradation de la qualité historienne de l’œuvre lucanienne, évangile et Actes des Apôtres, reconnue jusqu’au XVIIIe siècle. Ainsi, jusque dans les années 60 du XXe siècle, la recherche sur cette œuvre devait être dominée par cette tonalité lourde. Une révision de ces attitudes, dont certaines se sont manifestées dès le début de ce même siècle, s’est depuis engagée, grâce notamment à une meilleure connaissance et acceptation des caractéristiques de l’historiographie ancienne. C’est donc un véritable historien qui se révèle désormais dans l’œuvre lucanienne, légitimant du même coup le concept d’histoire théologique, et rendant à Luc sa place, la première, bien avant Eusèbe de Césarée.

L’application du canon 812 aux Etats-Unis. Une lettre d’Amérique

Le canon 812 du Code de droit canon de 1983 exige que ceux qui enseignent une discipline théologique dans une université catholique aient un mandatum de la part de l’autorité ecclésiastique compétente. Entre insistances et rappels à l’ordre romains, s’en suivirent aux Etats-Unis neuf ans de consultations, discussions et conflits qui impliquèrent évêques, présidents d’universités et théologiens. Il y a là un fait théologique et ecclésial dont les Eglises d’autres pays n’ont pas fait la même expérience. L’examen des enjeux ecclésiologiques de ces péripéties constitue l’objet de ces réflexions qui représentent ainsi une sorte de lettre théologique des Etats-Unis. Pourquoi l’acuité de la question dans ce pays ? Comment comprendre le mandatum avec l’emploi du concept de communion ? Qu’est-ce que ce mandatum comme fait historique et comme institution ecclésiale ? Telles sont les questions auxquelles tente de répondre J.G. Mueller dans cet article.

La « judéïté » de Jabès

L’écrivain Edmond Jabès (1912-1991), d’abord de nationalité italienne en Egypte puis de nationalité française en France et de langue française, était d’origine juive. Ecrivain libre et solitaire, loin des partis et des groupes littéraires, la prise de conscience de sa judéïté marqua cette dimension littéraire, sans être réductible à cette judéïté. Héritière d’une tradition liée aux diverses interrogations sur Dieu, le désert, le silence et les textes millénaires, porteuse par sa modernité, de la question d’un « Judaïsme après Dieu », l’œuvre de Jabès est également questionnement sur ce qui conduira le peuple juif de l’Exil à la Shoah et de la Shoah à la création de l’Etat d’Israël. Sauvage tente dans cet article de comprendre et d’interpréter l’approche qu’a fait Jabès de cette question difficile et fondamentale : qu’est-ce qu’être juif lorsqu’on est juif athée en diaspora ?