Pensée critique des sources islamiques en contexte chrétien

La critique des sources islamiques est un des sujets majeurs qui suscite l’intérêt d’acteurs chrétiens impliqués dans le domaine de l’islamologie ou du dialogue islamo-chrétien. L’analyse se focalise sur l’écho que se fait une revue dominicaine, le MIDÉO, basée au Caire. Quelles sont les thématiques abordées depuis dix ans ? Que donnent-elles à comprendre de ce que l’on pourrait définir comme étant un contexte chrétien dans la réception de la pensée critique des sources islamiques ? Dans cet article, deux types d’analyse sont proposés, l’un diachronique en passant en vue les principales thématiques abordées concernant les textes sources, l’autre synchronique en repérant les méthodes utilisées et les principaux éléments à retenir.

Les jeunes musulmans face à l’approche historico-critique : vers une typologie des négociations de sens possibles

Cet article condense les analyses ressorties d’une étude de terrain menée auprès de 32 musulmans bruxellois. L’objectif a consisté à identifier et caractériser les mécanismes qui régissent le niveau d’ouverture potentiel d’un jeune musulman, face à des discours religieux doctrinairement subversifs pour la foi. Plusieurs « types de négociation de sens » ont été mis en évidence. Une discussion sur l’état actuel des intériorisations de sens chez les jeunes musulmans ainsi que des prospectives pour de futures recherches clôturent la contribution.

Razika Adnani : « le féminisme islamique est une imposture intellectuelle et le voile est un vêtement patriarcal islamiste dénué d’un fondement coranique »

L’article présent a pour objet d’étude de l’apport de la philosophe et islamologue Razika Adnani dans son analyse critique sur le féminisme islamique, qualifié d’imposture intellectuelle, et sur la question du voile, assimilé à un vêtement patriarcal islamiste, en tentant de répondre aux questions suivantes : quelle est l’approche méthodologique de la philosophe ? quels sont notamment les postulats de départ du féminisme islamique mis en exergue par l’islamologue ? comment Razika Adnani démontre-t-elle que le voile islamique est une contrainte vestimentaire patriarcale islamiste sans fondement coranique ?

Femmes exégètes du Coran

Si la recherche académique actuelle a tendance à mettre en avant les dynamiques d’aggiornamento, au sein de l’islam, en s’appuyant sur les écrits d’auteurs masculins, il est à noter que celles-ci sont également portées par des femmes. Cela se manifeste, en particulier, dans le champ de l’exégèse et de l’herméneutique coranique. Le présent article vise à souligner la rupture symbolique et historique que représente, de nos jours, la contribution de femmes musulmanes dans le champ de l’exégèse coranique, et cela indépendamment des interprétations qu’elles proposent.

Pérennité de l’apologétique, essor de la critique

Pour répondre à des renouveaux internes comme aux multiples aspects de l’hégémonie culturelle européenne, la théologie musulmane est demeurée principalement apologétique de la fin du XVIIIe siècle jusqu’aux années 1980. C’est alors seulement que des critiques épistémologiques des savoirs religieux et de la théologie en particulier ont commencé à se déployer. Celles des auteurs sunnites égyptiens et celles des auteurs shi’ites iraniens présentent de fortes concordances, en mettent au jour le caractère humain et historique du texte sacré, de manière plus ou moins explicite.

Islam et pensée critique en contexte arabe au XXe siècle

Le champ de l’écrit sur l’objet religieux dans le monde arabe est, au long du XXe siècle, le cadre de recherches inédites portées par des hommes de différentes conditions mais dotés d’un capital culturel. Ils défendent le droit à une expression libre. Certains ont suivi un cursus de savant musulman ; tous sont, à un degré ou à un autre, marqués par des questionnements, démarches ou méthodes cristallisés dans l’espace européen. Ils ne constituent pas un mouvement cohérent, à l’inverse de leurs adversaires qui s’appuient sur les institutions traditionnelles des sciences islamiques. La réaction de ces derniers s’étend de la réplique argumentée à la justification de l’application de la peine capitale.

Éditorial 112/4

Il est plutôt rare de trouver dans les RSR des articles consacrés à l’islam ou au Coran pour eux-mêmes. Relire le premier numéro de 1910 donne pourtant à penser que les études islamologiques rejoignaient les préoccupations premières de la revue. Un article, intitulé « Qoran et tradition. Comment fut composée la vie de Mahomet », rédigé par l’islamologue, Henri Lammens, jésuite belge de Beyrouth, soulevait les questions de méthode propres au modernisme. Cette longue étude de plus de vingt pages suivait un article du théologien français jésuite Jules Lebreton, « La foi au Seigneur Jésus dans l’Église naissante », prolégomènes à son maître-livre de la fin des années 1930. Un semblable intérêt le guidait avec d’autres choix : comment écrire une vie de Jésus où l’histoire s’harmoniserait avec les Écritures et la Tradition ? Les RSR n’ont cessé de revenir sur le problème du « Jésus historique », la revue ne pouvant masquer les évolutions, bien sûr des débats, mais encore de ses prises de position, faisant de notre publication un des témoins et un des

L’appartenance du théologien à l’institution

Qu’elle s’exprime au sein d’institutions universitaires sous juridiction ecclésiastique ou dans un jeu relationnel complexe entre pouvoirs facultaires de l’université d’État et pouvoirs ecclésiastiques de nomination et de contrôle, l’appartenance du théologien à l’institution doit être abordée aujourd’hui sur deux terrains différents, intrinsèquement liés entre eux et en tension. L’article entre dans cette configuration par la théologie en s’interrogeant d’abord sur la mutation contemporaine de l’institutionnalité ecclésiale et sa répercussion sur le positionnement institutionnel du théologien et de la théologienne. Abordée en un deuxième temps, leur appartenance à l’institution universitaire, leur pose la question de savoir pour quelles raisons théologiques ils doivent laisser la place à une pluralité de savoirs, parmi eux les sciences sociales, et entrer en apprentissage par rapport à elles. C’est cette double « formalité » ou « appartenance » institutionnelle, difficile à réaliser en raison de la complexité « transdisciplinaire » qui en résulte et de la diversification culturelle et confessionnelle de ses configurations, qui conduira à situer le charisme du théologien et de la

Socialité et historicité de la théologie

Entre fortes aspirations au dialogue avec les sciences sociales et mise à distance, la théologie montre un déficit de prise en compte de sa propre socialité et de son historicité, sans une sociologie et une histoire pragmatiques et pratiques de la construction du savoir théologique. La théologie contemporaine est ainsi exposée tant au risque de l’enfermement dans une forme d’auto-référentialité, qu’au risque contraire de sa dilution dans une extra-référentialité. Le déficit de vrai tournant historique et l’instauration d’un rapport discontinu à l’histoire renforcent ces difficultés. Ici se joue tout l’enjeu de la réflexivité, qui va bien au-delà d’une clarification des modes de fonctionnement de la théologie mais relève aussi des effets ecclésiaux. Pour qu’advienne une théologie réflexive, une démarche proprement historienne, replaçant la socialité de la théologie dans sa variabilité historique, est nécessaire.

Nommer les savoirs du religieux : essai sur les enjeux de dénomination au moment moderniste

Il n’allait pas de soi, en 1910, de placer une revue d’érudition catholique sous le vocable de la « science religieuse ». Cette désignation s’inscrit dans un champ de forces, en tension avec d’autres dénominations possibles, chacune étant porteuse d’une conception des rapports entre théologie et sciences historiques et sociales. Les enjeux de ce réseau de possibles sont étudiés ici, dans le contexte très particulier de la crise moderniste, où se pose de façon aiguë la question de l’assimilation du legs méthodologique du XIXe siècle.