Éditorial 111/3

Ce numéro renoue avec la tradition de la revue de publier un recueil de varia à intervalles réguliers. Le lecteur pourra lire deux articles substantiels, l’un de Christoph Theobald, que nous sommes heureux de retrouver comme auteur, l’autre de Benoît Vermander, jésuite français lui aussi, professeur de Sciences religieuses à Shanghai. Christoph Theobald, dans « L’Église au sein de l’histoire messianique de l’humanité », revient sur la nécessité pour le christianisme de reprendre la compréhension de la communion des Églises. Les raisons sont à la fois internes au mouvement de la foi, si nous acceptons de prendre en compte la tâche prophétique du peuple messianique qu’est l’Église. Mais les raisons tiennent aussi au temps que nous vivons, à l’âge de l’anthropocène, non parce qu’il faudrait s’aligner sur une mode écologique, mais précisément parce qu’il est donné à ce même peuple messianique la tâche de lire les signes des temps. L’urgence écologique se double, en quelque sorte, d’une urgence ecclésiologique à penser dans des

Éditorial 111/2

La conversion écologique en question Un constat s’est imposé au dernier colloque des RSR : la créativité, l’intelligence et la pugnacité sont à l’œuvre pour transformer nos modes de vie et nos rapports à la terre, menacée par l’exploitation effrénée que nous en faisons. L’aggravation de la crise écologique est sans précédent, et les oppositions aux changements d’économie et de politique nécessaires pour y faire face sont farouches. Il n’est plus possible aujourd’hui de nier les efforts prodigués pour se lancer sur la voie d’une transition écologique. Pour autant, difficile de se défaire de notre impuissance et des sentiments multiples qu’elle engendre. Serait-il contradictoire de remarquer d’un côté les initiatives, de nature et d’ampleur variées, et d’en rester de l’autre à déplorer l’impuissance des transformations entreprises et le peu d’acteurs engagés, comme si le changement n’opérait qu’à la marge ? Paraît-il bien raisonnable d’évoquer le « sentiment » d’impuissance que suscite l’incapacité effective à renverser des modes de production et de consommation destructeurs, comme si

Éditorial 111/1

Au cœur du salut Perspectives actuelles Avec ce nouveau numéro des Recherches de Science Religieuse, l’ensemble de la rédaction vous présente ses vœux de paix et de joie pour la nouvelle année. Ce n’est pas rien que de se souhaiter le meilleur tant il est évident que nous sommes hantés par le mal, quand ce n’est pas le pire. L’année 2022 a connu son lot de pesanteurs et de violences, et certaines enjamberont l’an nouveau, nous le savons. Présenter ces vœux dans un tel contexte, ce n’est pas seulement céder à une coutume d’amabilité, c’est croire qu’il y a toujours du bien à accueillir, des promesses à tenir, des lueurs à discerner. Prendre le temps de se saluer, c’est déjà reconnaître le bienfait qu’il y a à se retrouver. Les vœux portent en outre l’espérance de biens à venir qui passeront par ce que nous pouvons nous offrir et ce qui pourra survenir de ce que nous avons prévu mais

Éditorial 110/4

Nous avions fini par croire que nous vivions dans un monde sécurisé par l’organisation que nous lui avons donnée et la connaissance que nous en avons acquise. Le monde efficace et productif, qui assure, à certains seulement, paix, prospérité et santé, nous entretient dans l’illusion que l’ensemble de notre existence dépendrait de cet ordonnancement. La COVID-19 a ébranlé notre horizon de certitudes et fait éprouver notre fragilité, à certains plus qu’à d’autres, une fois encore. Nos existences individuelles et collectives sont plongées dans l’incertitude. La pandémie est venue nous redire la vulnérabilité de notre condition et le tragique qui parfois s’en empare. On ne dira pas « rien de nouveau », car la mondialisation de l’épidémie et de ses conséquences économiques, sanitaires et psychosociales, sont bien les symptômes du refoulé de notre situation contemporaine. Nous avons produit une planète interconnectée, aux échanges sans limites, fruits d’une économie dévorante et d’une prétendue rationalisation de toutes nos activités, appuyée sur le développement effréné des techniques

Éditorial 110/3

Se convertit-on à l’écologie ? La nécessité d’une transformation de nos modes de vie s’impose. L’urgence s’en fait sentir au rythme des sécheresses meurtrières et de l’extinction en masse des espèces animales et végétales, présages de sombres pertes humaines à venir. La pandémie du COVID a sonné une fois encore l’alarme, mais frappant familles et pays à l’échelle mondiale. En 2015, l’encyclique du Pape empruntait au Cantique de François d’Assise ses premiers mots : « Laudato si’ », Loué sois-tu Seigneur. De la détresse à la louange, voilà un retournement propre à la dynamique des psaumes dans lequel s’exprime la foi chrétienne ! En rien François ne minimise pourtant la violence faite à la terre et aux pauvres qui, les premiers, endurent les conséquences des changements environnementaux. Voir l’étendue de la souffrance sans la restreindre à celle du genre humain, est-ce là la clé pour nous reconduire à découvrir la puissance du Créateur et espérer de Lui qu’il se manifeste en sauvant non pas l’humanité seule,

Éditorial 110/2

Immédiateté de Dieu Il n’est sans doute pas de questions de théologie spéculative qui ne reconduisent pourtant au plus ordinaire de la relation du croyant à Dieu. L’immédiateté de Dieu introduit au Mystère même de la Trinité sans nous faire quitter les enjeux les plus actuels de la vie du monde. L’expérience croyante d’aujourd’hui se déclare souvent en accès direct avec Dieu : dans la chaleur d’une communauté, le cœur à cœur de la méditation, à la portée d’un clic. Foin des lourdes complexités théologiques ! haro sur l’institution, dont les dérives ne sont qu’une preuve supplémentaire qu’elle n’est en rien médiation vers Dieu ! L’Église, ou les Églises sont elles-mêmes hantées par des manières d’annoncer l’Évangile qui mettent en contact direct avec Dieu, le manifestant comme guérisseur, s’emparant de prédicateurs, témoins d’être plus que tout sous la motion de l’Esprit, de véritables relais transparents de la présence de Dieu. On pourrait certes avec Yves Congar, il y a déjà près de quarante

Éditorial 110/1

L’œuvre de Joseph Moingt : l’actualité de l’acte de croire Consacrer un numéro entier des Recherches de Science Religieuse à la pensée de Joseph Moingt s’est imposé dès le lendemain de sa mort à l’été 2020. Il ne s’agissait pas de lui rendre hommage, dette dont Joseph Doré et Christoph Theobald s’étaient acquittés en réunissant le volume Penser la foi, recherches en théologie aujourd’hui (1993), qui marquait une étape importante dans la réception de la pensée de Moingt. Mais qui aurait pu prévoir que le théologien, âgé alors de 88 ans, portait en gestation son opus magnum ? La longévité exceptionnelle de son activité théologique suscite à elle seule l’étonnement ; on aurait pu s’attendre à ce que L’homme qui venait de Dieu (1993) y mît un terme, mais l’intérêt de ses ouvrages parus depuis 1993 est des plus marquants. Avec le millier de pages de la trilogie Dieu qui vient à l’homme, qui s’acheva en 2006, rien n’était encore conclu. Les deux volumes

Éditorial 109/4

Historiographie du catholicisme européen contemporain   Écrire l’histoire du catholicisme contemporain en Europe relève d’un « métier », si l’on veut reprendre ce terme à Marc Bloch et à son essai, Apologie pour l’histoire ou le métier d’historien, édité à titre posthume par Lucien Febvre en 1949. Placer ce numéro sous les auspices de ces deux maîtres, dans lesquels la profession se reconnaît encore en France, malgré tous les débats et les évolutions que la discipline historique a connues depuis, c’est délibérément inviter les théologiens à accepter de faire un détour. Comment en théologiens se rapporter à l’histoire, et en particulier à l’histoire du contemporain ? L’expression pourrait sembler contradictoire à moins qu’elle ne risque d’enfermer le théologien dans le piège de ne considérer les problèmes auxquels il s’affronte qu’à partir de son présent, le plus souvent aujourd’hui hanté par l’inquiétude d’un avenir incertain.

Introduction au numéro 109/3

(Paris, 6 – 8 janvier 2021) Aujourd’hui la fécondité de la pensée de Karl Rahner n’est plus à démontrer. Nombreux sont ses interprètes et quasi innombrables les travaux de celles et ceux qui se sont inspirés de sa théologie pour penser leur propre pratique dans l’Église et la société ou ont poursuivi son travail de manière créative, voire l’ont infléchi sur tel ou tel point débattu. L’achèvement des trente-deux volumes de l’édition critique allemande en 2018 (Sämtliche Werke, Herder) relancera sans doute ce processus de réception mondiale sur la base d’une documentation désormais bien plus étendue et rendue parfaitement accessible grâce aux registres et une banque de données, établis par Albert Raffelt. En francophonie, les huit volumes déjà parus de l’Édition critique autorisée (Éditions du Cerf) permettent de se faire une image plus précise de la pensée de ce grand classique du XXe siècle, souvent caricaturée ou réduite au seul Traité fondamental de la foi.

Éditorial 109/2

Ministère épiscopal et ministère presbytéral La crise des ministères pastoraux dans l’Église catholique en Europe, telle qu’elle a été décrite et analysée dans le premier numéro de ce dossier (RSR 109/1 [Janvier-Mars 2021], suscite et nécessite – comme toute crise – des considérations historiques sur son « avant » et, si possible, sur un « après ». La théologie ne peut donc aborder la situation actuelle et l’avenir des ministères sans recourir aux travaux des historiens, voire se faire elle-même histoire critique des configurations successives de la ministérialité ecclésiale au sein d’une longue tradition pluriforme. Ainsi doit-elle débusquer des légitimations idéologiques sans fondement, détecter des compromis et des « bricolages », expliciter les liens entre des discours doctrinaux tenus pour pérennes et des réalités sociales dépassées qui les sous-tendent ; tout cela pour chercher positivement ce qui est « normatif », toujours intrinsèquement lié à un contexte et donc relevant d’une herméneutique, et pour libérer ainsi la créativité pastorale.