Éditorial (103/4)

Comme de coutume, les RSR publient tous les deux ans un numéro de Varia, afin d’accueillir quelques-uns des articles envoyés à la Rédaction, soit par de jeunes chercheurs, soit pour approche d’une question d’actualité. Ainsi notre Conseil de rédaction s’était-il interrogé en janvier dernier, après les attentats de Paris, sur les nombreuses pages des Écrits fondateurs du judaïsme, du christianisme et de l’islam où la violence s’étale, que celle-ci soit le fait des croyants ou de Dieu Lui-même : épisodes violents, appels à la violence ou oracles la justifiant, prières de vengeance ou d’exécration, décrets d’exclusion ou anathèmes, etc. Les événements récents ne donnent que plus d’urgence à cette interrogation. Les religions qui se réclament de ces écrits sont tôt ou tard confrontées à la question de savoir que faire de ces pages qu’elles ne peuvent évacuer purement et simplement en raison de leur reconnaissance « canonique ». À côté de lectures littéralistes, souvent fondamentalistes, générant ou appuyant des comportements fanatiques individuels ou collectifs,

Éditorial (103/3)

Lors de sa promulgation, le 28 octobre 1965, la Déclaration Nostra aetate fût saluée par la plupart des observateurs comme un des textes les plus novateurs du Concile. En traitant des rapports de l’Église avec toutes les religions non chrétiennes, son numéro 4, noyau initial et central du texte, inaugurait une des grandes révolutions du XXe siècle : la mutation des relations entre juifs et chrétiens. Après avoir traité en 2012 des débats herméneutiques et en 2013 de la Liturgie, et au moment où s’achève l’année du Cinquantenaire du concile Vatican II (1962-1965), il convenait que les Recherches reviennent sur ce court passage de la Déclaration, qui a véritablement fait événement.

Éditorial (103/2)

Après avoir traité des « prophètes postérieurs » et de la composition de l’Ancien Testament, les RSR poursuivent leur exploration aux limites de l’histoire et de la théologie en abordant à nouveau les origines chrétiennes. Comme l’éditorial du dernier numéro de 2013 l’annonçait, un premier numéro de ce dossier avait pour but d’établir un status quaestionis, principalement historique, réservant à un second numéro la tâche d’expliciter les questions qu’une recherche historique renouvelée pose à une « théologie des origines chrétiennes ». S’il est encore trop tôt pour élaborer une telle théologie, il est au moins possible d’en énumérer quelques points cardinaux et de prendre acte des « reconsidérations », voire des « corrections », également oecuméniques, de certains schèmes directeurs classiques (y compris du concile Vatican II). Il y a là nécessité du fait de l’état actuel de la recherche. Dans la théologie et l’apologétique modernes, les conflits entre recherche historique et théologie fondamentale se sont cristallisés autour du concept d’« apostolicité ». Pareil concept intervient sur trois niveaux : (1) dans la détermination de

Éditorial (103/1)

Parmi les moments significatifs de cette année figure le cinquantième anniversaire du concile Vatican II avec des épisodes aussi décisifs que la Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, et celle, non moins déterminante, sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes Nostra aetate. Parmi ces religions, c’est avec le judaïsme que, dès son origine, la tradition chrétienne entretient un rapport absolument unique et, ô combien, problématique. Or, toute la figure du christianisme, par son enracinement dans un libre acte de foi et dans un jeu sociétal et religieux complexe, est concernée par cette « reconsidération » théologico-politique qui désormais fait date. Certes, rendue possible par une véritable conversion conciliaire, provoquée par tant de rencontres bi- et multilatérales avec des acteurs de nos sociétés modernes et des membres et représentants d’autres religions, une telle « reconsidération » a été préparée de longue date et poursuivie par des recherches historiques et bibliques qui ont profondément transformé l’image que nous nous faisons aujourd’hui des origines chrétiennes.

Éditorial (102/4)

Avec cette livraison, les Recherches de Science Religieuse poursuivent le débat engagé dans le premier numéro de 2010 sous le titre, quelque peu énigmatique sans doute, Philosopher en théologie (RSR 98/1, 6-100) ; à quoi il faudrait joindre les « Quelques remarques sur quelques remarques » de Jean-Luc Marion en 2011 (RSR 99/4, 489-498). Dans ce dossier, rappelons-le, il s’agissait avant tout de rendre compte de l’effort philosophique au sein même de la théologie, effort qui s’est imposé à celle-ci en raison de la disparition d’une philosophia perennis, unique et achevée, en faveur d’un pluralisme indépassable de philosophies et visions du monde. Plus radicalement encore, cet effort avait été nécessité par la critique heideggérienne du destin onto-théologique de la métaphysique occidentale. Progressivement un clivage s’était alors installé en théologie, certains optant, dans la ligne de Heidegger et de Gadamer, pour une pensée herméneutique, tandis que d’autres s’inscrivaient dans « le tournant théologique de la phénoménologie », recevant le « donné » de la Révélation « tel qu’il se donne ». Consulter l’ensemble du

Éditorial (79/4)

Le champ des sciences religieuses et théologiques que la Revue a vocation à couvrir est si vaste qu’elle ne fait que de rares incursions dans le domaine, lui aussi considérable, de la spiritualité, de son histoire et de sa théologie. Aucun de nos lecteurs ne s’étonnera cependant qu’une revue de la Compagnie de Jésus ne tienne à célébrer son fondateur et son acte de fondation, le 450e anniversaire de la naissance d’Ignace de Loyola, associé au 400e anniversaire de l’approbation romaine de la Compagnie. Les nombreuses publications, réunions académiques et manifestations publiques qui ont salué ce double événement en beaucoup de pays au cours de l’année 1991 attestent la place encore occupée par les fondations ignatiennes dans la culture de notre vieille Europe, elle-même à la veille d’une nouvelle étape capitale de son histoire. Mais l’évocation du passé ne nous détournera pas du présent, car nous chercherons plutôt à les éclairer et féconder l’un par l’autre, soumettant la pensée d’Ignace