La pensée franciscaine médiévale. Un seuil majeur de la modernité ?

Cette étude examine l’émergence de la voie moderne à partir de la pensée médiévale qui élabore une nouvelle conception de la rationalité comme liberté (dans la lignée scotiste) et une nouvelle optique touchant les relations entre l’être et le langage (dans la lignée du terminisme occamiste). Non seulement la volonté libre serait rationnelle, mais plus rationnelle que l’activité intellectuelle qui reste trop fascinée par le modèle de la nécessité ou par le destin naturel. Ce qui suscite une forme d’effroi chez certains esprits conservateurs, et plus encore une tentation d’y porter remède, car ils veulent y voir l’origine du subjectivisme ruineux non seulement pour la portée du discours théologique, mais pour la morale, le droit et la vie sociale et ecclésiale, voire la liturgie.

Les chrétiens d’Occident face aux juifs et aux musulmans au Moyen Âge. XIe-XVe siècles

À mesure que la chrétienté occidentale prit conscience de son unité qui reposait fondamentalement sur l’appartenance à l’Église romaine et à la culture latine, elle eut tendance à considérer avec une méfiance croissante ceux qui ne partageaient pas ses croyances et qui utilisaient pour leurs cultes des langues incompréhensibles pour elle comme l’hébreu et l’arabe. Mais, parmi ces derniers, il convient de distinguer entre les minorités religieuses qui vivaient au sein du monde chrétien et les peuples du dehors. Dans le premier cas, il s’agissait essentiellement des juifs, qui bénéficiaient d’un statut particulier ; dans le second, des musulmans et des païens qui constituaient une menace pour l’Occident. De multiples contacts cependant eurent lieu au cours de ces cinq siècles, non sans soubresauts, contresens et polémiques.

L’intérêt du théologien pour le Moyen Âge

Ce qui valait pour la génération de H. de Lubac, Y. Congar ou M.-D. Chenu vaut encore de nos jours : la théologie contemporaine a besoin du Moyen Âge. Non pas comme d’une période dont on prétendrait reproduire telles quelles toutes les orientations ecclésiales ou doctrinales, ni dont le souvenir aurait simplement fonction de justifier, en creux, de nouvelles orientations pour notre propre temps. La théologie a besoin du Moyen Âge pour poursuivre aujourd’hui même son chemin – de tout le Moyen Âge, une époque beaucoup plus vaste et complexe que ce que laissent entendre les représentations habituelles de la chrétienté.