Vatican II, l’événement des historiens

A propos de l’Histoire du Concile Vatican II, 1959-1965 réalisée sous la direction de Giuseppe Alberigo, P. Vallin apprécie les enjeux de ce Concile tels que le recul du temps et donc la distanciation historienne permettent d’en parler. Mais son analyse de l’œuvre va plus loin dans la mesure où il tente d’apprécier l’action historienne dans le travail même des historiens. En dehors du fait qu’ils ont le recul du temps, ils disposent d’un ensemble de documents et surtout d’archives plus ou moins personnelles d’acteurs et de témoins qui posent la question de la « relecture » de l’évènement. A quoi s’ajoute la « construction du récit ». « Problème complexe, sur lequel tous les collaborateurs des entreprises d’histoire sociale, culturelle, voire politique, ne donnent pas les mêmes réponses ». Les auteurs de cette œuvre monumentale et tout à fait remarquable, n’échappent pas à cette question et à la multiplicité des réponses.

Dimensions historiques de l’idée de concile

Les conciles, qui font partie de la vie de l’Eglise depuis les temps les plus anciens, sont fortement marqués par leur contexte culturel respectif, de sorte que l’institution a subi, au fil des siècles, nombre de changements extérieurs. Malgré cela, une même essence est reconnaissable. Ainsi, pour tous les conciles, il s’agit d’établir et de constater un consensus tant en matière de discipline ecclésiastique que dans les questions de foi. C’est en ce sens que les anciens conciles entendaient être le lieu d’émergence d’un double consensus, horizontal et vertical. Malgré les aléas de l’histoire, qui malmenèrent souvent cet idéal consensuel, les conciles veulent avoir en commun avec l’Eglise leur caractère à la fois divin et humain.

Qui et quoi. Questions historiques pour un concile de demain

Le passage du XXe au XXIe siècle est marqué par une attente et un horizon. En effet, l’Eglise contemporaine ne peut ignorer les conditions dans lesquelles s’est effectué ce passage, pas plus qu’elle ne peut s’abstraire de la situation géopolitique actuelle. C’est sur cet horizon que s’inscrit la réflexion d’A. Melloni. Cependant, si on peut ou doit envisager un nouveau concile, encore faut-il être au clair avec l’histoire des conciles, et surtout avec l’histoire de Vatican II dont les lectures sont multiples, les plus restrictives n’étant pas les moins gênantes face à l’avenir. La difficulté des Eglises chrétiennes, et pas seulement de l’Eglise catholique, à exprimer l’expérience chrétienne, notamment comme lieu de pardon et de paix, n’est pas le moindre obstacle à une audience et à des confrontations positives dans le cadre de l’institution conciliaire.

Editorial 93/2 – 2005

Ouvrir un nouveau Tome des RSR, même si le premier numéro dit une année déjà avancée, c’est toujours proposer un certain renouvellement dans l’espoir qu’il ne sera pas trop prétentieux ou illusoire. Pour cette année 2005 précisément, la marque du renouvellement est d’abord dans la nomination d’un rédacteur en chef adjoint. Ainsi, après accord du Conseil de rédaction, le Provincial des Jésuites de France a nommé Christoph Theobald pour me seconder dans la tâche de rédacteur en chef. Dans la mesure où les lecteurs de la revue connaissent déjà la signature de ce théologien tant pour les articles que pour le Bulletin dont il a la charge, je gage qu’il n’y ait guère d’étonnement en cette nomination. Permettez-moi de vous faire part de ma complète satisfaction pour une collaboration que je désirais depuis un certain temps. Les compétences et qualités personnelles de Christoph Theobald sont mieux que bienvenues, nécessaires, dans le service de la revue dont, j’espère, on ne devrait

Qu’est-ce que le dimanche ?

En écho de l’article du Rabbin Krygier, E. Bianchi constate que l’exégèse biblique n’est pas parvenue à une position unanime concernant l’attitude de Jésus envers le shabbat dans les différentes « situations de vie » que reflète la rédaction actuelle des textes des controverses de Jésus sur le Shabbat. Sans entrer dans ces problématique, E. Bianchi cherche à faire émerger l’aspect kérygmatique présent dans ces controverses chez les Synoptiques comme chez Jean, retenant également certains textes pauliniens. Après quoi, il traite de l’émergence du Dimanche, « premier jour de la semaine », lié à l’événement de la résurrections et par conséquent « jour dominical concret » par la célébration du Christ ressuscité présent dans l’Assemblée réunie pour l’écoute de la Parole et le repas eucharistique. Reconnu « temps sacramentel », le dimanche dut se détacher des pratiques juives entrant dans le processus de l’identification des chrétiens.

Le Chabbat de Jésus

Depuis la littérature chrétienne patristique, mais aussi et souvent encore, moderne, il est un lieu commun de l’exégèse de montrer en quoi « l’accomplissement de la Loi » par Jésus devait se traduire par l’abolition pure et simple de ses rites, en particulier du Chabbat qui devait être remplacé par le « huitième jour » (le Dimanche). Or, il est aujourd’hui notable que rien de tel ne fut jamais avancé explicitement par Jésus qui se rendait régulièrement à la synagogue le Chabbat, y enseignait et « montait à la Tora ». Le seul véritable point d’ancrage permettant d’affirmer le déni du Chabbat par Jésus repose sur un fait qui, il faut bien l’admettre, est incontournable : à diverses occasions, il le « transgresse » délibérément. La thèse du Rabbin Krygier est que pour les évangélistes eux-mêmes, Jésus ne rompt pas le Chabbat pour manifester l’inanité de son observance, mais pour subvertir l’ordre des priorités, en l’occurrence, privilégier le salut des personnes dont il se veut l’agent et le garant.