Nos traditions théologiques revisitées pour faire face au défi écologique

 « Elle passe, la figure de ce monde ». C’est ainsi que l’apôtre Paul mettait en garde il y a deux millénaires. Le présent exposé examinera, parmi les sources de la tradition, celles qui, au lieu de déplorer une stabilité perdue, considèrent plutôt le cycle de genesis et de phthora, de venue à l’existence et de disparition, comme le processus par lequel Dieu amène l’ensemble de la création au résultat final prévu dès le commencement. Nous allons voir qu’il faut pour cela prendre au sérieux la proclamation de l’Évangile selon lequel la vie advient par la mort, un don qui, à son tour, libère la création afin qu’elle fleurisse d’une manière que nous ne pouvons même pas imaginer.

Écologie intégrale, comment la crise écologique conduit à des transformations de la pratique de la théologie

La question théologique sur l’écologie surgit en France en 1962 avec la thèse de Gérard Siegwalt en milieu protestant. Elle devient plus brûlante aux États-Unis en 1967 avec les premières réponses adressées aux critiques de Lynn White Jr dans son article sur les causes historiques de la crise écologique. Alors que la question écologique est introduite plus tard en milieu catholique par la médiation de la doctrine sociale de l’Église et donc sous l’angle de la théologie morale, il se passe plusieurs mouvements en théologie chrétienne qui invitent à penser les modalités des relations possibles entre théologie et écologie sous la forme d’une théologie de l’écologie ou écothéologie. Dans le contexte de l’écologie intégrale et de l’annonce de la Bonne nouvelle de la création selon l’encyclique Laudato si’, les critiques de White appellent notamment à remettre sur le métier la production des représentations de la nature fournies par le discours théologique sur la création issue de la Révélation. Or ces

L’ekphrasis salutaire

Le Moyen Âge a-t-il manifesté une espérance de Salut pour le Cosmos ? Notre monde n’étant pas d’abord un objet d’étude ou de délibération, mais l’écosystème de la pensée et de l’expression humaines, nous chercherons à montrer comment la matière épaisse et chaotique d’une Création aspirant au Salut a pu être le support d’un langage théologique surgi en amont des langages plus spéculatifs qui tinrent cette matière à distance. En nous appuyant sur le concept d’ekphrasis, nous tâcherons de montrer qu’au XIIe siècle les visions ont été, par leur matériau et leur forme cosmiques, d’authentiques discours sotériologiques aux dimensions de la Création. Ces visions dressées dans l’histoire restent pour le théologien une invitation à se réapproprier la capacité exploratoire de la poétique.

Sur une nette inversion du schème de la fin des temps

En partant de l’encyclique Laudato si’, la contribution retrace l’originalité de la proposition du pape François. L’irruption de l’Anthropocène comme définition nouvelle de la géo-histoire a pour effet imprévu de modifier la répartition des figures de l’espace et de temps qui ont servi à recueillir la prédication évangélique dans les époques précédentes. L’Anthropocène oblige à reprendre par de nouvelles figures de l’espace et du temps, le schème de la fin du temps, renouvelant ainsi les expressions traditionnelles de l’apocalypse : c’est désormais l’immanence et non plus la transcendance qui devient la figure centrale. La question se pose de savoir si les rituels peuvent se nourrir de cette inversion pour renouveler la prédication.

Écologie, création, modernité. Une lecture philosophique de la crise écologique

Trois types de rapports à la nature sont d’abord distingués qui conduisent à la question : une deep ecology moderne est-elle pensable ? Les neurosciences contemporaines montrent ensuite qu’une naturalisation de la conscience ne conduit pas nécessairement à une dissolution de l’humain dans l’animalité. Sur cette base, une deep ecology est proposée compatible avec le primat de la subjectivité moderne. Le concept bergsonien de création intégré dans la philosophie du procès de Whitehead renforce une telle position.

L’âge de l’anthropocène, un kaïros pour la théologie de la création ?

La notion d’« anthropocène » s’est imposée pour rendre compte de la situation inédite dans laquelle se trouve l’humanité. L’impact des activités humaines sur la détérioration des conditions de vie, et peut-être même de survie, sur la planète, nous invite à relire à nouveaux frais les textes bibliques de Création et de Recréation. Une éthique théologique nouvelle se dessine, qui conjugue lucidité, non-puissance et espérance en Christ.

Un tournant cosmologique dans la théologie de la création

Le terme d’« anthropocène », proposé par le chimiste néerlandais Paul Jozef Crutzen dans un billet de la revue Nature du 3 janvier 2002, signifie que l’humanité est devenue une force géologique à part entière et qu’en tant que telle, son activité entre en interdépendance avec le reste du vivant et de la nature. Cette nouvelle donnée nous fait entrer dans un temps irréversible et non-prédictible. Entre utopie techniciste et catastrophisme, sans doute y a-t-il à rechercher une attitude de sagesse qui tente de tracer sa route sans arrogance ni désespérance. La tradition chrétienne pourrait-elle y aider ?