« L’Église, de Abel jusqu’au dernier élu ». Problématique

Puisque l’Église est sacrement universel du salut, la vision conciliaire est doublement interrogée sur cette prétention à pouvoir désigner la vocation du monde et l’unité du genre humain ainsi que sur la pertinence de l’Église en tant qu’institution de salut. Que signifie ce salut dans une société qui s’est émancipée des contraintes de la question du sens ? Quelle nécessité d’une forme de vie ecclésiale de la foi, celle d’une Église ? Quel statut des non chrétiens au regard de l’offre du salut de Dieu à tous ? Cette triple problématique découle d’un ample état des lieux posé à partir de la question centrale : le christianisme survivra-t-il à la modernité ? Partant de l’origine du christianisme, tissée de diversité, la théologie doit continuer à chercher, notamment à partir des formes que revêt la communion, la manière dont le Règne de Dieu vient à travers l’Église. C’est tout l’enjeu de sa crédibilité et de la pertinence du christianisme en post-modernité.

Reprise conclusive :« Pourquoi l’Église ? La dimension ecclésiale de la foi dans l’horizon du salut »

Comment tenter de ressaisir l’itinéraire du Colloque ? En commençant par une relecture de la problématique initiale puis en réfléchissant sur la manière dont a été pensé le traitement de cette problématique, successivement dans le numéro préparatoire des Recherches de Science Religieuse, au travers des quatre articles sollicités, et dans l’architecture du colloque luimême. Enfin, en reprenant certaines questions doctrinales et théologiques qui ont bénéficié d’une exploration renouvelée, et appellent encore des approfondissements au-delà de notre session afin que la finalité de l’Église continue de concerner l’ensemble de l’humanité.

Pourquoi l’Église ?

Avoir recours au terme « sacrement », pour parler de l’Église comme le fit Vatican II, permet d’aborder certaines questions posées par son utilisation, révélatrices de problématiques disputées en ecclésiologie. En quoi ce terme permet-il d’honorer le rapport de l’Église au monde : parler de l’Église sacrement, et même de sacrement du Royaume, n’invite-t-il pas à envisager d’une certaine façon « décentrée » les relations entre Église et monde ? La perspective sacramentelle peut dire quelque chose du « seul but » de l’Église et c’est cette perspective sacramentelle elle-même qui invite, voire oblige, au dialogue, c’est-à-dire à considérer non seulement ce que l’Église peut donner au monde, mais ce qu’elle doit en recevoir.

À « l’âge du renoncement », comment la paroisse peut-elle faire émerger l’Église ?

La crise de la paroisse est le reflet emblématique de la « crise » qui affecte le champ ecclésial dans son intégralité. C’est bel et bien en paroisse que l’on touche très concrètement du doigt les bouleversements qui traversent le catholicisme en Occident. Ce qui est en jeu dans la « crise » de la paroisse, c’est d’une part la représentation que l’on se fait de la présence de l’Église catholique dans nos pays et d’autre part, l’image que l’on se fait de ses rapports avec la société et la culture ambiante. Ce double enjeu est capital. Il y va de la crédibilité de l’Église et… de la foi chrétienne. Mais, l’institution paroissiale ne pourrait-elle pas être un atout pour l’Évangile et son oeuvre d’humanisation ?

Pourquoi l’Église dans la Ville ?

L’Église est née dans les villes de l’antiquité. Elle mit bien du temps à pénétrer le milieu rural et ce qui était un obstacle à l’évangélisation devint plus tard un avantage, participant au maintien de la religion chrétienne. L’histoire montre que la question urbaine interroge l’Église sur la placequ’elle doit avoir dans cette société urbaine afin de pouvoir y remplir sa mission. En ces temps où le besoin se fait clairement sentir d’un nouvel élan missionnaire, l’événement urbain lui-même doit être lu comme signe des temps, étape de l’humanité dans l’Économie divine du salut.

La dimension ecclésiale de la foi aujourd’hui

La dimension « ecclésiale » de la foi catholique ne parvient pas à s’inscrire dans l’état présent de la culture postmoderne sous une forme communautaire crédible. Si nous vivons le temps d’une « exculturation du catholicisme » cela peut se dire « Nous n’avons pas l’Église qu’il nous faut ». On pourra aussi dire « L’Église doit changer pour faire face au tournant civilisationnel dans lequel elle se trouve prise avec l’ensemble de l’humanité ». N’est-ce pas faute de trouver son point d’application dans la vie sociale de nos contemporains, que notre catholicisme se trouve en quelque sorte « flottant » ?

La diffusion du christianisme aux Ier – IIIe siècles

L’histoire des réseaux, champ de recherche récent, apparaît opérante pour étudier la christianisation du fait de l’importance du phénomène associatif dans l’Antiquité. L’approche croisée des textes chrétiens et de la documentation extérieure (textes, inscriptions, papyrus, archéologie) met en évidence le rayonnement de pôles vers la périphérie. La mission apostolique a utilisé des réseaux préexistants d’hospitalité et de clientèle, mais se sont mis rapidement en place des réseaux spécifiquement chrétiens – hospitaliers, financiers, épistolaires – sur lesquels s’est construite l’unité de l’Église. Les évêques ont été des hommes de réseaux et ont fini par construire un réseau épiscopal. Cette évangélisation en interaction avec la société profane a créé une dynamique identitaire en obligeant les Églises à construire leurs marges.

Modes de vie et figures de l’existence chrétienne de la fin du Ier siècle au début du IIIe siècle

Diverses voies aident sans nul doute à saisir comment l’identité chrétienne a été comprise dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, mais elles ne sauraient dispenser d’une attention aux manières de vivre qui furent celles des chrétiens, ainsi qu’aux prises de position dont celles-ci firent l’objet durant la période ici considérée. Après avoir rappelé comment les auteurs païens se représentaient les comportements des chrétiens, l’article montre comment ceux-ci ont pu affirmer une exigence de radicale conversion tout en revendiquant une authentique présence aux cités de leur temps et à partir de là, comment s’éclairent les deux formes de vie que sont le mariage et le célibat pour le Royaume.

Église et Églises : réflexion sur les questions d’autorité dans les communautés chrétiennes au IIe siècle

La conviction d’appartenir à une Église unique, catholique puisque universelle, contribua à forger l’identité chrétienne de petites communautés dispersées, en butte à l’incompréhension de leurs contemporains, mais ne put se dissocier de la revendication, au coeur de ces mêmes communautés, d’un attachement à l’identité locale. Comme l’Empire, dont elle adopte en grande part les structures, l’Église tire sa force de son enracinement dans la cité. En conséquence, le nom de chrétien fut, tout au long du IIe siècle, revendiqué par des individus issus de communautés dont les pratiques liturgiques, la structure de leur clergé, voire leurs textes canoniques et leur profession de foi les distinguaient – ou les opposaient. L’histoire de l’Église au II e siècle est l’histoire de cette expansion du christianisme, de la multiplication de ces communautés, et de la construction d’une identité commune.

À propos de l’émergence de la « Grande Église » : quelques notations introductives

Pour l’historien contemporain il existe un contraste singulier entre l’impression de buissonnement impétueux que donnent encore les sources chrétiennes des premières décennies du IIe siècle et celle de relative structuration que paraissent laisser entrevoir celles des débuts du IIIe siècle. Retracer le processus de formation de la « Grande Église » est une entreprise fort difficile, dûe à un filtrage de la transmission des sources des premiers siècles de l’histoire du christianisme, dont Eusèbe de Césarée fut l’un des artisans majeurs. Depuis la Réforme, un dialogue critique s’est instauré, faisant grandir l’intérêt des historiens du christianisme antique pour les courants jugés minoritaires à l’heure de l’épanouissement de la « Grande Église ». Le paradigme eusébien est-il dès lors en voie d’exténuation ?