La pluralité des fonctions dévolues à la pneumatologie en théologie contemporaine

La théologie trinitaire contemporaine a replacé au centre de sa réflexion la personne même de Jésus Christ, comme celui qui nous révèle le Père et nous donne l’Esprit saint. Ce qui peut sembler aujourd’hui comme une évidence est pourtant le fruit d’un travail important qui marque fortement la théologie de la 2nde moitié du XXe siècle. Congar en est un témoin significatif, en particulier dans son essai de penser la place de l’Esprit Saint en christologie. Critique par rapport à la théologie classique du Verbe incarné, sa proposition ne parvient sans doute pas, cependant, à la rendre caduque. Une relecture de Congar montre combien est nécessaire l’articulation des articles de la foi entre eux, spécialement Incarnation, Pneumatologie et Trinité. C’est dans cette articulation que la théologie dogmatique exerce une des formes majeures de sa rationalité.

Genèse du langage trinitaire

Les auteurs chrétiens des premiers siècles ont souligné que la révélation trinitaire était advenue dans l’histoire, et ils ont exprimé la relation entre le Père et le Fils à travers le langage de l’engendrement. Face à certains courants de leur temps, ils ont compris la confession de foi en respectant pleinement l’affirmation de l’unité divine, et sans en venir à une simple juxtaposition ni à une conciliation superficielle entre la révélation trinitaire et l’affirmation d’« un seul Dieu ».

Ubi ergo Trinitas ? (Saint Augustin, De Trinitate IX, II, 2)

Ubi ergo Trinitas, « Où trouver une Trinité ? », tel pourrait être le mot d’ordre d’une heuristique trinitaire qui ne se satisfait pas d’une doctrine trinitaire constituée, n’appelant que quelques révisions à la marge et considérant que les énoncés les plus fermes et les mieux accrédités suffisent à rendre utilisable la doctrine trinitaire dans les champs disciplinaires les plus variés. Ces modèles d’applicabilité ne permettent guère de donner à la théologie trinitaire la force heuristique qui lui revient. De notables et urgentes questions doivent à nouveau interroger les synthèses disponibles et donner ainsi à la théologie trinitaire un champ d’intelligibilité ajusté à la règle de foi, pour qu’elle ne soit pas utilisée sans précautions ni discernement dans des usages qui ne se préoccupent guère de sa genèse, de ses modalités de constitution et d’élaboration. La présente contribution cherche à baliser des voies possibles de renouvellement.

Éditorial 113/1

La Trinité, quoi de neuf ? On pourrait croire les questions de théologie trinitaire résolues, si ce n’est éculées, comme l’avoue un des auteurs de ce numéro, à qui l’on doit l’argumentaire général, Vincent Holzer, et que je veux remercier pour avoir préparé ce dossier. On pourrait craindre de voir s’enfermer la théologie dans sa plus grande abstraction, loin des préoccupations des fidèles et des contemporains. Évidemment, les pages qui suivent ne relèvent pas de la prose ordinaire. Pourtant, comme on le lira en acceptant le travail exigeant des concepts et de leur langue rigoureuse, l’enjeu principal est bien de référer la confession de foi trinitaire à l’expérience des croyants. Or, rôde toujours une certaine forme ou de suspicion ou de commun préjugé que les formulations trinitaires seraient d’abord des emprunts à la pensée néoplatonicienne. Ce dossier défend une tout autre hypothèse, par une approche historique et systématique, qui fait place à la narrativité néo-testamentaire : c’est l’expérience que les croyants font

Bulletin de Théologie des religions (112/4 – 2024)

Ce bulletin de théologie des religions fait la part belle à l’islam : les trois dernières parties (« Islam dans ses fondations », « Islam et politique » et « Travaux sur l’islam ») lui sont consacrées, et il n’est pas absent non plus des autres parties. En effet, depuis plusieurs années, beaucoup de travaux universitaires paraissent sur l’islam. Sans concerner directement les rencontres interreligieuses, ces travaux permettent d’avoir une lecture critique des sources et des débuts de l’islam, ainsi que de la manière dont l’islam s’est développé et vit aujourd’hui. Les théologiens engagés dans les rencontres ne peuvent les ignorer. Ce n’est pas donc par volonté de céder à la mode de l’actualité, mais parce que, de fait, de nombreux ouvrages paraissent sur l’islam et sur les interactions entre chrétiens et musulmans ; on peut y lire un réel intérêt, une certaine inquiétude, ainsi que le désir d’avancer sans se faire piéger par des discours idéologiques. Les études théologiques proprement dites ne sont pas absentes de ce bulletin, notamment

Pensée critique des sources islamiques en contexte chrétien

La critique des sources islamiques est un des sujets majeurs qui suscite l’intérêt d’acteurs chrétiens impliqués dans le domaine de l’islamologie ou du dialogue islamo-chrétien. L’analyse se focalise sur l’écho que se fait une revue dominicaine, le MIDÉO, basée au Caire. Quelles sont les thématiques abordées depuis dix ans ? Que donnent-elles à comprendre de ce que l’on pourrait définir comme étant un contexte chrétien dans la réception de la pensée critique des sources islamiques ? Dans cet article, deux types d’analyse sont proposés, l’un diachronique en passant en vue les principales thématiques abordées concernant les textes sources, l’autre synchronique en repérant les méthodes utilisées et les principaux éléments à retenir.

Les jeunes musulmans face à l’approche historico-critique : vers une typologie des négociations de sens possibles

Cet article condense les analyses ressorties d’une étude de terrain menée auprès de 32 musulmans bruxellois. L’objectif a consisté à identifier et caractériser les mécanismes qui régissent le niveau d’ouverture potentiel d’un jeune musulman, face à des discours religieux doctrinairement subversifs pour la foi. Plusieurs « types de négociation de sens » ont été mis en évidence. Une discussion sur l’état actuel des intériorisations de sens chez les jeunes musulmans ainsi que des prospectives pour de futures recherches clôturent la contribution.

Razika Adnani : « le féminisme islamique est une imposture intellectuelle et le voile est un vêtement patriarcal islamiste dénué d’un fondement coranique »

L’article présent a pour objet d’étude de l’apport de la philosophe et islamologue Razika Adnani dans son analyse critique sur le féminisme islamique, qualifié d’imposture intellectuelle, et sur la question du voile, assimilé à un vêtement patriarcal islamiste, en tentant de répondre aux questions suivantes : quelle est l’approche méthodologique de la philosophe ? quels sont notamment les postulats de départ du féminisme islamique mis en exergue par l’islamologue ? comment Razika Adnani démontre-t-elle que le voile islamique est une contrainte vestimentaire patriarcale islamiste sans fondement coranique ?

Femmes exégètes du Coran

Si la recherche académique actuelle a tendance à mettre en avant les dynamiques d’aggiornamento, au sein de l’islam, en s’appuyant sur les écrits d’auteurs masculins, il est à noter que celles-ci sont également portées par des femmes. Cela se manifeste, en particulier, dans le champ de l’exégèse et de l’herméneutique coranique. Le présent article vise à souligner la rupture symbolique et historique que représente, de nos jours, la contribution de femmes musulmanes dans le champ de l’exégèse coranique, et cela indépendamment des interprétations qu’elles proposent.

Pérennité de l’apologétique, essor de la critique

Pour répondre à des renouveaux internes comme aux multiples aspects de l’hégémonie culturelle européenne, la théologie musulmane est demeurée principalement apologétique de la fin du XVIIIe siècle jusqu’aux années 1980. C’est alors seulement que des critiques épistémologiques des savoirs religieux et de la théologie en particulier ont commencé à se déployer. Celles des auteurs sunnites égyptiens et celles des auteurs shi’ites iraniens présentent de fortes concordances, en mettent au jour le caractère humain et historique du texte sacré, de manière plus ou moins explicite.