La « colère » de Dieu : quelle signification pour la théologie chrétienne ?

Le thème biblique de la « colère » divine est-il seulement une manière de parler ? Ou dit-il réellement les dispositions de Dieu lui-même face à l’incrédulité ou au péché des êtres humains ? Développé par Lactance au IVe siècle, ce thème a pris une importance centrale chez Luther et Karl Barth. Il est aussi présent chez un théologien catholique comme Balthasar, en réaction contre la sotériologie de Rahner. Plutôt que de prétendre concilier les diverses positions en la matière, il importe de prendre au sérieux la tension même qui se manifeste entre elles, et de revisiter à cette lumière un certain nombre de questions auxquelles la théologie chrétienne se trouve confrontée, telles que la Passion rédemptrice, l’attitude de l’Église envers les pécheurs et la question du jugement eschatologique.

L’impardonnable selon Matthieu : la mise en garde nécessaire à l’événement du pardon

La terminologie du pardon se trouve inégalement répartie parmi les livres du Nouveau Testament. Absent de sa correspondance, le pardon n’est pas une notion nécessaire à Paul pour proclamer l’Évangile. À la suite de l’apôtre, Matthieu pense l’existence humaine à la lumière nouvelle de l’événement de la croix, et réfléchit à ce que pardonner signifie. Il déploie sa réflexion en quatre tableaux (Mt 6,9-15 ; 9,1-8 ; 12,31-32 ; 18,15-35) pour raconter un pardon compris comme événement transformateur et libérateur, et un impardonnable compris comme une mise en garde nécessaire.

Note sur quatre ambiguïtés du pardon

Cet article entend déployer quatre ambiguïtés du pardon propres à en fragiliser le concept et à inspirer une certaine réserve devant son invocation tous azimuts. Le pardon répète d’abord le caractère contradictoire du temps, selon lequel tout est déjà passé et rien pourtant jamais ne passe (I). D’autre part, il semble exiger à la fois l’effacement et l’approfondissement du mal accompli, se donnant alors soit comme événement soit comme processus (II). Ensuite, il complique l’alternative souvent caricaturale entre la justice et la grâce et exige que la seconde affleure à partir de la première (III). Enfin, il tend à configurer une relation entre offenseur et offensé dans laquelle se rejoue ou s’inverse la relation de domination à laquelle il est censé mettre un terme (IV). – Ces quatre ambiguïtés interdisent tout moralisme du pardon.