Philosophie de la religion et théologie de la culture. Tillich lecteur de Schelling

Si la « rencontre des religions » est de plus en plus un fait, le « dialogue interreligieux » revêt un « caractère inéluctable » qui oblige à voir à frais nouveaux la place de la « théologie chrétienne ». Très tôt, Paul Tillich a voulu élargir la question de la rencontre des religions à celle du rapport entre religions et sécularisation de façon à éviter l’enfermement dans une théologie étroite des religions. L’objet de cet article est de montrer comment la pensée théologique de Tillich sur l’histoire des religions s’enracine dans sa lecture de la dernière philosophie de Schelling, ce qui lui a permis de percevoir non seulement la possibilité et la fécondité d’un croisement entre religion et culture, mais aussi l’enjeu des questions christologiques liées à ce croisement. Car même si les événements politiques et la faillite de l’idéalisme allemand l’ont ensuite conduit vers d’autres débats, en particulier avec E. Troeltsch et K. Barth, Tillich est resté jusqu’au bout fidèle aux intuitions théologiques découvertes dans la philosophie schellingienne.

L’analogie et l’image. De leur bon usage en théologie

Cet essai se situe sur le terrain de la théologie pour relever l’usage qu’elle en fait comme clef du langage sur Dieu. A ce titre, l’analogie déborde et dépasse le domaine de la logique et de l’épistémologie pour servir une pensée non seulement spéculative, mais encore spirituelle et mystique. Son emploi en théologie traduit l’aspect intellectuel d’une attitude d’abord existentielle et croyante où l’homme se reconnaît comme créature distante de son Créateur, mais surtout en tant que nature raisonnable, comme fait à l’image de Dieu et appelé à la dignité de fils du Dieu Père. La réflexion sur l’analogie nous introduit ainsi inévitablement dans le domaine de l’image dont l’homme ne porte la marque qu’en raison de sa participation à l’image parfaite de Dieu qu’est son Verbe. Si l’analogie suggère la distance entre les termes transcendant et immanent qu’elle relie, ne reviendrait-il pas à l’image d’effectuer leur rapprochement ? S’appuyant sur la théologie de S. Thomas, l’enquête de G. Rémy traite

Cerveau et conscience en anthropologie théologique

Les neurosciences modernes, notamment les découvertes récentes de la recherche sur le cerveau, réclament de plus en plus un changement radical dans leurs tenants et aboutissants philosophiques, loin en particulier de l’anthropologie théologique du Christianisme qui s’appuya pendant de longs siècles sur la conception philosophique dualiste de l’union entre corps et âme. Dans cet essai, A. Ganoczy veut d’abord exposer des acquis de la recherche sur le cerveau qui entraînent, chez les uns, une conception matérialiste et, chez les autres, une description non matérialiste de la personne humaine, les deux camps s’accordant à se situer dans un contexte strictement évolutionniste. S’appuyant sur les travaux et écrits de J.-P. Changeux et Gerhard Vollmer, pour les premiers, de John C. Eccles et Antonio R. Damasio, pour les seconds, A. G. examine les thèses et hypothèses de ces scientifiques qui n’hésitent pas à franchir les frontières évidentes de leurs compétences pour établir une nouvelle anthropologie, sans même une visée ouvertement et méthodiquement interdisciplinaire.

Se laisser lire avec autorité par les Saintes Écritures

Tenir la Bible pour inspirée, c’est croire qu’elle est à la fois divine et humaine, tout entière humaine et tout entière divine. Et que cette Ecriture soit inspirée signifie la coexistence en elle du vivant et du mort, du présent et du passé, de l’un et du multiple. L’affirmation de l’inspiration des Ecritures n’est donc pas seulement descriptive de leur nature et de leur objet, ni normative quant à la nature et à l’objet de la foi ; elle est aussi prescriptive quant à la manière ou aux manières dont nous pouvons les lire et user d’elles. L’unique propos de ces pages est de tenter de répondre, au moins dans certains traits essentiels, à cette question : qu’est-ce que lire les Ecritures bibliques comme inspirées ? qu’est-il possible de dégager dans l’acte de lire mis en jeu qui lui serait propre et le caractériserait comme tel ? S’il ne s’agit en aucune façon d’esquisser une typologie des interprétations de la Bible ni de rappeler

La différenciation moderne de la lecture biblique. Le conflit des épistémologies

Après quinze siècles de lecture « christique » des Ecritures, deux siècles de crises bien différentes allaient en proposer de nouvelles approches : le XVIe siècle comme Siècle des Réformes, le XVIIe comme Siècle de la critique. Après la confrontation d’Erasme et de Luther, la confrontation des Libertins et des apologètes, puis l’apparition de ce qui deviendrait l’exégèse critique avec notamment J. Meyer, Spinoza et R. Simon, allaient créer une autre sensibilité aux Ecritures, selon les perceptions de l’univers et de la raison marquées par la philosophie de Descartes. Une épistémologie nouvelle se mettrait nécessairement en place. Les résistances des autorités ecclésiales ne pourraient rien contre une approche qui n’était pas seulement « scientifique » mais qui marquait désormais la lecture religieuse de ces Ecritures. Les questions que poserait cette approche dans le cadre de la réception croyante comme par rapport au dogme de l’Inspiration ont-elles reçu leur réponse ? Ce questionnement devrait être au cœur du colloque que prépare l’ensemble de ce dossier.

Le problème de l’extension du Canon des Écritures

L’examen du « canon des Ecritures », après la consécration de l’expression par Athanase au IVe siècle, révèle d’abord une époque où une certaine fluidité caractérisait la réflexion sur l’extension des Ecritures et sur leurs limites. A partir du IVe siècle, une mutation décisive se produit, à laquelle il faut adjoindre une autre évolution sémantique préparée de longue date à travers l’emploi de diatèkè, traduit en latin par testamentum. Ainsi apparaissent deux temps forts dans l’histoire des Ecritures aux premiers siècles du christianisme. Le premier (fin du IIe siècle, début du IIIe) est celui de l’extension du concept de livre saint à d’autres textes que les écrits hérités du judaïsme ; le second, dans la seconde moitié du IVe siècle, est celui des efforts de délimitation de l’Ancien et du Nouveau Testament, des décisions prises pour trancher les débats, commencés deux siècles plus tôt. L’examen de quelques-uns des problèmes que pose l’extension du canon et qui s’offrent ici à l’historien confirme qu’ils ne sont

La canonisation des Écritures et la reconnaissance de leur inspiration

Les concepts d’inspiration et de canonisation/canonicité entretiennent entre eux une circularité qui n’est que la conséquence de la circularité fondamentale existant entre Eglise et Ecriture. L’Eglise chrétienne précède le N.T.. Mais d’un autre côté, l’Ecriture précède l’Eglise, parce que le N.T. a été écrit à la lumière de l’Ancien, et que ce N.T. est l’attestation de l’événement fondateur dont il reçoit son autorité. Le vis-à-vis entre Ecriture et Eglie est indépassable. L’inspiration précède et fonde le canon qui devient le critère prioritaire de l’inspiration. Le texte est lu comme inspiré parce qu’il appartient au canon. Il y a quelque chose d’indépassable dans cette circularité, faite d’une solidarité originaire et réciproque entre le deux données. Elle a un aspect dialectique. Après une brève histoire de cette dialectique, B. Sesboüé fait plusieurs propositions théologiques sur l’inspiration et le canon.

Les multiples sens de l’expérience et l’idée de vérité

Partant des premières manifestations du « philosopher » occidental, chez Pythagore, Héraclite et Platon, J. Greisch mesure d’abord l’écho que « ces échos anciens » ont rencontré en premier lieu dans la philosophie d’un Heidegger. Mais le concept d’ « expérience », maître mot de la modernité contemporaine, oblige à un parcours complexe qui ramène au philosophe américain, William James, dont on doit se demander s’il n’y a pas quelque chose à déconstruire dans sa façon d’aborder « les variétés de l’expérience religieuse » ? Ne faisant pas l’économie de l’indispensable détour par une enquête sérieuse et l’audace de quelques hypothèses sur les multiples sens du mot « expérience », J. Greisch propose, en terminant, des voies « pour une phénoménologie herméneutique de l’expérience ».