De l’appartenance à l’identité

Cette contribution étudie la conception de l’affiliation religieuse développée par l’institution catholique depuis la Seconde Guerre mondiale. Trois étapes se succèdent : la première, qui caractérise la période préconciliaire, définit l’appartenance à l’Église suivant des critères objectifs liés au baptême et à la pratique – qui permettent d’établir une séparation stricte entre le monde et l’Église. Le second moment, qui trouve son point de cristallisation dans l’événement conciliaire, admet de définir l’identité chrétienne de manière plus poreuse en la soustrayant aux disciplines unitives propres à l’époque antérieure. Depuis la fin du pontificat de Paul VI, la théologie de la communion détermine une voie intermédiaire : si le magistère engage les fidèles à dialoguer avec le monde pluraliste, c’est dans le cadre d’une axiologie attachée à la souveraineté persistante de la morale objective établie par le magistère. La sociologie des religions permet-elle de rendre compte de cette évolution ? La réponse ici proposée est clairement positive. On la voit accompagner les trois moments théologiques : elle

Enjeux du numérique en théologie pastorale et en pédagogie religieuse

Comment le numérique et la promotion de l’image dans notre culture contemporaine modifient-ils non seulement les manières de vivre en Église, mais la manière de penser la foi et sa transmission ? C’est à un véritable bouleversement dans nos manières de penser, de communiquer, de former, de transmettre la foi et d’évangéliser, que le déploiement des technologies du numérique continue de nous conduire. C’est une sorte d’« écosystème digital » qu’elles établissent. La contribution prend en compte sept défis principaux qu’une e-pastorale et une « e-catéchèse holistique » s’emploient à relever à l’ère des « écologies digitales », du fait des modifications de nos rapports aux savoirs, à la vérité, à la temporalité, à l’autorité, à l’expérience spirituelle, à la pédagogie d’initiation et à la communauté. Ce sont des formes de combinaisons hybrides entre propositions pastorales et catéchétiques en présentiel et en ligne que nous sommes poussés à développer, car vu la loi de l’incarnation « synesthétique » au cœur de la foi chrétienne, le tout numérique demeure une illusion.

Que fait le numérique à la recherche patristique ?

Dans le domaine des études patristiques, le tournant numérique a apporté un certain nombre de changements, d’ampleur variable, sans modifier fondamentalement la nature des travaux menés. Sont envisagés successivement la préparation des éditions critiques, l’utilisation des corpus de textes et des répertoires électroniques de citations, puis diverses autres facettes. La question de la gratuité de l’accès aux ressources, ainsi que de la pérennité des ressources numériques concernées, est évoquée de manière transversale.

L’usage du numérique dans la recherche biblique

Les ressources numériques (sites en ligne, logiciels, plates-formes) mettent aujourd’hui à la disposition du chercheur une quantité considérable d’informations. Parallèlement à cette fonction encyclopédique, des procédés assistés par ordinateur permettent d’obtenir des résultats remarquables en ce qui concerne notamment la stylométrie, l’analyse linguistique ou la critique textuelle. L’accent est mis sur la critique textuelle du Nouveau Testament où deux approches concurrentielles s’affrontent à l’heure actuelle. Une comparaison conduit à se poser la question : l’usage du numérique est-il neutre ?

Que font les humanités numériques aux sciences dites humaines ?

Les humanités sont affectées massivement par les nouveaux outils numériques, recueil de données comme traitement algorithmique de ces données. Au-delà des facilités de stockage de textes et de navigation dans des corpus, dans quelle mesure le tournant digital transforme-t-il les humanités ? Dans cet article je m’appuierai sur le constat précédemment dressé dans Les sociétés du profilage (Huneman, 2023) du glissement d’une épistémologie plutôt causale vers une épistémologie purement statisticaliste et prédictive lorsque les données massives opèrent, pour interroger la nature et la nouveauté des humanités dites digitales. À partir d’une description du « data mining » en histoire des sciences je généraliserai la description des humanités numériques comme modélisation décentrante en troisième personne. Dans un dernier temps j’analyserai leur place dans le système des humanités, en insistant sur l’exigence d’une positon critique spécifique impliquant la dimension herméneutique des humanités, pour que le tournant numérique exprime sa puissance de nouveauté plutôt qu’un redoublement stérile ou un remplacement fort biaisé des savoirs existants.

La « colère » de Dieu : quelle signification pour la théologie chrétienne ?

Le thème biblique de la « colère » divine est-il seulement une manière de parler ? Ou dit-il réellement les dispositions de Dieu lui-même face à l’incrédulité ou au péché des êtres humains ? Développé par Lactance au IVe siècle, ce thème a pris une importance centrale chez Luther et Karl Barth. Il est aussi présent chez un théologien catholique comme Balthasar, en réaction contre la sotériologie de Rahner. Plutôt que de prétendre concilier les diverses positions en la matière, il importe de prendre au sérieux la tension même qui se manifeste entre elles, et de revisiter à cette lumière un certain nombre de questions auxquelles la théologie chrétienne se trouve confrontée, telles que la Passion rédemptrice, l’attitude de l’Église envers les pécheurs et la question du jugement eschatologique.

L’impardonnable selon Matthieu : la mise en garde nécessaire à l’événement du pardon

La terminologie du pardon se trouve inégalement répartie parmi les livres du Nouveau Testament. Absent de sa correspondance, le pardon n’est pas une notion nécessaire à Paul pour proclamer l’Évangile. À la suite de l’apôtre, Matthieu pense l’existence humaine à la lumière nouvelle de l’événement de la croix, et réfléchit à ce que pardonner signifie. Il déploie sa réflexion en quatre tableaux (Mt 6,9-15 ; 9,1-8 ; 12,31-32 ; 18,15-35) pour raconter un pardon compris comme événement transformateur et libérateur, et un impardonnable compris comme une mise en garde nécessaire.

Peines et pénitences dans le code de droit canonique : fondements théologiques et pratiques juridiques à la lumière des agressions sexuelles en Église

Le droit pénal dans l’Église est aujourd’hui questionné par la crise des abus sexuels. Une partie de l’opinion publique lui demande de mettre fin au scandale, sans être toujours consciente que plusieurs de ses caractéristiques ne le rendent pas forcément apte à remplir la mission attendue. Depuis 2002, les papes ont pris des mesures drastiques, qui passent par la centralisation, à Rome, au tribunal du Dicastère pour la doctrine de la foi, des poursuites et du jugement des délits les plus graves. Ce système a été à plusieurs reprises amendé dans le sens de la sévérité. Mais est-il efficace, quand on réalise la tension qui apparaît entre un système répressif ancien, et la persistance, voire l’aggravation, des abus sexuels dans certains pays ?

Aspects cliniques de l’irréparable en matière d’agressions sexuelles

Les sévices sexuels ont des conséquences dramatiques dans la vie d’un enfant. Leur prévention du côté des victimes comme des auteurs et la difficile question du pardon passent par une nécessaire compréhension de ces actes et de leurs conséquences, par le respect de la dignité des enfants, par des prises de positions sociétales, politiques, juridiques et ecclésiales sans ambiguïté, par l’éducation des petits dans la famille, à l’école, dans les institutions et la société, par l’existence enfin de systèmes d’accueil et de soins accessibles, de qualité et coordonnés.