philosophie
ÉVÉNEMENT ET TRANSCENDANCE
L’article discute la thèse d’après laquelle l’insistance sur le caractère événementiel de tout ce qui est, est la clé des développements les plus récents de la phénoménologie française. L’auteur distingue et explique trois concepts différents d’événement sous-jacents aux discours ontologique, sémiotique et théologique, explicitant le caractère événementiel de l’être, du sens et de l’existence. Aucun de ces concepts ne se laisse réduire à un ou aux deux autres. Les discours philosophiques et théologiques sur l’événement obéissent à des grammaires différentes.
CE QUE L’ÉVÉNEMENT DONNE À PENSER
Penser l’événement nous confronte à une tâche analogue à celle que Paul Ricœur affrontait dans son célèbre article : « Le symbole donne à penser ». Ce qu’il s’agit d’articuler, c’est une pensée donnée à elle-même par autre chose qu’elle et une pensée pensante et posante. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, on assiste à une montée en puissance des pensées de l’événement, dont l’article restitue quelques maillons essentiels en référence aux travaux de D. Davidson, J.-L. Marion, C. Romano, M. Heidegger et A. Badiou. Les distinctions linguistiques qui permettent de cerner l’empire varié des événements doivent, tôt au tard, laisser place à l’analyse de la phénoménalité propre aux événements, ce qui nous oblige à scruter leur statut ontologique.
Bulletin de philosophie 2014
Liste des ouvrages recensés : 1. Jean Grondin, Du sens des choses. L’idée de la métaphysique, « Chaire Étienne Gilson », PUF, Paris, 2013, 177 p. 2. Jean-Luc Marion, Certitudes négatives, « Figures », Grasset, Paris, 2010, 324 p. 3. Rémi Brague, Le propre de l’homme. Sur une légitimité menacée, « Bibliothèque des savoirs », Flammarion, Paris, 2013, 258 p. 4. Isabelle Bochet (éd.), Paul Ricoeur, Mal et pardon, avec un inédit de Paul Ricoeur, avant-propos d’Olivier Abel, Éds. des Facultés jésuites de Paris, Paris, 2013, 214 p. 5. Paul Ricœur, Anthropologie philosophique. Écrits et conférences 3, édité par Johann Michel et Jérôme Porée, éd. du Seuil, Paris, 2013, 465 p. 6. Pierre Colin, Gabriel Marcel, philosophe de l’espérance, « La nuit surveillée », Le Cerf, Paris, 2009, 126 p. 7. Catherine Chalier, Présence de l’espoir, éd. du Seuil, Paris, 2013, 197 p. 8. Emmanuel Falque, Passer le Rubicon. Philosophie et théologie. Essai sur les frontières, Lessius, Louvain, 2013, 208 p. > Lire la suite du Bulletin sur Cairn
À PROPOS du premier numéro de 2014 « Repenser l’événement »
À lire le prologue de l’évangile de Luc (Lc 1,1), on se convainc aisément de ce que les « événements » sont l’élément le plus propre des Écritures juives et chrétiennes et ce qui les a suscitées. Ils sont pourtant restés, des siècles durant, dans l’oubli, recouverts par la Parole ou intégrés d’emblée dans une conception du monde qui ne connaît pas d’événements nouveaux mais des actualisations de possibilités prévues ou annoncées. Or, le XXe siècle a vu subitement émerger les événements ; et au singulier, sous la forme du lexique, plutôt luthérien, d’« événement-Parole » (Wortereignis), ou sous la forme d’« événement-Christ » (Christusereignis), de coloration plutôt catholique. Le concile Vatican II, dans la constitution Dei verbum, a pour sa part insisté sur le lien intrinsèque entre « événements et paroles », tout en réactivant le singulier patristique de l’« économie de la révélation », et non sans courir le risque que ce qui était perçu de manière nouvelle soit ici rabattu sur du déjà connu. Cinq auteurs ont accepté de relever le
Les jeux de la différence dans l’Inde hindoue
L’Inde serait-elle la patrie de la différence, l’illustration extrême et pour ainsi dire maladive d’un particularisme triomphant ? L’Inde serait-elle, par la spiritualité et la philosophie, la patrie de la dissolution de toutes les différences, du retour au sein maternel de quelque Grande Déesse cosmique ? Il est vraisemblable que chaque civilisation se définit par un style propre, une manière originale de conjuguer des différences affirmées et des valeurs partagées, des particularités et un patrimoine commun et c’est dans ce sens que l’Inde, par sa manière singulière de marier le propre et le commun, la différence et le partagé, nous invite à l’exploration de notre propre vision des choses, aux acquis et incertitudes de notre identité.