Les sacrements et l’Église-sacrement

Les écrits de Rahner sur les sacrements et sur l’Église témoignent d’une attention aiguë aux questions pastorales de son temps. À travers les réponses données à celles-ci, ils reflètent surtout quelques orientations essentielles que l’article s’efforce de mettre en évidence. Parmi les thèmes centraux figure celui de l’Église comme sacrement. Les objections que ce thème a suscitées sont à entendre, mais ne doivent pas empêcher de retrouver, en amont des débats sur la sacramentalité de l’Église, les vues profondes de Rahner sur la Parole sacramentelle et sur le symbolisme sacramentel. Sans doute est-ce à cette condition que l’on peut au mieux éprouver la puissance d’inspiration dont la théologie rahnérienne est porteuse à propos de l’Église et des sacrements – une théologie qui est à comprendre avant tout comme une théologie de la grâce et de son incarnation dans l’histoire du monde.

Un développement spirituel vers une nouvelle naissance à tout âge

Il n’y a pas d’âge pour la catéchèse et les sacrements ! Le brouillage sociologique des âges de la vie provoque la pratique ecclésiale à mobiliser des ressources pastorales et catéchétiques pour accompagner la croissance intérieure vers l’engendrement de l’homme nouveau. Le modèle du catéchuménat, avec ses seuils individuels et communautaires et sa pédagogie d’initiation intergénérationnelle, peut s’appliquer aux différents moments de la maturité de l’existence et permettre à chacun(e), selon une catéchèse de cheminement, de trouver son identité humaine et spirituelle (son « ipséité », dirait P. Ricœur).

Statut et place de l’Église en compréhension interne et face à la société

Il est aujourd’hui requis de revisiter la question du statut et de la fonction de l’Église et de réfléchir au rapport noué entre le monde et elle, rapport horizontal et qui ne peut se penser hors de l’institutionnel. Le motif de la sacramentalité de l’Église, apporté par la constitution Lumen gentium a ouvert des perspectives qu’il faut interroger. Les débats entre les rédacteurs conciliaires montrent à quel point ce motif fut problématique et peut mettre en cause celui de l’unité par son aspect inclusif. Mais plus positivement, en tant qu’institution intermédiaire, l’Église est lieu de symbolisation de l’humain et de convocation à l’engendrement du sujet. Elle est le lieu où se dit et peut s’opérer un « salut ». « Signe et instrument », elle est occasion, mais, sans occasion, rien ne se passe, rien n’advient.

Pourquoi l’Église ?

Avoir recours au terme « sacrement », pour parler de l’Église comme le fit Vatican II, permet d’aborder certaines questions posées par son utilisation, révélatrices de problématiques disputées en ecclésiologie. En quoi ce terme permet-il d’honorer le rapport de l’Église au monde : parler de l’Église sacrement, et même de sacrement du Royaume, n’invite-t-il pas à envisager d’une certaine façon « décentrée » les relations entre Église et monde ? La perspective sacramentelle peut dire quelque chose du « seul but » de l’Église et c’est cette perspective sacramentelle elle-même qui invite, voire oblige, au dialogue, c’est-à-dire à considérer non seulement ce que l’Église peut donner au monde, mais ce qu’elle doit en recevoir.