La raison d’être de l’Église. Les réponses de la tradition paulinienne

Si Paul s’est posé la question « Pourquoi l’Église ? », on ne peut être qu’étonné par le relatif silence des protopauliniennes à ce sujet dont les métaphores ecclésiales montrent une communauté d’abord pensée par rapport à la justification des croyants, dans une dialectique de salut individuel et universel, alors que les deutéropauliniennes abordent la raison d’être de l’Église de manière plus systématique. Cette progression vers une énonciation claire de cette raison d’être s’opère grâce à la catégorie de mystèrion sollicitée par Col et Ep. La double métaphore de l’Église corps et du Christ tête s’impose pour décrire la relation unique existant entre le Christ et l’Église. L’Église fait partie du mystèrion et doit l’annoncer. Elle a pour charge et fonction de faire connaître au monde sa relation unique au Christ. Bienque lointaine dans le temps, la tradition paulienne doit aujourd’hui encore nous provoquer et nous inspirer.

Le difficile vivre ensemble, le lien social et la perspective du Royaume

La raison d’être et la finalité salvifique de l’Église sont ici pensées à partir d’une mise en relation entre le langage biblique du « Royaume de Dieu »et le vocabulaire philosophique social et politique du « vivre ensemble ». Le caractère « énigmatique » de l’époque moderne invite la théologie à dépasser les débats du XXe sur le Royaume de Dieu, dans une perspective plus politique et sociétale, et ceci grâce à l’apport de la réflexion biblique. La raison d’être de l’Église se redessine dans une posture diaconale, à partir de « personnes-relation » qui participent à la restauration d’un jeu relationnel significatif entre humains et renouvellent la capacité inaugurale de figuration du Royaume. Porteuses de la foi élémentaire, elles ouvrent aux plus petits un espace d’hospitalité ecclésiale, suscitent et engendrent la foi d’autrui et rendent possible la prière : « Que ton règne vienne… ».

La mondanisation du salut

La question du salut, individuel et collectif, parce qu’elle est au centre de l’identité morale de nos sociétés sécularisées, n’intéresse plus seulement les religions. La pensée et la politique libérales s’autorisent à se préoccuper du salut de chacun, même contre sa propre volonté. La sociologie permet de comprendre quelle conception du salut est aujourd’hui dominante et quel rapport elle entretient avec les modalités contemporaines du croire : il n’y a pas éclipse de la transcendance et le salut demeure une question d’actualité dans le cadre du pluralisme moral et religieux. Mais quelle place l’Église pourra-t-elle prendre dans cette réflexion largement investie ? Elle ne peut délaisser cette question ni se dérober à l’impératif d’humanisation, car le monde moderne a besoin de comprendre son identité dans ses origines théologiques. Il faut sauver le salut chrétien.

« L’Église, de Abel jusqu’au dernier élu ». Problématique

Puisque l’Église est sacrement universel du salut, la vision conciliaire est doublement interrogée sur cette prétention à pouvoir désigner la vocation du monde et l’unité du genre humain ainsi que sur la pertinence de l’Église en tant qu’institution de salut. Que signifie ce salut dans une société qui s’est émancipée des contraintes de la question du sens ? Quelle nécessité d’une forme de vie ecclésiale de la foi, celle d’une Église ? Quel statut des non chrétiens au regard de l’offre du salut de Dieu à tous ? Cette triple problématique découle d’un ample état des lieux posé à partir de la question centrale : le christianisme survivra-t-il à la modernité ? Partant de l’origine du christianisme, tissée de diversité, la théologie doit continuer à chercher, notamment à partir des formes que revêt la communion, la manière dont le Règne de Dieu vient à travers l’Église. C’est tout l’enjeu de sa crédibilité et de la pertinence du christianisme en post-modernité.

Bulletin de théologie des religions – 100/4 (2012)

I. Théologie chrétienne et pluralité religieuse 1. Cornille Catherine, The Im-Possibility of interreligious dialogue, Herder Book, The Crossroad Publishing Company, New York, 2008, 265 pages. 2. Hick John, Who and What is God ? and other Investigations, SCM Press, London, 2008, 197 pages. 3. D’Costa Gavin, Christianity and World Religions. Disputed Questions in the Theology of Religions, Blackwell Publishing, Oxford, 2009, 232 pages. 4. O’Leary Joseph Stephen, L’art du jugement en théologie, « Cogitatio Fidei » no 278, Cerf, Paris, 2011, 384 pages. 5. Clooney Francis (Éd), The New Comparative Theology. Interreligious Insights from next generation, T & T Clark, London, 2010, 232 p. II. Théologie chrétienne et rencontre interreligieuse 6. Pérennès Jean-Jacques, Georges Anawati (1905-1994). Un chrétien égyptien devant le mystère de l’islam, Cerf, Paris, 2008, 368 p. 7. Salenson Christian, Christian de Chergé. Une théologie de l’espérance, Bayard, Paris, 2009, 253 p. 8. Borrmans Maurice, Prophètes du dialogue islamo-chrétien. Louis Massignon, Jean-Mohammed Abd-el-Jalil, Louis Gardet, Georges C. Anawati, Cerf, Paris, 2009, 257

Bulletin de patristique latine – 100/4 (2012)

I. Écrits des Pères des IIe-IIIe s. 1. Alexandre Jérôme, Tertullien théologien, Éditions Parole et Silence, Collège des Bernardins, Paris, 2012, 263 p. 2. Batut Jean-Pierre, Pantocrator. « Dieu le Père tout-puissant » dans la théologie prénicéenne, Coll. des Études Augustiniennes, Série Antiquité 189, Institut d’Études Augustiniennes, diffusion Brepols, Paris, 2009, 381 p. 3. Chapot Frédéric, Virtus veritatis. Langage et vérité dans l’oeuvre de Tertullien, Coll. des Études Augustiniennes, Série Antiquité 186, Institut d’Études Augustiniennes, diffusion Brepols, Paris, 2009, 359 p. 4. Green Bernard, Christianity in Ancient Rome. The first three centuries, T & T Clark International, Londres, 2010, 258 p. 5. Szulc Franciszek, Le Fils de Dieu pour les judéo-chrétiens dans « Le Pasteur » d’Hermas, Coll. Théologies, Le Cerf, Paris, 2011, 281 p. 6. Tabbernee William, Prophets and Gravestones. An imaginative history of Montanists and other Early Christians, Hendrickson Publishers, Peabody Massachussets, 2009, 338 p. 7. Thomas Nicholas L., Defending Christ. The Latin Apologists before Augustine, Studia traditionis theologiae, Explorations in Early and Medieval

Bulletin d’ancien testament I – 100/4 (2012)

1. Baden Joël S., The Composition of the Pentateuch. Renewing the Documentary Hypothesis, Yale University Press, New Haven/London, 2012, 378 p. 2. Berner Christoph, Die Exoduserzählung, Forschung zum Alten Testament 73, Mohr Siebeck, Tübingen, 2010, 490 p. 3. Adamczewski Bartosz, Retelling the Law. Genesis, Exodus-Numbers, and Samuel-Kings as sequential Hypertextual Reworkings of Deuteronomy, European Studies in Theology, Philosophy and History of Religions 1, Peter Lang, Frankfurt-am-Main 2012, 376 p. 4. Titus Joseph, The Second Story of Creation (Gen 2, 4-3, 24), Peter Lang, Series XXIII Theology 912, Frankfurt-am-Main, 2011, 566 p. 5. Marx Alfred, Lévitique 17-27, Commentaire de l’Ancien Testament IIIb, Labor et Fides, Genève, 2011, 226 p. 6. Sénéchal Vincent, Rétribution et Intercession dans le Deutéronome, Beihefte zur Zeitschrift für die alttestamentliche Wissenschaft, Walter de Gruyter, Berlin/New-York, 2009, 509 p. Lire la suite :

Reprise conclusive :« Pourquoi l’Église ? La dimension ecclésiale de la foi dans l’horizon du salut »

Comment tenter de ressaisir l’itinéraire du Colloque ? En commençant par une relecture de la problématique initiale puis en réfléchissant sur la manière dont a été pensé le traitement de cette problématique, successivement dans le numéro préparatoire des Recherches de Science Religieuse, au travers des quatre articles sollicités, et dans l’architecture du colloque luimême. Enfin, en reprenant certaines questions doctrinales et théologiques qui ont bénéficié d’une exploration renouvelée, et appellent encore des approfondissements au-delà de notre session afin que la finalité de l’Église continue de concerner l’ensemble de l’humanité.

Pourquoi l’Église ?

Avoir recours au terme « sacrement », pour parler de l’Église comme le fit Vatican II, permet d’aborder certaines questions posées par son utilisation, révélatrices de problématiques disputées en ecclésiologie. En quoi ce terme permet-il d’honorer le rapport de l’Église au monde : parler de l’Église sacrement, et même de sacrement du Royaume, n’invite-t-il pas à envisager d’une certaine façon « décentrée » les relations entre Église et monde ? La perspective sacramentelle peut dire quelque chose du « seul but » de l’Église et c’est cette perspective sacramentelle elle-même qui invite, voire oblige, au dialogue, c’est-à-dire à considérer non seulement ce que l’Église peut donner au monde, mais ce qu’elle doit en recevoir.

À « l’âge du renoncement », comment la paroisse peut-elle faire émerger l’Église ?

La crise de la paroisse est le reflet emblématique de la « crise » qui affecte le champ ecclésial dans son intégralité. C’est bel et bien en paroisse que l’on touche très concrètement du doigt les bouleversements qui traversent le catholicisme en Occident. Ce qui est en jeu dans la « crise » de la paroisse, c’est d’une part la représentation que l’on se fait de la présence de l’Église catholique dans nos pays et d’autre part, l’image que l’on se fait de ses rapports avec la société et la culture ambiante. Ce double enjeu est capital. Il y va de la crédibilité de l’Église et… de la foi chrétienne. Mais, l’institution paroissiale ne pourrait-elle pas être un atout pour l’Évangile et son oeuvre d’humanisation ?