Le dialogue luthéro-catholique sur l’eucharistie et la question de la communion eucharistique

Face aux multiples controverses relatives à l’eucharistie, l’article propose d’en revenir tout d’abord à celle qui prévalait aux débuts, au XVIe siècle, avec la prise de position de Martin Luther et la réaction du concile de Trente, en y abordant notamment la question de la présence réelle du Christ dans l’eucharistie et la notion de sacrifice. Il présente ensuite les divers dialogues œcuméniques et les progrès qu’ils ont apportés, en particulier le document « Le Repas du Seigneur » et les études du groupe de travail œcuménique allemand de théologiens protestants et catholiques « Le sacrifice de Jésus-Christ et sa présence dans l’Église », ainsi que « Les anathèmes du XVIe siècle sont-ils encore actuels ? Il décrit enfin des propositions récentes, suggérant d’avancer encore plus dans la ligne d’un document élaboré par trois instituts de recherches œcuméniques, intitulé «Le partage eucharistique entre les Églises est possible : Thèses sur l’hospitalité eucharistique».

La substitution pénale. De Luther à Bossuet

Le hasard n’est pas étranger au constat d’un recours de Luther et de Bossuet à des références scripturaires sensiblement identiques, en particulier Ga 3, 13, pour justifier et illustrer l’universalité et la variété des péchés endossés par le Christ chargé de les expier, à titre de substitut pénal. Mais alors que Luther lie cette thèse à celle de la justification par la foi et voit dans le Christ le lieu d’un combat entre son innocence victorieuse et le péché assumé, Bossuet, prédicateur, se plaît à charger le Christ des souffrances les plus atroces par lesquelles le Père se venge de nos fautes assumées par lui. Quel crédit accorder au thème de la substitution pénale ? Il appelle bien des réserves à adapter à chacun de ces deux modèles. Serait-il à ranger dans le domaine des dérives d’une certaine théologie périmée ? Le renouveau qu’il a connu, parrainé par des théologiens contemporains de renom, ne lève pas son ambiguïté : le Christ ayant agi à notre place, serions-nous dispensés de coopérer ?

Luther et la théologie luthérienne dans le mouvement oecuménique

Luther et la théologie luthérienne sont deux choses bien distinctes, et doivent l’être plus encore dans un âge oecuménique. Les simplifications du confessionnalisme ont laissé la place à un travail de reconstruction critique, à la fois entre Églises luthériennes séparées par des divisions, entre Églises de la Réforme, ou dans le cadre du dialogue luthérien-catholique. De remarquables acquis méthodiques ainsi que thématiques ont été atteints, ouvrant la voie à des communions ecclésiales. Comment faut-il aborder les points d’achoppement qui demeurent ?

Luther d’après les recherches récentes

Université de Strasbourg Luther a repris les dogmes de l’Église ancienne et s’est inspiré des Pères de l’Église ancienne ainsi que des écrits de la mystique rhénane et de la théologie de la piété du XVe siècle, tout en les jugeant à l’aune de l’Écriture sainte qui est, pour lui, l’autorité principale. Dans ses premiers cours, il souligne que la justice de Dieu annoncée par l’Évangile est une justice miséricordieuse. C’est de cette justice que le croyant, malgré son péché, peut vivre. En 1517 ses 95 thèses critiquent la pratique des indulgences. Il qualifie le pape d’Antichrist et en appelle au concile et aux autorités temporelles de l’Empire. Il n’admet plus que deux sacrements, proclame le sacerdoce universel de tous les chrétiens et se résout à la mise en place d’Églises évangéliques distinctes de l’Église romaine, desservies par des pasteurs mariés et célébrant le culte dans la langue du peuple. L’article présente la démarche et les affirmations théologiques de Luther,