Théologico-politique : réflexions sur l’histoire récente d’un encombrant

Les deux dernières décennies du XXe siècle ont vu un retour de légitimité de Dieu en politique, dans un contexte marqué par la multiplication de conflits localisés où l’appartenance religieuse pouvait servir de ressort. En philosophie et dans les sciences sociales, ce « retour de Dieu » a rendu son actualité au débat sur le « théologico-politique ». Complémentaires, ces deux événements sont au centre de l’article qui en raconte l’histoire récente, entre globalisation du monde et sécularisation, puis entre violence au nom de Dieu et montée de radicalismes chrétiens. L’analyse conduit à s’interroger sur l’efficacité heuristique de la notion de « théologico-politique » pour comprendre la crise actuelle de l’idée démocratique.

La théologie et le « donné », nœud irrésolu des différenciations

Si la subalternation correspond à un état de la théologie qui, de la Sacra pagina, se haussa au rang de Scientia dans la période médiévale, il n’est pas sans intérêt d’analyser la manière dont ce régime de dépendance épistémologique très spécifique s’est littéralement métamorphosé dans la période moderne et dans la période contemporaine, jusqu’à l’éclosion d’un phénomène pour le moins inattendu, le processus d’absolutisation de la théologie qui n’est pas formellement imputable aux théologiens, mais à plusieurs formes de rationalités philosophiques parfois opposées entre elles. Ainsi, lorsque dans le projet des « métaphysiques modernes » (Baumgarten, Leibniz) la « théologie révélée » fut happée par la théologie naturelle et rationnelle au point de s’y dissoudre, les grandes métaphysiques allemandes nées des courants théosophiques (Hegel, Schelling) lui donnèrent par contrecoup une fonction qui allait paradoxalement l’absolutiser, inaugurant ainsi un processus d’absolutisation de la théologie dont quelques récentes phénoménologies semblent être les héritières inavouées. Ce processus d’absolutisation constitue une radicalisation du phénomène de la subalternation, la théologie convoquée

Bulletin philosophie et christianisme (105/1 – 2017)

Institut catholique de Paris – Université Humboldt de Berlin Les ouvrages recensés dans le présent bulletin s’inscrivent dans une ellipse dont les deux foyers, qui ne se confondent pas avec un partage disciplinaire strict, sont la « religion » et «l’homme ». I. Introduire philosophiquement à la « philosophie de la religion » 1. Delecroix Vincent, Ceci n’est point le pays de la vérité. Introduction à la philosophie de la religion, Félin, Paris, 2015, 1009 p. 2. Perone Ugo, L’essenza della religione, Queriniana, Brescia, 2015, 135 p. 3. Bancalari Stefano, Logica dell’épochè. Per un’introduzione alla fenomenologia della religione, ETS, Pisa, 2013, 306 p. II. Autour du théologico-politique 4. Delecroix Vincent, Apocalypse du politique, Desclée de Brouwer, Paris, 2016, 363 p. 5. Valadier Paul, Sagesse biblique, sagesse politique, Salvator, Paris, 2015, 187 p. III. Questions disputées 6. Guibal Francis, Faut-il renoncer à la métaphysique ?, Facultés Jésuites de Paris, Paris, 2016, 276 p. 7. Capelle-Dumont Philippe, Finitude et Mystère III, « Philosophie & Théologie », Éd. du Cerf, Paris, 2016, 233 p. 8. Dalferth