L’anthropologie du croire et la théologie de la faiblesse de croire

Michel de Certeau fut-il théologien ? Si aujourd’hui, en diverses disciplines universitaires, son œuvre provoque publications et colloques, au risque parfois de la juxtaposition des discours, la théologie, à de rares exceptions près, ne trouve guère sa place. Relèverait-elle d’un de ces non-dits respectables en même temps que congédiables parce que non-dits, sinon dans la pensée de Certeau, du moins dans celle de ceux qui prétendent s’en réclamer ? Or la théologie de Certeau se rencontre en deux endroits au moins pour qui essaie de penser son œuvre dans sa diversité et son articulation épistémologique : d’une part, comme organon de l’ensemble de sa pensée, d’autre part, comme théologie de la faiblesse de croire. Le présent article tente de mettre d’abord en évidence, autour de la figure de l’autre, le paradigme de la mystique, puis de repérer les fils qui courent de ‘l’anthropologie du croire’ à la théologie de ‘la faiblesse du croire’. Loin d’être seulement un secteur particulier et plus ou moins relatif de

Le Jansénisme : une réalité politique et un enjeu de pouvoirs

Le Jansénisme c’est d’abord un mot, une idée et une réalité. Ce sont aussi des personnages, hommes et femmes, qui au XVIIe et au XVIIIe siècles ont joué une incarnation qui n’était pas que religieuse ou théologique, malgré le primat de celle-ci. Le tableau historique que propose M. Le Guern est aussi l’analyse des positions et réactions des principaux acteurs, de Richelieu et Saint-Cyran à Antoine Arnaud, de Nicolas Pavillon et le Formulaire, jusqu’à Quesnel et la reprise des hostilités après une certaine accalmie fin de siècle, avec les effets de la Bulle Unigenitus. Comme on le sait, le terme, sinon vraiment définitif dont il faudrait encore parler, du moins selon d’importants repères historiques, se lit aujourd’hui en divers mouvements qui, après miracles et convulsions, se réduiront, à défaut de se résoudre, dans les conflits, les dispersions et les dérives sectaires.

De la fondation à l’attestation en morale, Paul Ricœur et l’éthique du témoignage

Le témoignage a retenu de très près l’herméneutique philosophique de Paul Ricœur. De son sens quasi empirique, celui du témoin d’un procès, à sa signification religieuse, celle du témoin de la foi, en passant par sa signification morale, le témoin vit du bien dont il témoigne. Se trouvant donc au croisement du juridique, de l’historique, de l’éthique et du religieux, le témoignage trouve, dans les analyses de Paul Ricœur, son principe unificateur dans le concept d’identité narrative. Pierron montre que pour le philosophe de Temps et récit, le témoignage dans le témoin est texte. Il donne donc à penser, ce qui implique une herméneutique de la réception, axée sur l’analyse d’un accueil du témoignage. Corrélativement, parler d’identité narrative, c’est donner l’occasion au témoignage de passer insensiblement d’un pôle d’extériorité, celui du narrateur qui n’est pas l’acteur de ce qu’il raconte, à un pôle d’intériorité, qui fait constitution progressive de soi. En quoi doit se définir une éthique du témoignage.

La Somme théologique de Thomas d’Aquin à l’épreuve des 16è-18 è siècles

On discerne habituellement trois grands moments dans l’histoire du thomisme : les cent cinquante années qui suivirent la mort de Thomas d’Aquin (1274), les efflorescences des XVIe-XVIIIe siècles, et le temps qui suivit l’encyclique Aeterna Patris de Léon XIII. A quoi s’ajoute un quatrième moment, celui des dernières décennies, dont rend compte dans ce dossier J.-P. Torrell. La contribution de Ph. Lécrivain s’en tient à ce moment où, poussés par l’humanisme et l’ « évangélisme », les théologiens souhaitent une authentique rénovation de leur discipline. Pour cela, ils abandonnent les jeux subtils de la dialectique décadente pour en revenir aux sources, la Bible et les Pères. Le parcours historique se fait ici en trois parties : l’avènement de la « Somme théologique » comme texte classique chez les Dominicains aux prises avec la Renaissance et la Réforme ; les grandes heures des écoles salmantines et leur enfermement ; enfin, la désagrégation de la théologie sous les assauts d’une nouvelle rationalité.

Exégèse biblique, théologie et philosophie chez Thomas d’Aquin et Martin Luther , commentateurs de Rm 7, 14-25

Même s’ils ne sont pas volumineux, les commentaires de l’Ecriture tiennent une place essentielle dans la pratique théologique de S. Thomas. Après avoir rappelé ses clés de lecture et d’interprétation du texte biblique selon les coutumes et traditions de son temps, G. Berceville en vient, à propos du texte crucial de Rm 7,14-25 au « je » du discours de Paul tel que le perçoit S. Thomas. Tout en tenant compte de ce qu’en avaient dit les « Autorités », S. Thomas n’en marquait pas moins ses « préférences » : ce texte, sur le bien difficile à faire et le mal qui se présente au « je », s’applique aussi bien au juste qu’au pécheur. En contrepoint, la lecture de Luther, en réaction contre le naturalisme de la Renaissance, se trouve au terme d’une transformation radicale de la raison et de la philosophie. Cette « lecture » dit à la fois l’étrangeté aujourd’hui de l’exégèse de Thomas et la sensibilité Luther à la dimension historique de l’homme, ce qui structure son « anthropologie théologique ». La question est

Situation actuelle des études thomistes

L’observation de la littérature théologique de notre époque permet de constater une floraison assez dense de titres sur saint Thomas. La chose est d’autant plus étonnante qu’aux lendemains immédiats de Vatican II, Karl Rahner s’inquiétait de « l’étrange silence » des théologiens au sujet du Maître d’Aquin. Comme il se doit dans un article de bilan, J.-P. Torrell commence par dresser un tableau des éditions, biographies et traductions dont S. Thomas a bénéficié depuis 1974, année de célébration du septième centenaire de sa mort. Après quoi, dans une seconde partie, il donne les « Orientations » dans lesquelles s’engagent aujourd’hui les études thomistes, insistant davantage sur la production théologique plutôt que sur la production philosophique, étant donné l’abondance et la complexité de cette dernière, tenant compte pour cela des productions américaines (Etats-Unis) et allemandes autant que des productions francophones.

Théologie sacramentaire. Bilan d’une double décennie

Le but de la présente étude est d’établir un bilan aussi complet que possible des grandes lignes de la recherche des vingt dernières années en théologie sacramentaire. Pour cela, l’auteur commence par une analyse sélective des communications données au Colloque des RSR qui s’est tenu à Chantilly du 28 au 30 juin 1986 afin de déceler les courants majeurs qui se retrouvent par la suite dans les travaux de recherche théologique postérieurs à cette époque. Dans une deuxième partie, il retrace le fruit des travaux recensés entre 1987 et 2001 dans les bulletins critiques des RSR, ce qui, soit dit en passant, justifie que l’ensemble de ce dossier soit dédié à la mémoire de Henri Bourgeois, décédé prématurément en 2001. Un tel itinéraire permet de se faire une idée de tout ce qui a été élaboré sur le sujet par des auteurs, surtout franco-, anglo-, germano- et italophones. En dernier lieu, sont données quelques propositions du point de vue d’un